‹ Le Théâtre de SaintCyr 16891792 d'après des documents inéditsChapitre 24 sur 64 · RETOUR A LA TRAIIÉDIE. — ATHALIE ■ A LA GOUR · texte numérisé non relu

RETOUR A LA TRAIIÉDIE. — ATHALIE ■ A LA GOUR

On avait obtenu à Saint-Cyr le résultat qu'on souhaitait; on ne pouvait aller plus avant dans la réforme; on revint peu à peu en arrière.

• L'intention de Madame de Maintenon n etoit pas, disent les Mémoires ilr Saint-Cyr, qu'on tint toujours les Demoiselles dans ce grand abaissement, et elle prit ensuite le milieu entre donner trop de matière a l'orgueil et les laisser dans ta grande ignorance où sont les liiles qui n'ont rien vu qu'un couvent, ou rien entendu que des leçons de catéchisme ou lu Vie des Saints. » Au reste, dès le premier jour, Madame de Maintenon prêchant la réforme aux dames de Saint- Louis, leur écrivait : <> Il faut nous jeter dans l'extrémité pour nous retrouver dans le milieu.»

Les exercices littéraires furent repris, d'abord modérément, puis avec moins de réserve ; et, si

ilîi LE THEATRE DE SAINT-CYH

l'on ne rouvrit pas immédiatement 1*? théâtre, on rétablit du moins comme autrefois l'usage des tragédies dans les classes. Madame de Maintenon les faisait réciter devant elle, et souvent même, elle amenait pour les entendre quelques dames de la Cour choisies dans son entourage intime. Voici un charmant billet d'elle qui nous renseigne agréablement sur ce point:

« Mesdames les marquises de Dangeau, d'IIeudicourt et de Montgon veulent-elles manger demain ensemble dans le lieu qu'il leur plaira ; en partir a une heure pour Saint-Cyr, se rendre à la classe bleue, y voir jouer Est fier, ne s'y point moquer de plusieurs vilains visages gui jouent et qui chantent, aller ensuite prier Dieu, et de là à Marly ? Mon carrosse, dont je n'ai que faire, attendra leur ordre ; elles le renverront de Saint-Cyr. Elles m'a] 'porteront six bouteilles d'hypoeras pour nos actrices, que M. Léger mettra entre leurs mains. Si tout cela ne leur convient pas, nous le remettrons à un autre jour. »

Les Mémoires de Saint-Cyr mentionnent également ces représentations dans la classe bleue : « Mais, disent les Dames, on ne jouoit plus du tout avec l'appareil qu'on avoit fait ci-devant

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à Estht'r, ni en antre habif. qœ celui do Saint- Cyr, à quoi Madame de Maintenon ne vouloit pas qu'on ajoutât des ornements extraordinaires, disant qu'il ne falloit qu'un assortiment simple à un habit aussi simple qu'est relui des Demoiselles, et qu'il étoit de mauvais goût d'en user autrement. Cela n'empêche pas que quand elles ne jouent qu'entre elles ou devant la communauté 1 , on leur souffre de se parer pins qu'a l'ordinaire, et de mettre les diamants qui sont restés de la tragédie d'Esther. Madame de Maintenon n'a pas désapprouve 1 qu'on eût cette complaisance pour leur jeunesse, »

Louis XIV lit quelquefois venir a la Cour les meilleures actrices de Saint-Cyr pour réciter devant lui ces beaux vers (le Racine, qu'il ne pouvait se lasser d'entendre. « Elles y alloiont, disent les Mémoires, dans les carrosses du Roi, bien accompagnées, et Madame de Maintenon étoit fort attentive, lorsqu'elles étoient arrivées, à les mettre entre les mains de gens sûrs pour veillerà leur conduite. Pondant qu'elles étoient là, ils avoiont ordre do se tenir prés d'elles et d'empécher que personne se mêlât trop en leur compagnie, afin qu'elles fussent aussi bien gardées qu'elles le pouvoient être hors de Saint-Cyr.

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» Elles joui' rent leur pièce dans l'appartement île Madame de Maintenon, en présence du Roi, des princes du sang et de plusieurs personnes de la première qualité, sans autre parure (pie leur habit ordinaire qui étoit propre et mis de bon goût. Celles qui restaient ici donnèrent en cette occasion des marques de fa noblesse de leurs sentiments ; car, sans porter envie à celles qui alloient à Versailles et qui étoient de la tragédie, elles se dépouillèrent de tout ce qu'elles avoient de (dus oeuf en habits, gants, rubans, etc.. et le prêtèrent à Leurs compagnes, se faisant un plus grand plaisir île les parer et de faire par là honneur à la maison que si c'eût été ellesmêmes ; elle demeuroient ici fort mal vêtues ces jours-là , sans .s*en souvenir ; au retour,

part aux applaudissements qu'avoient eus leurs

compagnes, qu'à reprendre os qu'elles avoient prêté... Ou alla ainsi à Versailles en différents temps, tantôt pour Allialie, tantôt pour Esthrr, puis encore pour Jonaffias, dont un nommé M. Duché étoit l'auteur. »

Roileau assista à l'une de ces représentations tYAt/iftlic, et s'emptvssa d'écrire à Racine peur l'en informer et lui en exprimer sa .satisfaction.

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« ÈO arrivant à Versailles, ilit-il, j'ai joui d'une merveilleuse bonne fortune; j'ai été appelé dans la chambre de Madame de Maintenon pour voir jouer dovant le Roi par les actrices de Saiut-Cyr votre pièce iVAihalie. Quoique les élèves n'eussent, que leurs habits ordinaires tout, a été le mieux du monde et a produit un grand effet. Le Roi a témoigné être ravi, charmé, enchanté, ainsi que Madame de Maintenon. Pour moi, trouvez bon que je vous répète que vous n'avez pas fait de meilleur ouvrage. »

L'éducation de la jeune duchesse de Bourgogne qui so lit vers cette époque et en grande partie à Saint-Cyr, fut encore l'occasion de nombreux divertissements, et acheva de réhabiliter la tragédie.

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