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SCÈNE DEUXIÈME

Après un instant de silence, un second coup de tam-tam ; et une lettre rouge revient. C'est la réponse attendue. L'Enchanteur la prend, l'ouvre et la lit.

Puis il dit : Eh I quoi ! Le Seigneur Léandre est amoureux de Colombine, la pupille de Cassandre? Mais ce dernier l'aime aus.^i et veut l'épouser. Et Léandre vient me demander ma protection. Eh ! bien, soit !... Je le servirai de tout mon pouvoir.

Voilà le départ de fintrigue, laquelle, on le voit, n'est guère enchevêtrée.

Pierrot est le valet de Cassandre, Arlequin celui de Léandre.

Colombine a une suivante, Suzelte, qui est amoureuse d* Arlequin.

Dans toutes les pantomimes on croisait Tamour, comme les spadassins croisent le fer.

Les efforts d'imagination ne sont pas énormes, pour arriver à ce que les prétentions de Cassandre et de Pierrot sur Colombine et Suzette soient écartées au bénéfice de Léandre et d'Arlequin.

Alexandre Guyon ne pouvait rester longtemps éloigné de son ami Charles Deburau. Celui-ci, presque directeur, ayant main haute dans rétablissement que voulait relever M™* Stoltz, sous le pavillon Hiltebrumer, ne tarda pas à faire des propositions d'engagement à son inséparable ; propositions que le fidèle Alexandre s*empressa d'accepter.

Le pauvre M. Billionmarchait, ou plutôt courait d'efl'ondrement en effondrement.

Le 22 avril, il vit avec désespoir,débuter sur la scène de ce théâtre rival et maudit, Alexandre Guyon, dans : Le Moulin du Diable.

Ce Moulin du Diable n'était qu'un nouvel avatar des Meuniers. Charles Deburau jouait Nicolas et Alexandre Guyon, Grégoire.

Dans cette même soirée, Alexandre disait de plus, une grande scène d'imitation, intitulée; Un diner d'artistes.

M. Billion engagea alors, pour ses Funambules, un nommé Bunel^ qui fit d'excellents débuts dans l'emploi comique.

Puis, Gabel, un gamin parisien qui, plus tard, acquit une certaine notoriété, en créant sur le théâtre des Fantaisies-Parisiennes, l'un des deux gendarmes légendaires de Geneviève de Brabant,

Le 20 mai : Une Femme pour rire^ vaudeville en 2 actes.

Le 27 mai : Pierrot et les Fils du Diable^ pantomime en 15 tableaux

Je ne possède aucun document sur celte pantomime.

Le 2 juin : J'ai le gros Lot^ vaudeville en un acte.

Le !•' juillet r Les Conseils de Cocotte^ vaudeville en 1 acte, joué par Alexis, Pelletier, et M"*» Jenny, Thierry, Rosalie, Amélie et Anaïs. #

Le 28 juillet : La Filledu Ciel, ballet-pantomime en trois tableaux.

Ge ballet n'est qu'un décalque, sans vergogne aucune, de La Fille de TAtr, féerie des Folies-Dramatiques.

Mêmes lieax de scènes, mêmes personnages afihi*blé9 d'autres noms, même marche de pièce el d'inlrîgne.

Au mois d'octobre de cette année 1856, M. Billion, écœurer dégoûté, abattu, vaincu, fourbu, vendit son petit théâtre des Funambules à MM. Dautrevaux et Angrémy, pour se eoBsacrer à la seule direction du Théâtre Impérial, ancien cirque.

M. Dautrevaux était un employé supérieur de la Compagnie du Gaz, qui, à ses moments perdus, s'amusait à écrfre de petites pièces qu'il faisait jouer aux Funambules. Peu* à peir il s'était épris des mœurs théâtrales, à ce point qu'il fut le premier à solliciter de M. Billion, )a cession de sa direction ; ce à quoi Timpresario funambulesque s'empressa d'acquiescer.

M. Dautrevaux n'était pas riche. Il s'adjoignit un de ses amis, M. Angrémy^ marchand de tissus du faubourg Saint-Denis. Ces deux messieurs prirent comme troisième associé, pendant quelque temps seulement, M. Flèche), le beau-père de M. Angrémy, le véritable bailleur de fond^. Mais la raison sociale de cette triplice fut Dautrevaux et Angrémy.

Un des premiers actes de la nouvelle administration, fut le rengagement d'Amable, qui s'ennuyaii fort aux Bouf(e»-Paiiisiens, dont Offenbach excluait petit à petit la pantomime.

Le but des deux nouveaux directeurs était de reconstituer une troupe que M. Billion avait trop laissé s'effriter.

Ils engagèrent M"" Réparata, danseuse d'un certain talent; un mime Italien Antonio Rovero ; une seconde danseuse viat s'adjoindre à la première. M"* Marie Olympe Martin ; puis Maria Kalpestri, femme du Pierrot, et Desmards, autre mime.

Us tentèrent aussi de faire revenir Laplace et Dérudder ; mais, des engagements sérieux liaient ces deux artistes à leur théâtre.

Ils se rejetèrent alors sur de véritables danseurs, Pissarello, Bertotlo, etc

J'oublie un engagement des plus importants : Forestier, un comique de valeur.

Si l'engagement d'Amable fut le premier qu'ils contractèrent, le Génie des Eaux fut la première pantomime qu'ils remontèrent pour la rentrée de leur prestigieux premier rôle mime.

Cette rentrée et cette reprise eurent lieu le 4 novembre, en même temps que la première représentation d'un vaudeville en 2 actes: Chaillot.

La pièce était de M . Dautrevaux. Il la contraignit à avoir du succès, la claque aidant.

M. Billion plaisanta fort les visées littéraires de son successeur.

M. Dautrevaux qui eut connaissance des sarcasmes de son prédécesseur, en conçut une violente animosité. Un jour que M. Billion, voulant se donner de l'importance, lui dit : Je viens de chez mon ami, le garde des sceaux.

— Il ne vous a pas gardé assez longtemps, riposta M. Dautrevaux.

Le 26 novembre : Les Frères Provençaux^ vaudeville en 2 actes.

Pelletier, en cuisinier, chantait ce couplet :

Air : Ces postillons sont cTune maladresse.

Je suis très fort en matièr' de cuisine. J' sais fair* des plats remplis de variétés. J' fais les poulets dits à la Crapaudine Qu* c*est un* merveille !.. Et les rognons sautés, Qu*on s' rong' les doigts après s* les êtr* léchés. Ce dernier plat, vous le fait's de la sorte : Vous tirez du bon vin, sans y goûter.

Puis, vous prenez vos rognons d'un' main forte Et vous Tes fait's sauter, {bis)

Le 18 décembre : Les Raseurs du jour^ revue en 2 actes, par Ch. Blondelet et Vinet.

Vinet était souffleur aux Délassements. Il avait reçu une assez bonne instruction ; avait été pendant quelque temps clerc chez un huissier ; mais, le goût du vin Favait emporté sur le goût des protêts, et, de dégringolade en dégringolade, il avait roulé jusque dans le trou du petit théâtre de M. Hiltebrumer.

Blondelet, lui, acteur des Folies Dramatiques savait juste assez d*orthographe pour écrire : « J'ai des idées ^ mais je manque d'instrucsion ». Il flaira Vinet et trouva en lui, en le gavant de litres à douze, un adjudant précieux.

Voici la désignation des personnages de leur revue :

Le Mensonge X.

La Vérité X.

Betty, le Chalet suisse X.

Le Marchand de crayons X.

Le Pré Catelan X.

Le Temple X.

M™« Descuirs X.

M. de Paintendre X.

M. Despalerons •. . X.

Langue de vipère X.

Infeclados X.

LES FUNAMfiULES 41 1

Cinq centimes illustrés X.

Le Progrès X.

La Pièce d'or X.

Les théâtres de Paris X.

La fée du Baptême X.

Le Gaz X.

Le faubourg Saint-Marceau X.

Une servante X.

PREMIER ACTE le Palais.de la Vérilé

DEUXIÈME AGTE| Vile du Mensonge

On venait d*établir dans Paris, uno certaiDe quantité de chalets de nécessité, à 15 centimes.

Entrait une Suissesse, qui, après avoir vanté, puamment, Tutilité de ces odorants buen-retiro, chantait au compère de la revue :

Air : du Charlatanisme.

C'est très commode, en vérité.

Je le donne comme merveille.

Chacun a sa commodité ;

Avec le plus grand soin je veille.

C'est on ne plus curieux.

Dans mon chalet on est à Taise

C'est un endroit délicieux.

Rien n'est plus charmant que ces lieux

Qui pourtant n* sont pas à l'anglaise, {his)

Les délicats n*avaient rien à voir aux Funambules. Ils le savaient. Et, s'ils s'aventuraient dans ce conservatoire de la pantomime, ils devaient s'attendre à tout entendre, sans se boucher le nez, non plus que les oreilles.

La revue des théâtres était faite par la Vérité^ qui chantait au Mensonge :

Air : Antiquaire savant»

Au théâtre, le soir.

Quand chacun va les voir.

Toujours avec plaisir On va chez eux les applaudir.

A l'Opéra j'ai vu jouer Le Corsaire.

Ce fut, je orois, un succès de bravos. Loges, pourtour, galerie et parterre Ont retenti longtemps de ces échos.

LES FU^TAICBULCS

Le théâtre va bUn

Quand j'en suis le soutien.

J'ai pour lui des égards Je suis déesse des Beaux- Arts.

De lui, toujours, moi Je suis idolâtre. Pour les plaisirs, et les jeux, et les ris Rien n'est si beau, vraimeBt, que le théâtpe. Pour moi, vois-tu, c'est un vrai paradis.

Le9 Zouav'ê k la Gai té

Ont manq,ué de gaité.

11 n*y avait vraiment Ni comoieiic'iBenèr.Bi dévouement Braves soldats, puisqu'on vous met en scène, On aurait dû vous traiter en Français.

Chacun de vous se donna moins de peine Pour remporter le plus- brillaot sucrés.

Dans U Fils de la Nuit, Lorsqu'on y voit le brick, Le brick et c* qui s'en suit, On 8'éçri* : quel chic a ce brick !

Salut â toii cher Marin de la gm^de.

Tu s>as toujours un très Joli flambard. Frèr*8 de la Côte, allez, que Dieu vous garde, Yoguei en paix, sur rvaisseau de MarV Shtart.

Un vaisseau, e'étaii boa ;

Mais deux vaisseaux, ah ! non !

C qui fait qu' ces vaisseaux ont Fait couler leurs pièces à fond.

De TAmbigu quand J'ai vu la Servanfie.

Je me suis dît : c'est on ne peut plus be»u. Car chaque soir cette femme ensangtaate. Aussi des Mers c'est le plus grand Flêm.

Le Paiais-royai a

Fait des farces, oui-dâ

Et Grassot nous donna Le Roi qn^à perdu la Ikoula.

L' Gymnase aussi, par un charmant caprice, Nous a donné ses œuvres des salons ; Mais je n* goile pas, quand il s'agit é9 Wieê^ De nous montrer ces petits Fanfarone,

t^ee Zoumefs ée9 VarMCé»

Sont des variétés

Qui firent certain jour C qu'on appelle un JoK p*tit four.

Ailes donc voir U belk Femehemelte.

Que de bravos tous les jours on entend. Aussi r Caissier, en voyant sa Cassette, Admir' Biadam' Carvalbo-Miolan.

Avec cet Argument, Cet homme assurément Dit, comptant son argent :

Cest la pierre d'aehoppement.

LES FUBTiUBULES 4i3

Oeorges Trévor^ qui défend la misère.

Va, par ma t)ouch' les Pauwes (1) te Tont dit.

Tu peux toujours te regarder le père

Et V Avocat des Pauor§$ de Parit,

{Reprise) Au thè&tre le soir, etc., etc.

Celle revue termina Taanée et commença l'autre. Elle eut du succès.

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