‹ Le théâtre des Chinois. Étude de moeurs comparéesChapitre 8 sur 41 · Vauvenargues · texte numérisé non relu

Vauvenargues

X AVANT-rROrOS

étouffent dans le cœur tous les germes d'où . pouvait sortir la fleur de charité. C'est une sorte de justice : un instruit n'est qu'un plagiaire. Écoutez un savant; sa conversation vous charme; il a un ton naturel et simple qui séduit; il paraît réfléchir avec vous, il cherche, il approfondit. Un instruit vous assourdira de théories; vous lui demandez son avis, il vous répétera celui des autres: c'est un phonographe.

J'ai observé toutes ces nuances avec la curiosité d'un ancien qui, sans transition, se serait vu transporté en pleine société moderne. Les étrangers, dit-on, jugent mieux des ressemblances; et, à ce point de vue, mes impressions n'ont peut-être pas été celles de tout le monde.

Il y aura de même bien des faits qui paraîtront fabuleux à mes compatriotes lorsque je leur en ferai la relation, et qui cependant n'excitent dans l'esprit des Européens que des sentiments ordinaires.

AVANT-PROPOS Xt

L'épopée historique de Jeanne d'Arc leur apparaîtra comme une légende; ses révélations qui tiennent de la magie; le mystère qui entoure sa vocation; ces voix qui l'appellent ; toutes ces actions impossibles qu'elle accomplit ne pourront être acceptées pour vraies qu'autant que je définirai, en tête de mon récit, le principe de l'intervention d'un Dieu personnel dans les afFaires humaines. Des événements de cette nature doivent être regardés comme faux, s'ils entraînent à l'absurde; ou bien, s'ils ont pour eux l'exactitude d'un fait historique, ils doivent être une affirmation d'un principe, quelque étrange paraisse-t-il. La logique ne fait pas de compromis.

Que de faits dans l'histoire des États de l'Europe se presseront sous mon pinceau, qui dénonceront l'acteur invisible et présent, fatalité pour les uns, providence pour d'autres ! Qu'il me sera aisé de discourir sur la fragilité des empires,en contemplant toutes

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les couronnes tombées, les sceptres brisés, et les sépulcres profanés d'où les rois ont été exilés !

C'est le drame de la vie universelle, mélancolique et passionnée, traînant ses doutes et ses espérances, énigme mystérieuse, dont l'homme cherche partout la solution, et que rOccident, en dépit de ses splendeurs, n'a pas encore révélée à l'Orient, attardé dans ses contemplatives méditations.

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