‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 25 sur 137 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Monarque des Français, chef d'un peuple fidèle. Qui va des nations devenir le modèle.

Lorsqu'au sein de Paris, séjour de tes aïeux, Ton favorable aspect vient consoler nos yeux. Permets qu'une voix libre, à l'équité soumise. Au nom de tes sujets te parle avec franchise : Prête à la vérité ton auguste soutien Et, las des courtisans, écoute un citoyen. Des esclaves puissants qui conseillent les crimes Tu n'as pas adopté les sanglantes maximes. Le peuple en tous les temps, calomnié par eux. Trouve son défenseur dans un roi généreux. Des préjugés du trône écartant l'imposture, Louis sait respecter les droits de la nature.

Contemple de Pépin l'héritier respecté.

Il voulut des Français fonder la liberté. Mais il ne put jouir d'un si grand avantage; Le Ciel te réservait cet honneur en partage. Contemple Louis Neuf, le plus juste des rois. Débrouillant le chaos de nos antiques lois : Et celui^dont l'amour secondant la prudence

1) De rimprimerie de P.-Fr. Didot le jeune, à Paris, chei Bossange et ' 1790.

i06 LE ;THÉATAS J)B la AJSVOIiUTION.

« Réunit TArmoriquô aa re$te de la France, c Par quinze ans de vertus, ce roi, $aa$ favori,

< De Père de son peuple obtint le nom chéri.

< Le citoyen lui paye un tribut de tendresse ;

< Surtout il se rappelle et vante avec ivresse « Henri Quatre et Sulli, ces noms idolâtrés,

< Que Tamour des Français n'a jamais séparés.. « Louis doit les rejoindre au temple de Mémoire

* Et mes chants quelque jour célébreront sa gloire!... »

Voici comment M.^J* Chénier s'acquittoit en 1793 de sa promesse. Après avoir reconnu, le 15 janvier, que le roi était coupable de conspiration contre la liberté et d'attentat contre la sûreté générale de l'État, après avoir repoussé l'appel au peuple, il donna ainsi, le 16 janvier, son avis sur la peine à infliger au Hoi : < J'aurai désiré vivement, je Tavoue, de ne

< prononcer jamais la mort de mon semblable et,8i je pouvais « mlsoler un moment du devoir pénible qui m'est imposé, je

< voterais pour la loi la moins sévère.Mals la justice qui est la « raison d'Ktat, l'intérêt du peuple me prescrivent de vaincre « mon extrême répugnance. Je prononce la peine qu'a prononcée « avant moi le Code pénal. Je vote pour h mort.., » Le poète n'avait pas le courage de son collègue Kersaint qui donnait sa démission pour ne pas assister au triomphe des Jacobins. 11 préférait se laver les mains comme Pilate.

Quel châtiment d'ailleurs ne lui était-il pas réservé 1 11 votait la mort d'un innocent et il rejetait tout sursis au jugement, en prétextant la raison d'État et l'intérêt du peuple. Au nom des mêmes principes, un tribunal infâme allait bientôt condamner son propre frère, et le sang d'André Chénier devait éternellement retomber sur lui 1

Mais ne prévoyant ni l'avenir ni ses palinodies personnelles, il déclarait que s'il avait dépeint Charles IX « ce roi bourreau » , il avait résolu de chanter Louis XVI « ce prince

LK NOUVEAU MOKDB. 197

magnanime » et TAssemblée nationale où [présidait la vertu. Malgré tontes cas solennelles a&mations et l'éloge fait « an génie d'un maire philosophe » de sérieaaes difiicnltés s'étaient déjà élevées avant la représentation de Charles IX, Bailly, devinant donie la portée de rœavre^ ne savait s'il convenait de donner son autorisation et répoadait aux Comédiens français : « Avant la liberté de penser, il y a la question de « circonstance ; si j'étais le maiti^e, je ne vous donnerais pas € l'autorisation que vous me demandez,,, »

Il est certain que cette tragédie était révolutionnaire au premier chef, car en entendant Charles IX s'écrier devant ses victimes :

€ J'ai trahi la patrie et Thonneur et les lois,

« Le Ciel, en me frappant, donne un exemple aux roisi >

on rs^porte que Danton dit au parterre : « Si Figaro a tué la noblesse, Charles IX tuera la royauté » « et Camille Desmoulins : < Cette pièce-là avance plus nos affaires que les journées d'octobre 1 » (1).

Une chanson populaire courut aussitôt sur cette tragédie.

Elle dépeint naïvement les sentiments de l'époque. En voici

quatre couplets :

l*' COUPLET.

Enfin j'ons lu la piêc* nouvelle, • Que les sacristains ne trouv' pas bell^if • Le pourquoi, c'est que Tâcor des Bois Leur donn* diablement sur les doigts î...

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