C. BORREMANS, chef de musique FI
J. Borremans, sous-chef 576 — 13 — 4.
16 hautbois. — 2 altos. — 5 violoncelles. — 2 contre-basses. — 2 cors. — 2 trompettes. — 2 hautbois. — 2 clarinettes. — 2 flûtes. — 2 bassons. — 1 timbalier.
Il se préparait pour la Belgique, et plus particulièrement pour Bruxelles, un important événement. L'arrivée de l'Empereur Napoléon Ier, accompagné de sa nouvelle épouse Marie-Louise, était attendue.
On organisa de grandes réjouissances, parmi lesquelles le théâtre passait encore en première ligne Borremans avait d'abord été chargé d'écrire la musique d'une pièce de circonstance, mais ce projet fut écarté ; on s'adressa alors à Bourson pour le prier de composer et de réciter lui-même une pièce de poésie en l'honneur des hôtes impériaux. Bourson était essentiellement républicain ; il avait admiré Bonaparte, mais il reniait Napoléon : il refusa. Enfin, le
I2Ô Le Théâtre de la tMonnaie. — 1801-18,
spectacle arrêté comprit tout simplement les Prétendus, de. Lemoygne, et les Deux prisonniers, de Dalayrac. Mais, écoutons le récit de cette journée :
Dès le matin, une foule considérable assiégeait les portes du théâtre. Aussi, à l'oiverture, le parterre, ainsi que les loges de deuxièmes, troisièmes et quatrièmes rangs, furent-ils envahis en un clin d'œil. Les autres parties de la salle avaient été réservées aux autorités.
Pour établir une loge digne des souverains, on avait enlevé la séparation des deux premières loges à droite, que Ton avait magnifiquement ornées de draperies en velours rouge, parsemées d'abeilles d'or et portant au milieu l'aigle impérial : le fond était entièrement tapissé de glaces.
Les loges attenantes, également fort ornées, étaient réservées au Roi et à la Reine de Westphalie, au prince Eugène, aux ministres et aux maréchaux de l'Empire, aux ambassadeurs d'Autriche, le comte de Metternich et le prince de Schwarzenberg, aux conseillers d'Etat, aux chambellans, etc., etc., en un mot, à toute la Cour.
Leurs Altesses Impériales arrivèrent de Laeken au théâtre de la Monnaie, au milieu d'une foule immense pressée le long du parcours et entassée aux fenêtres de toutes les maisons. A leur entrée dans la salle, à huit heures du soir, d'immenses acclamations les accueillirent, pendant que l'orchestre entonnait l'air obligé : Que de grâce, que de majesté! Quand le calme fut rétabli et que tous ces grands personnages eurent occupé leurs places, on joua l'ouverture du premier opéra : les Prétendus.
Le rideau se lève et, du fond, entrent en scène madame Berteau, Desfossés et madame Bousigue. Tout-à-coup paraît, par une des coulisses de droite, un homme en simple habit de ville, les bottes encore poudreuses, le visage pâle aux feux de la rampe, la marche brusque et précipitée.
Cette étrange apparition frappe tout le monde d'étonnement. Les acteurs quittent la scène, les instruments se taisent, un silence complet s'établit : on ne sait ce qui se passe, on se demande si un malheur est arrivé. Enfin, cet homme, qui n'avait salué ni les souverains ni le public, dit d'une voix quelque peu altérée :
Messieurs, je vous demande un moment d'audience !
A ces mots, l'on reconnaît Bourson, mais on se demande encore ce qu'il veut. Lui, sans se déconcerter, continue. Aux rimes, à la mesure, on reconnaît que ce sont des vers qu'il débite, mais on ne comprend pas où il veut en arriver : il raconte qu'il vient d'échapper à une grande aventure; que, tombé par la malice d'un maudit lutin au fond d'un trou, il y a trébuché jusque dans les Champs-Elysées, qu'il a eu l'honneur d'y voir Minos, Eaque et Rhadamante, les grands juges, lesquels lui avaient sévèrement demandé ce qu'il venait faire dans ce tranquille séjour. Bourson, ne sachant trop que répondre, leur dit qu*il venait parler à Trajan, ou à Marc-Aurèle, et les priait de lui apprendre
En quel quartier logeait le terrible Alexandre.
Jusque-là l'auditoire restait muet, mais attentif : on aurait entendu une mouche voler On commençait à croire qu'il y avait quelque chose, mais on ne se rendait pas bien compte de ce que ce serait. Quand l'acteur continuant, dit :
Ils ne sont plus ici, répondit Calchus. (i) Eux, Achille, Henri IV et Solon et Cyrus
Purifiés par une sainte flamme Réunis en un corps el ne faisant qu'une âme, Pour gouverner des Francs l'auguste nation, Revivent sous les traits du grand Napoléon !! !
( i ) Ce vers est faux. Quel en est le coupable ? Bourson, ou le journaliste à qui nous empruntons cet extrait ? Saluons l'auteur, au passage.
A ces mots, éclata un enthousiasme indescriptible : toute la salle se leva et salua l'Empereur de vivats! mille fois répétés. Bourson dut s'arrêter. Quand le calme fut un peu rétabli, il continua Modulant son œuvre, il arriva à Marie-Louise ; il fit allusion à son aïeule, Marie- Thérèse ; et, représentant l'hymen de la jeune Impératrice comme l'heureux gage d'une profonde paix, il s'écria :
Que par le monde entier Louise soit bénie ! ! !
De nouveau la salle fut transportée. Marie-Louise se leva pour saluer la foule, mais l'émotion avait été trop forte : elle tomba évanouie. L'Empereur s'empressa autour d'elle, ainsi que MmC3 de Montebello et de Lucay. Grâce à la prévoyance d'un des courtisans, qui avait eu la précaution de se munir d'un flacon d'essence, la souveraine revint assez vite à elle et put de nouveau saluer le public, qui l'accueillit par d'unanimes bravos
Après ce court épisode, Bourson reprit le fil de son récit et termina l'apologue qui avait soulevé toute la salle. Quand il se fut retiré, les cris reprirent de plus belle, et il fallut plus d'un quart d'heure avant que l'émotion fût calmée et qu'on pût commencer les Prétendus.
On attribua le revirement subit de Bourson à sa verve artistique, qui prima chez lui tout autre sentiment, et fit passer le poète avant rhomme. N'est-ce pas, plutôt, que le courage, dont il avait fait preuve à la première heure, l'abandonna ensuite, qu'il craignit les conséquences de son acte de rébellion contre une puissance, se rappelant à propos la fable du Pot de terre et du Pot de fer? Une telle scène se peut-elle improviser, et ne demande-t-elle pas une préparation assez longuet Quoi qu'il en soit, Bourson obtint un immense triomphe et devint, pendant quelque temps, le lion de Bruxelles.
Une bourse contenant 3,000 francs lui fut remise par l'Empereur, qui fit aussi distribuer 6,000 francs aux artistes et 20,000 francs aux pauvres de la ville. La « bourse à Bourson » eut autant de succès que son monologue.
Au moment de partir, Napoléon décréta plusieurs projets d'embellissement, parmi lesquels se trouve la construction d'une salle de spectacle.
Après quelques soirées données par des artistes étrangers, et qui alternaient avec les représentations ordinaires, nous voyons le théâtre retomber dans ses anciens errements.
La troupe Franconi, après une installation de quelques jours dans un manège établi derrière la préfecture (aujourd'hui Palais du Roi) reparaît à la Monnaie, où elle joue plusieurs mimodrames, et se montre dans deux opéras : La Caravane du Caire et la Maison isolée.
Puis, la saison se termine par trois séances de l'aéronaute Fondard, qui avait singulièrement choisi le champ de ses expériences.