LA SALLE SERA ECLAIREE EN BOUGIES
Les soirées ne se passaient pas toujours d'une façon calme, et quelques artistes eurent parfois à se plaindre du public.
De préférence, celui-ci malmenait assez durement une certaine actrice, et la sifflait sans pitié. A l'une de ces soirées, un officier français, qui se trouvait au parterre, indigné de la cruauté avec laquelle ses voisins traitaient la malheureuse cantatrice, se lève et fait appel à la charité des spectateurs : « De quoi te mèles-tu ? » lui riposte un jeune homme. Cette apostrophe était à peine lancée, que son auteur en recevait la réponse sous la forme de cinq doigts, vigoureusement appliqués sur la joue; il s'ensuivit une véritable mêlée, qui ne dura pais moins d'une demi-heure. Einalement, les deux champions allèrent vicier la querelle sur le terrain. Au premier coup d épée, le jeune homme fut étendu roide mort. L'adversaire se précipita sur son cadavre, en pleurant; mais il était trop tard...
Cet officier était un brave et digne soldat, qui ne se consola jamais, dit-on, d'avoir provoqué une altercation dont les conséquences devaient être aussi graves.
L'année théâtrale clôtura, le 18 avril, par la Muette de Portici.
Le Conseil de Régence décida que « la concession gratuite accordée au sieur Cartigny, de l'usage des deux salles de spectacle, ainsi que de la partie du mobilier rficeux appartenant à la ville pour une année, à courir du 21 avril 1832 au 20 avril 1833, serait étendue aux deux années subséquentes ».
MM. CARTIGNY, directeur.
Desrociies, régisseur général.
Monnier, premier régisseur.
Pallier, inspecteur général.
Comédies, Tragédies, Drames et Vaudevilles (1).
Messieurs : Mesdames et Mesdemoiselles :
Charles, premiers rôles en tous genres. Charles, premiers rôles en tous genres.
Desroches, jeunes premiers rôles. Pougaud, jeunes premières, grande coquette
Emile, jeune premier et deuxième amoureux. Linsel, ) deuxièmes et troisièmes
Duchampy, deuxième et troisième amoureux Chevalier, j amoureuses, ingénues.
Folleville, I pères nobles et de conve- Victorine, j troisièmes amoureuses, in-
Bouchez, ) nance.
Bosselet, troisièmes rôles et raisonneurs.
Lechevallier, financiers, grimes et manteaux.
Henri, premier comique.
Perceval, deuxième comique, grimes.
Dolicny, seconds comiques.
Dessessarts, financiers, paysans.
Baron, seconds pères, financiers, paysans.
Alphonse, grande utilité.
Mélanie, ) génuités.
Lebrun, soubrette.
Roussellois, premier caractère.
Daudel., deuxième caractère, mère noble.
Jules Grivet,
Ternaux,
rôles de convenance.
Grand opéra, Opéra comique et Traductions.
Messieurs :
Chollet, premier ténor.
Léon Chapelle, deuxième ténor.
Duchampy, troisième ténor, les Collins.
Mesdames et Mesdemoiselles :
Preval, première chanteuse, forte Dugazon. Derancourt, première chanteuse en tous genres.
(1) Nous croyons devoir prévenir le lecteur que les tableaux de troupes sont reproduits tels qu'ils ont paru à l'époque, et que nous respectons les appellations et l'orthographe.
Messieurs : Mesdames et Mesdemoiselles :
Mondonville, baryton, les Martins, Lays, Depoix, deuxième Dugazon.
Soliés. Linsel, , .,
..,-,, / deuxièmes et troisièmes
Adrien, première basse chantante, basse- Chevalier. '
• ce ,- \ Dugazons.
boutte. \ ictorine, '
Eugène, première basse-noble, et autres. Roussellois, première duègne.
Dessessarts, première basse comique. Daudel, deuxième duègne.
Alphonse, troisième basse. Jules Grivet, deuxième duègne et mère noble.
Perceval, Laruette. Ternaux, coryphée.
Frédéric, Trial.
Orchestre.
MM. SNEL, premier chef d'orchestre.
Warot, deuxième chef d'orchestre.
L'année théâtrale débute de façon bruyante. Le public, que le départ de certains artistes et le maintien de certains autres avait indisposé, réclamait les titulaires de plusieurs emplois qui n étaient pas tenus. Le plus souvent, des cris et des sifflets interrompaient le spectacle. On voulait que Cartigny fournît des explications, et on l'appelait en scène. Desroches, que ses fonctions de régisseur obligeaient à venir essuyer la tempête, se présentait; on ne le laissait pas parler, et il se retirait, reconduit par les huées : « Cartigny ! Cartigny! ». Mais le prudent directeur n'avait garde de se montrer.
Le bourgmestre prend un arrêté nouveau (7 mai), dont la sévérité accroît encore la colère générale. Trois jours plus tard, les sifflets couvrent la voix de Desroches, pendant une scène. Celui-ci apostrophe le public, ce qui contribue — naturellement — à augmenter le désordre. On dresse procès-verbal contre Desroches, et la représentation s'achève comme elle avait commencé
Enfin, un groupe de jeunes gens annoncent ouvertement qu'ils iront « casser les vitres » chez Cartigny, La police, prévenue à temps, empêcha la réalisation d'un tel projet. Mais on dut fermer le théâtre pendant quinze jours.
Cependant, quelques soirées avaient été marquées par un calme relatif, notamment celles qu'on avait données avec le concours de Ponchard. L'excellent artiste fut l'objet d'ovations enthousiastes, et il joua tout son répertoire. L'affiche porte, le 15 mai : Pour la dernière représentation de M. Ponchard : « Zémire et Azor » ; puis, le 17 : « Le Maçon »; pour faciliter les débuts, M. Ponchard remplira le rôle de Roger ; enfin, le 20 : pour la clôture définitive, et
5,7ns remise, des représentations de M. Ponchard : « Mazaniello ou le Pêcheur napolitain ».
Dès ce moment, les troubles se renouvelèrent ; Cartigny était décidément très impopulaire. Des scènes graves se produisirent : procès, duels, bagarres, arrestations, etc. Et comme, à côté de chaque événement fâcheux, on rencontre presque toujours la note comique, nous voyons clans la nomenclature des victimes de ces désordres, un spectateur condamné, pour être monté sur les banquettes avec des « souliers à clous », et un coiffeur, nommé Lyon, à qui fut infligée une amende, parce qu il avait gardé son chapeau sur la tête pendant le spectacle, « attendu qu'il ignorait moins que tout autre les usages, sa clientèle étant composée spécialement d'acteurs ». Il est étonnant qu'on n'ait pas ajouté que, par profession, le sieur Lyon devait être habitué à voir les gens tête nue.
Voici comment le Journal des Comédiens rend compte d'une représentation tumultueuse :
Vous savez tous, amis lecteurs, que la soirée du 21 mai dernier (soirée orageuse, s'il en fut jamais!) fit naître un procès, et un famet x procès encore... Ces infâmes Bouzingots s'étaient permis de monter sir les banquettes du Théâtre royal de Bruxelles, de siffler, d'appeler le régisseur, et de dire des choses qui..., des choses que..., enfin, des choses affreuses!... ces infâmes Bouzingots qui se rendent coupables du double crime d'y voir trop clair et de vouloir faire ouvrir les yeux à ceux qui n'y voient pas, ces infâmes Bouzingots, dis-je, ont comparu mercredi devant la chambre de police correctionnelle, accusés d'avoir interrompu le spectacle.
1832. — 3 mai, représentation de Ponchard de l'Opéra-Comique, le Petit Chaperon rouge ;
— 12 mai, début de Bernard-Léon, première représentation de Rabelais, vaudeville en 1 acte, de Leuven et Charles de Livry; — 22 mai, artistes anglais du Théâtre Italien de Paris; — 20 juin, concert des frères Eichhorn ; — 26 juin, représentation de Philippe, du Palais Royal de Paris; — 12 juillet, première représentation de V Amitié des femmes , comédie en 1 acte, en vers, par J.-B.-P. Lafitte ; — 14 juillet, première représentation de le Sénateur, vaudeville en 1 acte, de Philippe Dumanoir et Eug. Laurey ; — 26 juillet, première représentation de /760, ou Une matinée d'un grand seigneur, comédie en 1 acte, en vers, d'Alexandre Longpré ; — 2 août, par ordre, première représentation de la Marquise de Brinvilliers, drame lyrique en 3 actes, de Scribe et Castil Blaze, musique d'Auber, Batton, Blangini, Boieldieu, Carafa, Cherubini, Herold, Paër et Rossini ; — 13 août, au bénéfice des pauvres, les Voitures versées; — 14 août, première représentation de r Abbaye aux bois, histoire contemporaine en 3 actes, 6 tableaux, de Pixérécourt et Henri Martin; — 15 août, représentation de Mlle Dorus, le Barbier de Séville ; — 19 août, par ordre, la Muette de Porlici ; — 23 août, au bénéfice de M.11* Dorus, le Philtre; — 14 septembre, première représentation de le Diable à Séville, opéra-comique en 1 acte, de Gavé et Dittmcr, musique de Gomis ; — 16 septembre, début de Mllc Zéline, Robin des bois;
— 3 octobre, début de M,le Schaffner, Robin des bois; — 4 octobre, première représentation de la Tour de Nesle, drame en 5 actes et 9 tableaux, d'Alexandre Dumas et
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