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Lorsque j'ai su la langue française, j'ai voulu tout lire avant d'aller voir.. Ayant une confusion de toute chose et n'ayant pas fait grande attention aux dates, je m'imaginais rencontrer et Montaigne et Pascal, et Molière et Corneille.
. Je croyais, poursuivant mon espérance, arriver k tenips et entendre Mirabeau !
J'avais l'illusion d'un lettré français qui viendrait à apprendre qu'il n'a qu'à s'embarquer pour aller applaudir Démosthène à la tribune, ou assister à la première de Philoc^, tète, de monsieur Sophocle, de l'Académie hellénique. Se représente-t-on un savant de l'Institut recevant une lettre affranchie d'Euclide demandant des nouvelles de son postU" latum? Et Rome! Quel ravissement d'aller ruraliser avec le bon Horace, ou de venir consoler Ovide dans son exil, pour lui reprocher son solus eris ! J'ai eu toutes ces imaginations, et, pareil au fou d'Athènes qui suppliait qu'on lui rendît sa démence, j'aimais
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mes fantômes. Ils se sont dissipés : ainsi les brumes, le matin, dans un ciel d'Orient. On en aime les arabesques étranges, ombres projetées d'un monde idéal; puis la vision s'évanouit, le soleil ardent a mis en déroute toutes ces armées de nébuleuses et de rêves.
Il est certain que, au point de vue psychologique, mon cas est assez extraordinaire.
J'ai entendu une fois un très charmant esprit envier mon sort, mais avec un enthousiasme émouvant! Savez-vous pourquoi?
parce que je n'avais pas lu Balzac : « Que vous êtes heureux, me disait-il, vous allez lire Balzac pour la première fois! » Et c'était vrai, ce qu'on me disait là. Quelles sont donc les joies de la vie comparables à celles-là ? Je me rappelle avoir lu un fragment de Bernardin de Saint-Pierre, où l'auteur de Paul et Virginie décrit, avec le ton d'un homme heureux, qu'il a vu moissonner deux fois dans le cours de la même année, au Cap et à son retour en France. Voilà un impressionniste
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qui m'a tout à fait plu ; c'est d'une philosophie peu compliquée, mais comme le sentiment est pur au fond de celte pensée !
Ces opinions donnent la mesure des plaisirs que procurent les lettres; mais qui les comprend dans la foule?
Aujourd'hui, n'est-ce pas le petit nombre qui s'adonne aux lettres ? et, parmi ceux-là, combien font la guerre aux théories pour avoir l'honneur d'avoir renversé quelque chose ! L'école d'Érostrate a toujours des disciples. Les grands siècles littéraires sont devenus des naïfs; on ne lit plus le xviii* siècle, sous prétexte qu'il n'est pas assez instruit. Il enseigne le goût, la précision, les tours harmonieux et délicats qui donnent de la grâce à la pensée; il est distingué et spirituel; ce n'est pas suffisant, il n'est pas instruit.
Les lettres seront-elles plus florissantes parce que l'esprit aura plus de science ? Il y a, à mon humble avis, plus de ressources dans la pensée 7iue que dans les encyclopédies