‹ Le theatre de VoltaireChapitre 139 sur 161 · PLUSIEURS JUGES · texte numérisé non relu

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Et nous aussi.

Socrate est donc condamné « à boire de la cigui . taui que mort s'ensuive; » ce qu'il fait, tout <mi g'entretenanl avec ses disciples sur L'immortalité de l'âme, comme dans le Phédon de Platon1.

Cette fin, i|ui porte l'empreinte de la grand inhérente au sujet, fait un contraste des plus heurtés, peut-être à dessein, avec les passions aveug el misérables sous lesquelles tombe si noblement la grande et sereine victime , mais aussi tonne d'autre part une disparate involontaire avec les mesquines personnalités par lesquelles l'auteur ripostant à des adversaires indignes de lui s'abaisse jusqu'à eux.

Dans cette occasion comme dans plusieurs autres, Voltaire semble avoir attaché presque autant d'importance aux notes qu'à la pièce. >*ous aurons à citer encore plusieurs exemples du même fait. On serait tenté parfois de croire qu'il a fait la pièce pour les notes. Par exemple, le Triumvirat , donné en 1764 entre Tancrède et les Scythes, comme l'œuvre d'un jeune homme. La pièce est faible,

1. Diderot, lui aussi, a esquissé un Socrate, en un acte, en prose, où il cueille la fleur des trois immortels dialogues, le Criton, l'Apologie, le Phédon; comme fera plus tard Lamartine, en vers. Dans tous les siècles, les esprits élevés se plairont à révolter cette manne spiritualiste. Diderot s'est bien gardé d'altérer par un mélange de diatribes violentes la sérénité sublime de ces entretiens, qui d'ailleurs ne sont pas plus faits pour le théâtre que le drame de Voltaire. — L'abbé Galiani avait écrit un opéra de Socrate, que la censure défendit.

et n'eut pas de succès ; mais les notes en eurent beaucoup, celle surtout dans laquelle l'auteur associe aux proscriptions politiques des Sylla, des Octave, des Marc- Antoine, les proscriptions religieuses de nos siècles modernes, sous ce titre général : Des conspirations contre les Peuples.

Saiil, autre traduction, vraie ou prétendue1, a de l'anglais de M. Uni », est un essai historien réaliste, bizarre mélange de couleur biblique et de couleur moderne, auquel s'ajoutent de plus quelques réminiscences des vers de Racine rhabillés en prose orientale, pastiche du Livre des Rois. — Comment ne pas penser aux vers que dit Agamemnon à Arcas dans lapremièi Alphigénie :

Heureux qui , satisfait de son humble fortune,

Libre du joug superbe où je suis attaché,

\ it dans l'état obscur où les Dieux l'ont caché !

quand on lit dans la première scène de Saiil les paroles que ce roi adresse à son confident et qui semblent une parodie de ces vers ? « 0 mon cher

1. Il y a, au bas des pages 3'»0, 342, 383, édition Beuchot, quelques citations en anglais, tirées, soi-disant, de la pièce

originale.

Baza , heureux mille fois celui qui conduit on pais les troupeaux bêlants de Benjamin, et presse le doux raisin de la vallée d'Engaddi ! Hélas ! je cherchais les ânesses de mou père, je trouvai un royaume *; depuis ce jour, je n'ai connu que la douleur. Plût à Dieu, au contraire, que j'eusse cherché un royaume, et trouvé des ânesses ! j'aurais fait un meilleur marché.

Sur quoi, le fidèle l»aza , répondant à Saul , lui donne de 1' « Altesse royale».

• tu voit figurei parmi les personnages « Gag, ou Gad . prophète, — et chapelain ordinaire de David », dit !•' texte.

^gag, roi des Amalécites, promet a Saul d'être désormais a un vassal soumis ». — Joab, < g nêral des hordes de David et son confident » , l'appelle o Mylord * et « Votre Altesse royale Bethsabée le salue pareillement du nom de « Mylord ». — Et David appelle le mari de celle-ei « notre féal Urie ». — 11 va sans dire que Bethsabée et Aliigaïl se traitent l'une l'autre de « Madame ».

La pièce n'existe pas. Je saute tout de suite au cinquième acte , — qui commence ainsi :

DAVID, assis devant une table; ses Opficiers autour de lui.

DAVID

Six cent quatre vingt- quatorze shellings et demi d'une part, 1. Rois, I, chap. X, verset 1; XIX, 3, 4.

et de l'autre cent treize un quart, font huit cent sept shellings trois quarts. C'est donc là tout ce qu'on a trouvé dans mon trésor ! Il n'y a pas là de quoi payer une journée à mes gens.

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