‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 90 sur 137 · RENARD. DUPONT · texte numérisé non relu

RENARD. DUPONT

« UN OFFIGIER. DUNANT. »

Cette ^tire mettait en scène Robespierre, Marat et leurs affireux satellites à l'heure où commençait le procès du Roi. On juge de l'agitation qu'elle souleva dans Paris. Nous allons, en raison de l'importance de cette pièce, qui fut un véritable événement politique, mettre pour la première fois sous les yeux du -lecteur tous les documents qui la concernent.

Le 2 janvier 1793 et les jours suivants, las d'une tyrannie intolérable, de nombreux citoyens accoururent au théâtre de la Nation pour applaudir avec frénésie une pièce dirigée contre les démagogues, les anarchistes et les hommes de sang, une pièce qui allait prendre les proportions d'une manifestation considérable, interrompre un moment le jugement de Louis XVÏ, exciter la colère de Chaumette, de Danton et de Santerre, mettre la gardç nationale sur pied, faire braquer des canons sur lé théâtre et soulever de nombreux arrêtés contradictoires où devait apparaître clairement la discorde qui régnait déjà entré la Convention et la Commune de Paris.

Analysons d'abord rapidement l'Ami des Lois :

Forlis, ci'devaht marquis, aime la ûlle de Yersac, ci-devant baron, à qui l'idée de l'union désirée convient parfaitement.

Madame deVersac^ qui s*est entourée des jacobÎBS Nomophage, Plaade et Duricrâne, occupée jour et nuit à méditer des plans révolutionnaires, s'oppose à ce mariage. Yersac raconte ses peines à son ami. Il se désole de voir la France en proie à * ces héros en déraison > que protège madame de Yersac.

FORLIS.

«... On tient donc toujours bureau de politique ?

VERSAG.

« Oui. C'est à qui fera ses plans de République ! « L'un dans sa vue étroite et ses goûts circonscrits, « Claquemure la France aux bornes de Paris. « L'autre, plus décisif, plus large en sa manière, « Avec la France encor régit l'Europe entière. « L'antre, en petits États coupant trente cantons, « Demande trente Rois pour de bonnes raisons : « Et tous jouant les mœurs, étalant la science, < Veulent régénérer tout, hors leur conscience.

II fait ensuite le portrait de Nomophage.

« Pour monsieur Nomophage, oh t passe encor, voilà Ce qui s'appelle un homme ! un héros, l'Attila Des pouvoirs et des lois t grand fourbe politique,

« De popularité semant sa route oblique.

« C'est un chef de parti...

FORLIS.

« Peu dangereux.

VERSAG.

« Ma foi, « Je ne sais... il vous craint.

FORLIS.

« Je le méprise, moi I >

Forlis, à qui madame de Yersac continue à refuser la main de sa fille, parce qu'il ne se met pas à la tète de quelque fiction révolutionnaire, s'emporte et la plaint de se confier à des gens tels que Nomophage, Plaude et Duricr^ne,

PORTRAITS BT TYPES. 983

MADAHB DE VERSAG.

Msàs ils sont, croyez-moi, patriotes.

FORLIS.

tt Madame, Descendoas, vous et moi, franchement dans notre âme ! Patriotes ! ce titre et saint et respecté A force de vertu veut être mérité.

Patriotes I Eli quoi ! ces poltrons intrép^ides. Du fond d'un cabinet, prôcliant les homicides t Ces Solons nés d'hier, enfans réformateurs, Qui. rédigeant en lois leurs décrets destnv/1i€iurs, Pour se le partager voudraient mettre à la gène Cet immense pays rétréci comme Athènes^ Ah t ne confondez pas le cœur si différent Du libre citoyen, de l'esclave tyran.

L'un n'est point patriote et vise à le paraître : L'autre tout bonnement se contente de l'être t >

Duricrâne et Nomopbage veulent se venger de.Forlis,, dont la vertu les gène, en lui attribuant la préparation d'un complot. Ils ont trouvé une liste de pauvres gens à qui Forlis distribue des secours et ils l'accusent d'embauchage et de contre-révolution. Filto, leur complice, a quelques scrupules. Il les exprime ainsi :

« Forlis est accusé ; ne passez point vos droits, « Et sans les prévenir laissez parler les lois.

DURICRANE.

< Les lois! les lois t... ce mot est toujours dans leurs bouchei ! « Avec des juges vifs et prompts comme des souches,

« Laisser parler des lois qui se taisent toujours t • Non. 11 faut de la forme accélérer le cours !

NOMOPHAGE.

< Bien dit t

DURICRANE.

« J'ai dénoncé dans moins d'une quinzaine « Huit complots coup sur coup ; c'est quatre par semaine ! « Peu de bons citoyens, sans me vanter, je crois, ( En ont su découvrir tout au plus un par mois. ..

38C LK thAatbb i>k là RtroLunov.

FoiiiSy dans le saloH de madÉmo de YeniOf troinra roocMMB de dire à Nomophage et à PUnide oe qrïl penae dist liodlios « jongleiin, patriotes de places, entourant lenn grimaeei Su

• l^to de civisme ; ces hypocrites, s'écrieit-il ;

« Qui pour faire haïr le pins beau don des deox « Noos font la liberté sangninalré comme eux t

• Mais, non,' la liberté, chez eux méconnoissable, « A fondé'dans nos cœurs son ttànB Impérissable. « Que tous ces chariatans, populaires larrons,

« Et de patriotisme insolents fanfarons,

« Forgent de leur aspect cette terre ]UIhmcfaie t

• Royalistes tyrans, tyrané républicains,

« Tombes derant les lois, roUXk tos soÛTCrains t

• Bontenx d'ayoir été plus honteux encor d'être,

9 Brigands, l'ombre a jûssé : songes à dispiûraltre t... »

Nomç^hage le fut arrêter, mais Forlis se disculpe devaatle peuple qui le rend à la liberté. Forlis revient alors éorsier Nomopbftge de son mépris :

< Vos amis ont parlé. Les yeux sont dessillés. « Le peuple est là, Monsieur... Il vous connaît I tremblez!... • Le peuple entraîne Nomophage en prison,ei madame deVeivic, revenue de son vertige politique, consent à donner sa fille à Forlis, puisque dans ses leçons il lut montre si bien :

« Que le seul honnête homme est le vrai citoyen I »

Voici comment la Gazette nationale rendit compte' de U pièce, dans son numéro du 4 janvier 1793 :

< Dans un pays où il existe des citoyens, où le mot de pa- « trie offre un sens^ la première idée, le premier désir de cha- « cun doit être de chercher les moyens de se rendre utile à « tous.

« L'un de nos auteurs dramatiques, le citoyen Laya, s'est

• constamment proposé, dans ses productions, ce but hono- « rable. Le Danger des opinions dttaquait ce préjugé cruel qui

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< rendait commune à des parents vertueux Tinfamie due au

• seul coupable; Jean Calas montrait la barbarie et le danger

< de nos lois criminelles. Le troisième ouvrage qu'il vient de

< donner, VAmi des Lois, tend à éclairer le peuple sur ses vrais

• intérêts,, à lui montrer les maux et les crimes qu'entraînent

• la licence et l'anarchie, à ramener tous les citoyens vers un

• centre commun, le bonheur public, qui n'existera jamais

> sans gouvernement, sans ûrdre^ sans respect des lois... (Suit l'analyse dé la pièce.)

« *L'action est très-simple ; mais l'intérêt est ménagé de ma- « nière qu'elle attache jusqu'à la fin ; c'est surtout un ouvrage

< de style et dans cette partie l'auteur a parfaitement réussi :

< le patriotisme/ la philanthropie ont ajouté à son talent. Cette '« pièce mérite d'être suivie ; il est à désirer qu'elle soit jouée

• promptement dans toute la France; on n'en fera pas sans doute

> une affaire de parti, cela ne se pourrait sans injustice. On

• sent à chaque vers que ce n'est point l'oiivrage d'un homme « de parti, mais celui d'un citoyen vertueux, d'un poète

• sensible^ honnête, qui veut l'affermissement de la li-

• berté par les lois, le retour de Tordre après une agitation

• nécessaire, en un mot le bonheur de la patrie. Et n'est-ce

< pas là que les gens de bonne foi de tous les partis doivent

• se rallier? Laya a été demandé. Il a paru et a reçu les plus •'vifs et les plus justes applaudissements. >

Cette pièce excita, malgré la Gazette nationale, la fureur des exaltés comme Anaxagoras Chaumette et Santerre qui la dénoncèrent au club des Jacobins et à la Commune. Làya voulut prévenir les coups qu'on allait lui porter en offrant son ouvrage à la Convention. La séance où cet hommage eut lieu mérite d'être reproduite textuellement :

186 UE THÉATSK MB I^ lÉfKMiUnmr.

CONVENTION NATI.ONAXB.

Séane» du iO jammr 1703.

PRÉSIDSITGE DK TRBILHAKD.

« Ua des secrétaires fait lecture d'ime lettre ^n^dtojM « laya ^inii conçœ :

< Citoyens législateurs,

< Ce n'est point on hommage que je vois,pié«mt|s'«t « une dette que j'acquitte^ L'Amite Jtott nepmtpmttr»*VN « soQS les ansjiioes de seamoddles, >

ICAlIBBii.

< Je demande qne J^Àmi d$$ Lou soit- envoyé: .jm^jooiiiti

« d'Instmction publique, qai peat4tre. ne cnûia^^aa Jépteoi

« d'examiner cet onyrage tr^mqml...

« (n s^élève de nombreux nmrmnies dans Pwm; te fzbi- « mités. On demande la mention bonaraUe,)

PRIEUIU

• Je n'ai encore entendu parler de VAmi âs$ LoU que par < l'opinion et les papiers publics. J'ai vu dans. un extrait en « mots:

< Aristocrate, mait honnête homme / (i). «

< Je demande comment on peut être honnête homme et • aristocrate ?

(On réclame Tordre du jour.)

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