‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 11 sur 160 · BARBE-BLEUE · texte numérisé non relu

BARBE-BLEUE

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LES B.'ICHANTEMBirrS DALCIKB

Pontomime en .f actes et à grand spectacle.

Cette pièce avait été jouée primitivement (1811) dans la salie des Jeux Gymniques (Porte Saint -Martin] ;

Ensuite^ reprise en 1817 au Cirque Olympique.

Aucune de ces pantomimes, la plupart, comme on le voit, Urées des mélodrames ayant obtenu du succès, n*avait de Pierrot dans la distribution de ses personnages. M. Bertrand laissa à Déburau le soin d'en introduire un. Celui-ci se faisait presque toujours un écuyer servant du principal personnage, dévoué jusqu'à la bêtise, béte jusqu'à Théroîsme.

Mais l'année 1821 réservait plusieurs surprises au public. La première fut le tableau de la troupe imprimé, afRché, que nous reproduisons ci-après :

DAN8K DB CORDI, PANTOMINES-ARLBQUINADES >

Administrateurs

MM. Bertrand et Fabien.

M. Gongibus aine, régisseur.

Acteurs,

MM. Silvain.

Sirot.

Philibert.

Desbureau (sicj.

Bande. Deloste.

Charles.

Actrices

M»«« Julie.

Flora.

Marion.

Adèle.

Catherine.

Williams.

Orchestre.

MM. Leroi, chef.

Moura, violon.

Violet, cor.

Fontaine, contrebasse.

Williams, clarinette.

Ajon, second violon.

Ce fut un gros événement sur tout le parcours du boulevard que TafTlchage de ce tableau de troupe imprimé.

y Ce fut, en même temps, tin coup terrible pour le théâtre des Acrobates.

Monsieur Saqui — il y avait un Monsieur Saqui — c'était même ce monsieur Saqui qui était titulaire du privilège accordé à madame sa femme. Le Ministère de Tlntérieur n ayant pas voulu d'une directrice, quelque célèbre qu'elle fût, Monsieur Saqui, dis-je, s'arrachait les cheveux de désespoir ; car son théâtre périclitait outre mesure. On prévoyait une catastrophe.

La seconde surprise, que ménageait au public Tannée I8âi, fut celle-ci :

On vit, par une belle après midi de printemps, M. Saqui sortir de son théâtre des Acrobates^ pour entrer dans celui des Funambules et demander à parler auK Directeurs Bertrand et Fabien I !

M. Saqui, admis en présence des deux associés, leur tint à peu près ce langage :

— Messieurs, Madame Saqui, ma femme est une grande artiste ; vous ne pouvez le nier. L'univers entier Ta constaté. Eh ! bien. Madame Saqui s'humilie. Madame Saqui s'amende, Madame Saqui m'envoie demander à M. Bertrand de vouloir bien oublier les paroles aigres dont elle Ta gratifié, il y a quatre ou cinq ans.

— M. Saqui, fit M. Bertrand, votre femme a été fort coupable. Mais elle en a été bien punie. Et je comprends les tortures à travers lesquelles « l'ancien marchand de beurre en graisse de veau » a pu la faire passer. Elle se repent aujourd'hui. C'est un peu tard. Cependant je ne suis pas inexorable. Je consens à tout oublier.

— Merci !... ah ! merci !... Cela va lui faire bien plaisir.

— En quoi?... hasarda M. Fabien. Elle ne suppose pas que nous allons interrompre, devant ses excuses, l'heureuse concurrence qui emplit notre caisse en vidant la vôtre ?

— Non, monsieur Fabien, Madame Saqui n'espère pas cela.

— Alors je ne vois pas...

— Messieurs, je n'irai pas par quatre chemins : je viens, au nom de ma femme, vous proposer une association.

Bertrand bondit sur son siège.

— Une association entre un théâtre classé, un théâtre qui honore la littérature française et dont la littérature française s'honore !..

— Oh ! la littérature française, hasarda avec un sourire dubitatif le bon monsieur Saqui...

— M. Augustin Hapdé lui-même nous l'a dit, quand nous avons joué sa pièce de Barbe-Bleue. Messieurs, a-t-il affirmé en pleine

scène, désormais le théâtre des Funambules peut compter au nombre des théâtres littéraires.

— Enfin, continua M. Saqui, ce n'est pas pour le théâtre des Funambules que Madame Saqui vous propose une association, c'est pour le théâtre des Acrobates. Nous ne nous le dissimulons pas, notre entreprise est en désuétude. Nous sommes à deux pas de notre perte. Madame Saqui n*a plus confiance en moi comme administrateur. Et je pense que cet aveu dépouillé de tout artifice ne peut que me faire, bien venir de vous. Elle me disait encore hier au soir, avant de nous endormir : Il n'y a que deux hommes qui puissent nous tirer du précipice dans lequel nous nous sommes plongés. Ces deux hommes, s'ils veulent bien oublier les difficultés qu'ont seuls soulevées les événements, sont Messieurs Bertrand et Fabien. Pas de fausse honte !... Saqui, demain va trouver ces habiles administrateurs de ma part et jpropase^eur l'association. Nous apporterons notre théâtre, mon nom, notre troupe...

— Pas payée, interrompit Fabien.

— Qu'ils apportent leur adresse directoriale, leur science théâtrale et tout est sauvé.

M. Bertrand se leva majestueusement et prononça ses paroles qu'il laissa tomber une à une de sa bouche sacrée :

— Allez dire â M"* Saqui, que devant son repentir, tout est oublié et que mon associé et moi acceptons ses ofi'res !...

— Mais... fit M. Fabien.

— Fabien, c'est une grande artiste qu'il s'agit de tirer de la débâcle ! Au nom de l'art, il faut accepter.

— Nous acceptons, dit â son tour M. Fabien gagné.

Huit jours après, on pouvait lire â la porte du théâtre des Acrobates l'affiche suivante :

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