‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 41 sur 137 · SCÈNES V ET VI · texte numérisé non relu

SCÈNES V ET VI

Le Duc paraît suivi de six laquais de belle taille et de belU mine. Il se place sous le dais, fronce le sourcil, enfonce son chapeau, promène des regards menaçants sur toute l'assemblée, s'aS' sied et après avoir gardé un moment le silence, il dit :

* Je n'aurais jamais dû croire que dans un tems où vos « intérêts sont en danger vous me forceriez à quitter la capi- « taie où je pouvais vous être utile pour venir parmi vous ré- « tablir Tharmonie et la paix... Je vois avec regret que Tes- « prit d'indépendance et de révolte s'est accru à un point

LB NOUVEAU MONDE. 23i

extraordinaire... Je sais qu'il est parmi vous un drôle qui fait rhomme entendu, parce qu'il sait un peu lire ; je sais qu'il a eu l'audace de vous assembler^ de vous lire des écrits séditieux, mais il est des lois sévères contre les perturbateurs du repos public...

LB IfAITRB d'école.

• Monseigneur, quoi qu'en puisse dire Votre Excellence, je sais lire et au delà... Je suis né libre et raisonnable: voilà mes prérogatives. Personne n'oserait me les contester et si les vôtres,Monseigneur,étaient aussi bien fondées, personne ne réclamerait... Je me suis éclairé avec le siècle. J'ai trouvé justes et raisonnables les réclamations du Tiers-État...

LE DUC

« Vous prétendez, sans doute, me régenter aussi.

LE MArrRE d'écolb.

< Je jure que vous pourrez apprendre quelque chose à mon école. Il n'est que trop clair qu'on a manqué votre éducation puisqu'on vous a laissé ignorer que riches ou pauvres, seigneurs ou vassaux, nous étions tous frères ; que le mérite seul doit distinguer les hommes entre eux ; que la noblesse rendue héréditaire et vénale est un abus funeste à l'Etat ; que les citoyens que vous méprisez sont cependant ceux qui constituent essentiellement la nation qui se passerait fort bien de vous^ qui y gagnerait même, mais qui ne se passerait jamais d'eux.

LE DUC

< Vous êtes un pédant bien incommode!... Allez! Je vous défends les approches de mes terres et ne vous donne que le temps d'en partir ou craignez mon ressentiment. »

Le Maître d'école refuse d'obéir et déclare qu'il restera ans l'héritage de ses pères, car il a pour lui « la justice, la liison, et le vœu de toute la nation > .

îâî LE TH^ATRB DÉ LA R^VOLUtlON.

LB ouû {outré de colère), « Sortez... {puis avisant un braconnier) etvons, maraud, « YOtts Youa avisez donc de chasser... C'est nae téiaërité qui

« révolte et que je punirai !

LS BRAGOP(NIBR.

« Oep^i^ que vous et vos pareils ne faites que déclamer * contre aou^, pauvre peuple» que vous ne oberohez qu'à « nous opprimer, qous nous sommes éclairés sur vos droite; ( nous les avons trouvés injustes, déraisonnables et sans autre « forme de procès le Tribunal de la Raison les a déclarés nais « à jamais. En conséquence, Monseigneur, j'ai chassé et je « chasserai.

LE DUC

« Osez-vous parler ainsi à votre seigneur ?

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