‹ Le théâtre des Chinois. Étude de moeurs comparéesChapitre 6 sur 41 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

qui m'a tout à fait plu ; c'est d'une philosophie peu compliquée, mais comme le sentiment est pur au fond de cette pensée !

Ces opinions donnent la mesure des plaisirs que procurent les lettres; mais qui les comprend dans la foule?

Aujourd'hui, n'est-ce pas le petit nombre qui s'adonne aux lettres ? et, parmi ceux-là, combien font la guerre aux théories pour avoir l'honneur d'avoir renversé quelque chose ! L'école d'Érostrate a toujours des disciples. Les grands siècles littéraires sont devenus des naïfs; on ne lit plus le xviir siècle, sous prétexte qu'il n'est pas assez instruit. Il enseigne le goût, la précision, les tours harmonieux et délicats qui donnent de la grâce à la pensée; il est distingué et spirituel; ce n'est pas suffisant, il n'est pas instruit.

Les lettres seront-elles plus florissantes parce que l'esprit aura plus de science ? Il y a, à mon humble avis, plus de ressources dans la pensée nue que dans les encyclopédies

vili AVANT-PRO.POS

les plus volumineuses, où l'on apprend toul^ mais rien de plus. Le temps que Ton emploie à entasser des formules et des principes est perdu pour les lettres, parce que le lettré qui comprend la dignité de son talent n'est pas autant attaché à ce que le vulgaire peut savoir qu'a ce qui est inconnu. C'est la pensée qui découvre ; elle découvre avant l'expérience. Le Odi profanum vulgas m'a toujours paru être le mépris de ce qui est connu. Une chose découverte n'a plus qu'un intérêt de second ordre. Elle pourra passionner un conservateur de musée; mais un lettré ne s'intéresse que dans la découverte : c'est le coup de feu du chasseur, après de longs détours patients.

Un érudit n'est pas autre chose qu'un collectionneur; il vous donnera de bons renseignements. Un savant est un penseur, il vous éclairera.

A quoi bon ces mépris des grands siècles littéraires, qui sont la gloire la plus pure d'un

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