Editeur, rue Chariot, 57. [Note de la petite brochure
438 LES FUNAMBOLCS
Chez lui, venaient se faire barbifier les artistes de tons les théâtres, les auteurs, les journalistes, qui passaient leur vie sur le boulevard du Temple. C'était à cette époque le quartier de la gente théâtrale, littéraire et bohème. Cette agglomération de salles de spectacle sur un seul point, faisait qu'auteurs, journalistes, acteurs se fréquentaient tous, dans ce populeux quartier, aujourd'hui si banal.
Sarrazin, de son œil àTiris verdàtre, connaissait tout ce monde théàtriculant du Boulevard.
Aussitôt qu'un de ses clients franchissait la porte de son établissement, Sarrazin criait de sa voix sonore :
— Une barbe soignée à M. Bignon !... A vos armes, jeunes raseurs, et ne vous dites pas en contemplant cet honorable et grand artiste : Est-ce Bignon ?
On se pâmait !... de peu, je Tavoue ; mais, on se pâmait. Ou bien :
— Messieurs les professeurs du rasoir, je vous confie la tête du savant et jeune auteur, M. Amédée de Jalais !... Faites, par la puissance de vos talents, que son aimable physique ne se ressente pas de son nom : déjà laid^ et qu'il soit promptement transformé par vous en déjà beau ! 1
— Quand je dis déjà beau, je ne veux rappeler en rien l'honorable M. Jules Vizentini, qui en porte encore à ses chemises.
Et cela n'arrêtait pas. Un calembour en amenait un autre. On riait. Aussi l'établissement de Sarrazin ne désemplissait-il pas.
Si je cite Sarrazin, c'est qu'il appartient â notre histoire ; car au commencement de cette année 1859, il fit représenter sur le théâtre des Funambules, un vaudeville intitulé : Le Coup de peigne du Sarrazin.
Sarrazin était-il réellemeht l'auteur de cette inepte pochade, qui n'eut que quelques représentations ?
Non, assurément.
Son père véritable était Dunan-Mousseux. Et voilà comment l'affaire s'était emmanchée. Un jour, Dunan avait dit à Sarrazin :
— Ah ! ça mon vieux, il s'agirait de régler notre compte. Voilà au moins six mois que je ne fai payé mes rasades et la ferraille de ma chevelure.
— Voilà même près de deux ans. Monsieur Dunan ; mais je ne suis pas inquiet, et j'attends l'année où vous aurez gagné le moins pour m'adresser à Votre bourse.
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— PoBrquoi le moins, avait imprudemmeot demandé le bon Dunan ?
— Parce que, comme l*a dit noire auguste Empereur, avec vous Van pire, cest la paye,
Dunan, que rien n'émouvait, avait continué sans sourciller :
— Ecoute-moi, Sarrazin de mon âme, crois-tu — j'ai omis de dire que tout le monde tutoyait Sarrazin, — crois-tu qu'il soit au monde une gloire plus grande, une satisfaction plus intense, que celle de s'entendre applaudir comme auteur dramatique ?
— Je ne crois pas, Monsieur Dunan. J'en ai pour preuve M. Ernest Blum, quand il vient se faire friser le lendemain d'une de ses premières aux Délassements, Il déborde. 11 exulte.
À cette époque, Ernest Blum possédait une ruisselante chevelure d'or.
— Sarrazin, je veux que tu éprouves ces exultations, ces débordements.
— Comment cela, Monsieur Dunan ?
— Je veux qu'à ta renommée « cheveuleresque » tu ajoutes celle de vaudevilliste applaudi. Ne te matagraholise pas la cervelle à chercher. Voici une pièce que j'ai faite pour toi. C'est un petit chef-d'œuvre. Elle s'appelait d'abord : La Découverte du Çiiinguina, mais ce titre m'ayant été volé par M. Montigny, à Tépoque où je venais au monde, et fort avant que je n'eusse Thonneur de connaître cet estimable directeur, je me contente de l'appeler aujourd'hui: Le coup de fer du Sarrazin!,.. Eh I bien, c'est toi, Sarrazin, toi seul, qui signeras cet ^cle triomphant, que je viens de faire recevoir au théâtre des Funambules.
— Moi ?.. Moi, Monsieur Dunaa ?...
— Oui, toi I... Je toucherai les droits, mais tu auras la gloire. Crois-tu que mes vingt-quatre mois de fer et de barbe te soient suffisamment payés de cette originale façon ?
— Trop, Monsieur Dunan, trop !... C'est une réclame que j'eusse payée cinq cents francs. Seulement... il y a un... seulement...
— Parle, Auguste !...
— Seulement, c'est le titre qui me chiffonne. Je n'aime pas le coup de fer j aimerais mieux le coup de peigne du Sarrazin.
— Diable I... C'est que, dans son combat sarrazénique, mon héros tue son Hidalgo d'un coup de fer.
— Ne peut-on le faire tuer d'un coup de peigne, dans la formidable peignée, que doivent s'administrer vos deux personnages ?
— La peignée !.. tu as trouvé le mot! Accordé, cher ami 1 Je te fais toutes les concessions.
Et, voilà comment le coiffeur Sarrasin était devenu Tun des auteurs des Funambules.
Le 20 janvier, on joua : Tm Pâtissière de Darmstadt, vaudeville en 2 actes.
L'action de cette pièce devait se passer à la cour du prince souverain de Saxe. La censure ne l'entendit pas ainsi. Pourquoi ? On ne sait. Les Censeurs ont de ces mystères. Et le prince souverain devint simplement Carie Polden, capitaine de vaisseau.
Le manuscrit, que je possède, portait dans ses indications : Seigneurs et Dames de la Cour. Ces mots sont rayés et remplacés par : Invités des deux sexes,
A la date de ce même 20 janvier, on joua : Un Triolet d'Infirmes^ folie-vaudeville en i acte, par Foliquet.
Le 2 février : Les Enfants du Soleil^ pantomime à grand spectacle en 5 tableaux, avec combats, évolutions etc. etc.
Pierrot MM. Kalpestri.
Léonce, gouverneur Delaquis.
Gonzalve, officier espagnol.. Amable.
Orcanor, chef des pirates . . . Philippe.
Amazili, fils de Gonzalve..., Amable fils.
Jonathas, pirate Antoine.
Octo, pirate Wailhé.
Taoni, pirate Degesne.
Ozaï, chef indien Bertotto.
Anita, indienne M»« Lefebvre. •
Velléda, indienne M"« Thérèse.
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lor tableau : L'Indienne et le Pirate.
2e id. Pierrot dans la Savane. 3« id. Pierrot fétiche.
4' id. A qui le trésor ?
5« id. Pierrot sauvage.
Cette pantomime eut du succès.
Le 19 février : Joli Printemps^ quand reviendras-tu ? vaudeville en 2 actes, joué par MM. Frédéric, Forestier, Gauche, M"'» Augusta, Anna, Thérèse, Julien et Maria.
Le 3 mars : Les Amours de Chonchon, folie-vaudeville en 2 actes, jouée par MM. Bunel, Frédéric, Forestier, M"»" Désirée, Thérésa, Emma et Palais.
Le 20 mars, il y eut une représentation extraordinaire au bénéflce d'Amable, Texcellent premier rôle mime.
Ul
Elle était ainsi composée :
10 Le jour du froUeur, vaudeville en 1 acte, joué par les artistes de r Ambigu.
2o Le Maître d'Ecole^ chansonnette par Joseph Relm.
30 Le Feu d'Artifice, chansonnette par M. Edouard Clément.
40 Le Diner du Général^ vaudeville en 1 acte, par les artistes du thé&tre de Belleville.
30 Fernando le Pêcheur, ballet-pantomime en 3 tableaux, joué et dansé par MM. Gustave, Bertotto, Degenne, Antoine, Wailbé, Vautier 61s, M"><:* Eugénie et Morin.
60 Le surnuméraire, chansonnette par M. Philibert.
70 Danse des ballons, par M. Degesne.
go Le trapèze, par M. Alfred.
90 Pas de deux, par M. Frédéric et M"' Rosée.
iOo Chauvin et Dumanet, duo par MM. Michel et Blanc.
ilo Pierrot mitron, pantomime en 1 tableau.
120 i^ leçon d*iitriture, vaudeville en 1 acte, joué par MM. Hippolyte, Forestier, M™«* Anna et Thérèse.
Ce spectacle commença à cinq heures et demie et ne se termina qu'à une heure très avancée de la nuit.
Amable avait réalisé le maximum des recettes.
Le 24 mars : La mère Gigogne^ pantomime arlequinade en 2 actes et 20 tableaux, tirée du conte de M, Albert Monnier, par M. Maxime Delor ; mise en scène de M. Frédéric ; décors de MM. Sachetti et Desplaces ; trucs nouveaux de M, Marckewith ; costumes dessinés par M. Dallée, exécutés par If""* Garnier, musique de M. Borssat ; ballet de M. Monnet,
DISTRIBUTION
Pierrot MM.
Arlequin
Polichinelle
Cassandre
Léandre
Le Monstre
Perchaud
Un géant
Un ours
Un deuxième ours
Un paysan
Sopie de mère Gigogne....
La mère Gigogne Mb«i
Ariel
Colombine
Pierrette
Mme Polichinelle
Jeannette
Agathe
Le Génie.........
Ralpestri.
Gustave.
Vauthier fils.
Michelin.
Hippolyte.
Philippe.
Delaquis.
Gauche.
Antoine.
Wailhé.
Gauthier.
Antoine.
Lefebvre.
Anna.
Thérèse.
Maria.
Augusta.
Eugénie.
Emma.
E. Palais.
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