‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 92 sur 137 · DAVID · texte numérisé non relu

DAVID

« Il a été commencé par Ramood etDumolaird...

388 LE TKÉATRR DB L

SÀLIXS.

• Je demande qu'on mette k l'înstaat en scèae les véritiUn . personnages et cpi'îls nous donnent nne représentation de II

■ pièce t

• Ne la jouons pas du moins sans nous en apercevoir \

PRIKUB.

■ Je répète que la Convenlion ne peut faire raeniion honu-

• rable d'un ouvrage qu'elle ne connaît pas. Je deEoaade qn'i

• l'avenir on ne décrète la mention honorable d'ancnn Oit-

• vrage sans que l'Assemblée en ait en connaissance. Plusieurs voix ensemble. — • J'adhère volontiers à la propo-

• sitioD ainsi généralisée.

L'Assemblée renvoie toutes ces propositions au comitf d'Instruction -publique.

La séance est levée à quatre heures. ■

Le lendemain et le surlendemain voici ce qui sa passa i li Commmie de Paris :

Séance du 11 janoiar.

• Des fédérëssa sont présentas an ccmieil etoit dit:

< Cito3reDs, ~ > Les défeDsenrs de la Rëpnbliqoe nne et iddi visible,' fm-

• lant détruire les manœuvres de l'arisioeratie, vieim^t von

• déclarer que les pièces incendiaires représentées dans In < différents spectacles les indignent tellement qu'ils ne pmvut ' pins tarder d'user de leurs droits, si la surveillance de 11

■ police n'obvia & toutes ces intrigues par l'antoritd qui lui

• est déférée i ce sujet.

Celte adresse a donné lieu à une vive discussion. Un membre s'est plaint de ce qne les fédérés semblaient vouloir faire lapolice à Paris. Il avait à peina commencé qu'on

a demandé qu'il fût rappelé à Tordre, mais une explication donnée par l'opinant a écarté la motion du rappel à Tordre. Il a dit qu'il ne voulait pas insulter à nos brav^ frères les fédérés qui avaient pu se tromper. Il est entré dans divers détails sur la pièce de VAmi des Lois qui faisait le sujet de ia discussion, *

« Le substitut du procureur de la Commune a ensuite pris la parole. U a envisagé la pièce de VAmi des Lois comme une pomme de discorde jetée parmi nous, et a conclu à ce que le conseil fit suspendre la représentation de cette pièce.

« Enfin, après de longs débats, le conseil a pris l'arrêté suivant : , • ,

« Jj^ conseil général, d'après les réclamations qui lui ont « été iajtes contre la pièce intitulée TAmi des Lois, d^ns lar-

• quelle, des journalistes malveillants pnt fait des rappro-^

< chements dangereux et tendant à élever des liâtes de

< proscription contre des citoyens recommandables par leur \ patriotisme ; informé qup les représentations de cette pièca « excitant une fermentation alarmante dans^ les circon6;taDces > périlleuses où nous sommes (i) ; qu'une représentatioa

• gratuite de ce drame est annoncée ; . : -, ]

« Considérant qu'il est de son devoir de prévenir, par taua. « les moyens qui sont en son pouvoir, les désordres que l'es- « prit de faction cherche à exciter ;

« Considérant que dans tous les temps la police a eu la

« droit d'arrêter la représentation de semblables ouvrages;^

« qu'elle usa notamment de ce droit pour Y opéiSLÛ* Adrien e%,

« antres pièces ; . v

, < Le substitut du procureur de la Commune entendu;. ,.|

« Arrête que la représentation de la pièce intitulée l'Amer

(i) Le jugement da Roi.

.100* UB 7EAATBX Itt LA AÉTÔLIITION.

à' dê$ Eaiinetk mispeiidiie el que lepréseAlânéWWHiilHVOTé

«^loif eotéentiicm, avec InjoîieCîoii- de rtbrtéUteÉ^ Mi là « tHàltres et de n'y laisser jover anoniië jMtl fdi' poirtait «trembler là tnmqmllitë publique;

< Arrête en ontre, sur les dénondations niidti|tfléei ftto

« par iôs' différtntes sections/ q«è le ftéBéûV fktm Uikpâadt

« altohé'et'enVoyé èxésl qaanûite-biiit siMèii».

« Signé : rkzuisfE,ftêiUM.

« oouuMOttàUi wcrltotr» fr^Hâr. *

' Séance iu îfjaîMah'.

> Le conseil général * par on arrêté pris hi^, et Is^'éAj^ itflihiâlpin; {Mnr un arrêté priii ce nioitlii, atdl^t1rtÉj6e^ reljreilâllafiâiit dé lie pièce intttâlée flM^ JOeftl "WjUSè WCmmëàs fhm(aift sottt v^in ûibïfeé' iù!' <£iV^' lAÉiiâ^ qttë tf^ft lë^ cMfeiM' se pdiWikÉft' éd' ftid^ f^ fctar tUâltitf eft olit côiisnlté la nitiiiicij^Ué sttf IttI' otliKNiB à prendre dalis cette circonstance. Le citoyen Chamboit a dh qiilf allÉt se rendre au théâtre et qu'il se chargeait de fidie re^pteteiF lés aVrètés du conseil.

< A cinq heures et demie du soir^ le conseil général Vest r^tini. Un membre du département de police est' venu lai aiiinoncer que le maire était au théâtre Francs depuis deux heures, qu'il y invitait les citoyens à la tranquillité; qîi'il y avait eu un peu de trouble, que cependant le calme coîiimençait â renaître et que sous peu de temps le conseil aurait d'autres nouvelles.

« L'on a dit au conseil que l'on représentait en ce moment la pièce VAmi des Lois et que la Convention nationale avait passée â l'ordre du jour sur les observations qui lui avaient été faites à ce sujet (1).

(l) Voir ci-après la séance.

« (je conseil a arrêté qu'il serait écrit sur-le-champ au maire,

pour savoir de lui si cette pièce se joue et qu'il serait invité

à répondre aussitôt la lettre reçue.

« Les divers arrêtés pris sur la pièce de VAmi des Lois ont

été envoyés au département. Quelque temps après Ton a

reçu du maire la lettre suivante :

Nicolas Chamhon au citoyen président du conseil général.

* Citoyen président, « Je me suis transporté à la place du théâtre de la Nation pour y annoncer le respect dû à l'arrêté du conseil général et à celui du corps municipal. J'ai exposé ma mission et mon devoir. J'ai annoncé la loi, qui seule permettait aux réclamants de porter leurs demandes aux autorités supéjrieures, loi rappelée dans l'arrêté du corps municipal. On m'a annoncé qu'une députalion s'était présentée à la Convention nationale pour obtenir la permission de faire jouer VAmi des Lois, J'allais même retourner au foyer du théâtre pour attendre l'effet de la députation ; mais il m'a été impossible de me refuser à la demande d'écrire au citoyen président de la Convention que l'effervescence qui se manifestait me forçait à l'en prévenir en lui détaillant les motifs des mouvements. Il est intervenu un décret qui porte que la Convention passe à l'ordre du jour motivé sur ce qu'il n*y a point de loi qui autorise les corps munidpau^ d censurer les pièces de théâtre,

« J'ai lu ce décret à nos concitoyens réunis qui l'ont accueilli avec transport et au même moment on a commencé la pièce. Le citoypn coinniauJant général avait fait arriver assez de forces pour faire res| ecter votre arrêté. « Je dois justice à nos concitoyens et vous assurer que', malgré l'effervescence, il ne m'a pas été dit un seul mot injurieux. Si je suis accablé de fatigues et de douleurs

« yhreSy elles ne viennent que de la compression que qsel-

< qnes citoyens qui m'entooraient ont partagée avec moi

< poor n'être pas accablés par la foale ; mais ce n'était que • par le motif d'entendre ce qne j*avais à dire.

< Qaoi qu'il en soit, j*ai été obligé de rester an spectacle et « je voos rends compte de la tranquillité qoi y règne.

< A hait heorea.

< P,^S. — Je ne suis resté que pour veiller à Tordre, ttnt « an-dedans qu'an dehors. »

« Après la lecture de cette lettre, on a demandé que Qumbon fax improuvé pour n'avoir pas soutenu rezécuticm à» arrêtés du conseil général et du conseil municipal. D'antm motivaient l'improbation sur ce que, par sa lettre & la Convention, il avait provoqué la représentation de tAmi i» Lois.

< Divers orateurs ont été entendus pour et contre. Le procureur de la Commune a demandé que le conseil ne prit aucune mesure avant d'avoir entendu le maire.

« D'après un arrêté qui Ty appelait, le citoyen Ghambon s'est rendu an conseil et a pris le fauteuil de président. On a demandé qu'il ne présidât pas dans une discussion où il s'agissait de lui. En conséquence il a cédé le fauteuil an citoyen Grouvelle. Ensuite il a dit que, la loi à la main, il avait cru ne pouvoir s'opposer à la représentation de VAmi des Lois, Plusieurs membres ont pensé que l'ordre du jour, décrété par la Convention, ne pouvait annuler l'arrêté dn conseil, attendu que l'on n'avait pas prétendu censurer le drame, mais simplement en suspendre la représentation, comme pouvant exciter du trouble et des divisions.

< Le citoyen Chambon a interpellé le ministère public de

PORTRAÎTS ET TYPES. 393

déclarer quel était son avis sur le décret de la Convention. Le citoyen Real, premier substitut du procureur de la Commune, a de nouveau lu le décret et a dit qu'en son âme et conscience, il le regardait comme une autorisation de jouer la pièce.

« Il s'est élevé une vive discussion. On a réitéré la propo» sition tendant à ce que le maire fût improuvé, le procèsverbal de celte séance imprimé et envoyé aux quarante-huit sections. Le procureur de la Commune a requis Timprobation; enfin le président a mis la proposition aux voix. Elle a été adoptée à la presqu'unanimité, mais sauf rédaction.

« Après quelques explications données par le citoyen Chaumette, Tordre du jour a rejeté cette motion.

< Le conseil a adopté la rédaction suivante de l'arrêté qui improuve le maire :

« Le conseil général a arrêté que la conduite du maire serait

* im prouvée en ce que, par sa lettre à la Convention, au lieu

< de donner à l'Assemblée les motifs qui ont déterminé les « arrêtés du conseil général et du corps municipal, il a, par

< son silence à cet égard, laissé croire à la Convention que le

< conseil général et le corps municipal avaient exercé un

* droit de censure contre le drame ; en ce qu'il a appuyé la

* demande de la députalion et a provoqué le décret qui a em- « péché l'exécution de ces arrêtés qui n'avaient pour motifs « que les mesures de sûreté exigées par les circonstances.»

< Le conseil a arrêté qu'il serait rédigé une adresse aux quarante-huit sections pour leur faire connaître quels sont les motifs qui ont déterminé le corps municipal à envoyer au théâtre Français le maire et les administrateurs de police et quelles sont les raisons qui ont motivé l'improbation contre le maire.

« Cette adresse sera envoyée aux journaux.

< Trois commissaires <mt été oomm»^ poftr U iéâig«... > La séance esl levée à mî&nil mdns im çuirl.

L'arrdté du conseil général, qui ayail été piflisafâéiiâdass Paris, souieva des tempêtes. Laissons la parole à FlOÊÊf qui jouait le rôle si considéraiile de Forlk :

c Cependant la Comédie hïi umoncer qu'elle èit'^igée de « changer de ^)ectacle. Elle donne connatssandÉ ie f&M « et de sa brève rédaction :

c C'est une tynmnie, s'écrie-t-on ; et de celte vcJM formi- « dable qui veut être obéie : ¥Am des Lmî VkMéàùkê t

« Quelques perturbateurs veulent se faire eniteàpe^ mais « le parterre se lève, les serre, les étouffô ; il fasM polur ainsi

< dire qu'ite surnagent, qu'ils portent.la tète au-^èÉStls êti flot « pour respirer l'air. Alors on aperçoit leurs %uire»i-4ii les « accable de buées, et ce mtoe flc^ les repoiisiaM ^ isiiefs

< de loi les froisse, les promène, aux clameurs ironiques de « toute la salle, et enfin les jette honteusement par l'issue.

« La pièce î la pièce- î s'écrie-t-on.

< Le tumulte est à son comble : en vain le commandant de « la garde nationale parait-il en superbe uniforme, on n'écoute

< rien ; on se moque. Les quolibets pleuvent de toutes parts « en pointes d.e vaudevilles avec l'incessante basse continue : « La pièce t la pièce ! *

Alors le maire Chambon consent à écrire une lettre à la Convention, et Laya court se présenter à la barre. Il faut lire attentivement cette séance du samedi 12 janvier 1793. C'est une des pages les plus curieuses de l'histoire du théâtre.

PORTKAITS ET TYPES. 395

Page 1