‹ Le théâtre des Chinois. Étude de moeurs comparéesChapitre 29 sur 41 · Les Fourberies de Scapin, acte I, scène il · texte numérisé non relu

Les Fourberies de Scapin, acte I, scène il

tous les deux sont « d'habiles ouvriers de ressorts et d'intrigues, et savent forger quelque honnête petit stratagème pour ajuster les affaires » ; ils excellent surtout à « duper les vieillards et à les jouer par-dessous la jambe » ; ils ont les talents et l'esprit. C'est ainsi que se désigne leur aptitude : un noble métier* dit Scapin. Ces personnages prêtent à rire, il est vrai, parce qu'ils jouent de bons tours et que l'esprit fait toujours excuser sa malice, du moins en France, le seul lieu du monde où il soit permis d'avoir de l'esprit. Mais, pour un étranger, ces « bons tours » n'ont pas la même saveur, et il en est beaucoup qui ne rient pas quand ils voient quel nombre prodigieux d'élèves sont sortis de l'école spéciale des « bons tours ». Un noble métier? oui, certes, s'il se bornait à la théorie, et s'il ne passait pas pour être l'apprentissage de la vie dans les affaires, et aussi, assure-t-on, dans la diplomatie. Molière a formulé tous les préceptes de cette science, et il suffit de les grouper pour avoir un véritable traité. Voulez-vous savoir comment gagner les

hommes, « l'art de traire les hommes* »?ramant d'Élise va vous l'apprendre, et la recette est admirable :

(( Pour gagner les hommes, il n'est pas de meilleure voie que de se parer à leurs yeux de leurs inclinations, que de donner dans leurs maximes, encenser leurs défauts, et applaudir à ce qu'ils font. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance, et la manière dont on les joue a beau être visible, les plus fins sont toujours de grandes dupes du côté de la flatterie; et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler lorsqu'on l'assaisonne en louanges. La sincérité souffre un peu au métier que je fais; mais, quand on a besoin des hommes, il faut bien s'ajuster à eux; et, puisqu'on ne saurait les gagner que par là, ce n'est pas la faute de ceux qui flattent, mais de ceux qui veulent être flattés. »

C'est parfait, il n'y a rien de plus ressemblant que les personnages de Molière : voilà un homme qui comprend à merveille le peu d'égard qu'il a

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