THEATRE DU PARC
Samedi, la première représentation de lOubli, ou la Chambre nuptiale, vaudeville nouveau en 1 acte ; la seconde représentation de Pierre, ou le couvreur; la Manie des Places : Zoé, vaudevilles.
A cause de l'effervescence qui régnait depuis quelque temps, on avait défendu de jouer cette pièce. Mais l'interdiction fut levée, le 24.
La Muette attira une telle affluence, que bon nombre de spectateurs, n'ayant pu pénétrer dans la salle, formaient sur la Place de la Monnaie des groupes où se manifestait une grande agitation.
La pièce soulève les plus vifs enthousiasmes. Le célèbre duo : « Amour sacré de la patrie », chanté par Lafeuillade et Cassel, est bissé. Au troisième acte, quand Masaniello pousse le cri « Aux armes! », le public entier lui répond par un hourrah formidable. On ne laisse pas achever la pièce. Lafeuillade est applaudi, rappelé avec transport. La foule se précipite au dehors et alors se produisent les événements que l'on connaît et qui ne sont pas du domaine de notre histoire . .
Pour perpétuer le souvenir de cette représentation, on frappa une
médaille, dont nous donnons la reproduction (1) :
La médaille de la Muette de Portici.
Le théâtre fut fermé pendant quelques semaines. Il se rouvrit le 12 septembre :
De Bruxelles, le 13 septembre 18 jo — Hier, après la comédie des Inconsolables, on a demandé avec instance la présence de Lafeuillade, pour l'inviter à chanter quelques hymnes patriotiques qu'on lui désignait, notamment la Brabançonne et une autre sur un air de la
(l) Guioth. Histoire numismatique de la Belgique.
Muette, avec un refrain : la liberté ne t'échappera pas ! Lafeuillade s'est empressé de satisfaire au vœu du public, et les deux morceaux de chant ont été couverts d'applaudissemens. Ensuite rassemblée a vivement manifesté le désir de voir MM. les artistes du théâtre qui font partie de la garde bourgeoise. Lafeuillade s'est retiré un instant et a reparu accompagné d'une quinzaine de ces messieurs qui ont été accueillis par des salves répétées de bravos; enfin, sur une nouvelle demande du public, Arnault s'est avancé et a chanté l'hymne intitulé : le Garde bourgeois, aux acclamations générales. N'omettons pas de dire que les refrains delà plupart des couplets étaient répétés en chœur par l'auditoire. Deux drapeaux aux couleurs belges étaient attachés à la frise de l'avant-scène. Dans la bruyante évocation des morceaux qu'on voulait entendre, une voix ou deux ont demandé la Marseillaise, mais ce cri a été chuté.
La Brabançonne, dont il est question dans ce compte-rendu, se rattache à notre sujet par ses auteurs : Jenneval et Van Campenhout.
Elle fut chantée pour la première fois le 12 septembre 1830. Jenneval avait recité déjà son poème dans un établissement tenu par un certain Cantoni, situé près le théâtre, et où se réunissaient les artistes. Ce fut là que Campenhout offrit d'en écrire la musique.
François Van Campenhout — dit Campenhout — né à Bruxelles, le 5 février 1779, y est mort le 24 avril 1848.
Ce millésime 1779 était une date fatidique pour Campenhout, qui affectait d'oublier son acte de naissance quand on avait l'indiscrétion de la lui demander. A un sien ami (Delhasse) qui avait révélé son âge en publiant sa biographie, le coquet vieillard, le beau d'autrefois, adressa une épître des plus lamentables « Quelle diable d'idée avez-vous eue là, lui dit-il, d'aller exhumer cette date atroce que vous venez de clouer à mon front sexagénaire } Quand le fossoyeur a rempli son office, et que le cadavre a reçu sur la face et sur le ventre, quatre à cinq pieds de terre, n, i, ni, c'est fini ; la farce est jouée. Pour lors, les dates peuvent arri ver à foison ; le défunt n'a plus rien à redouter de l'impitoyable vérité. Si le vieil artiste a conservé jusqu'au terme de ses derniers travaux, quelques étincelles d'un talent remarquable, oh ! alors, c'est tout autre chose ; on dirait : c'est-il Dieu, possible 1 quoi ! le défunt avait cet âge là ? c'est prodigieux! Mais lui jeter au visage et de son vivant, ce terrible 1779; c'est le tuer moralement... Pour en finir, mon cher Delhasse, mon extrait de naissance seul a tort, seul, il est vieux ! et je sens que mon cerebrum est encore assez solide pour être bon à quelque chose; tout n'est pas épuisé, il reste de l'huile dans la lampe; nous verrons bien, Apollon nous aidant. »
Campenhout possédait une magnifique voix, qui lui valut de longs succès sur les plus grandes scènes. Il composa, en outre, plusieurs œuvres lyriques.
Les spectacles se succédèrent tant bien que mal, au milieu de l'agitation générale, jusqu'au 19 septembre. Les troubles, qui avaient alors éclaté dans le pays entier, firent fermer définitivement le théâtre.
Trois jours avant, il y avait eu, par ordre, une soirée au bénéfice
des indigents et des ouvriers sans travail. La dernière soirée fut composée de : La Belle-mère et le gendre, comédie en 3 actes, en vers, de Samson, et la Belle au bois dormant, ballet en 4 actes, d'Aumer.
Répertoire des Théâtres Royaux, de 18 18 à 1830,