CHAPITRE XLVI
Dnrandeau, simple poète
Les auteurs paDtomîmiques d'à présent ne doivent, ne peuvent que majestueusement mépriser les pauvres œuvres de leurs humbles confrères, qui les écrivaient à cette lointaine époque, où le boulevard du Temple avait créé un coin de Paris si spécial, si original, si amusant, si bigarré.
Les confectionneurs d'alors n'avaient aucune prétention. Faire rire un public de naïfs et d'enfants, était le but qu'ils visaient et atteignaient.
La pantomime de ces temps, déjà si éloignés, n'était qu'une linotte écervelée, bruyante, remuante, encombrante ; celle de nos jours a la prétention d'être aigle!... Son vol veut atteindre la nue ; son regard embrasse les plus vastes horizons.
Elle rejette, en les goguenardant, ces vieux airs explicatifs, à la portée de tous, accompagnant les situations; et, se fait escorter par des prix de Rome, novateurs de contre-points, de fugues, de dissonances expérimentées d'après Tordonnance.
Celle-ci s'adresse à des esprits cultivés, sceptiques et blasés, susceptibles de comprendre le travail harmonique d'un musicien érudit ; celle-là ne parlait qu'une langue à la portée de tous, surtout des ignorants.
Le genre nouveau entraine avec lui des frais considérables, qui ne permettent plus de l'offrir aux modestes bourses des esprits simples. Celui de jadis s'adressait particulièrement à ces miséreux en tout, dont il devenait le plaisir.
La pantomime^ ayant changé de public, devait nécessairement changer de genre.
Elle s'est élevée, comme l'Opéra-Comique Ta fait, en passant des grivoiseries et des parodies du Théâtre de la Foire, o'i il a pris naissance, aux douces mélodies des Rossini, Boïeldieu, Hérold, Auber, Adam, pour arriver aux savantes productions des Meyerbeer, Ambroise Thomas, Gounod, Bizet, Saint-Saens et Massenet.
Elle a grandi comme le mélodrame l'a fait, en laissant s'effondrer le pathos, l'amphigourique^ la prétentieuse phraséologie des Guilbert de Pixérécourt, Victor Ducange, Caignez etc.,
LES FUNAMBULES 4oS
pour arriver aux productions exactes des Henri Becque, Maurice Donnay, Jules Mary, Emile Moreau, etc., en passant par les douces élégies et les situations si merveilleusement combinées des Anicet Bourgeois, d'Knnery, Brisebarre^ et les grandioses et gigantesques épopées des Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Auguste Maquet, Frédéric Soulié, etc..
La pantomime, après un temps d^arrêt de trente années, est revenue au monde, transformée , perfectionnée, transfigurée.
Le chiffre total des dépenses que faisaient les directeurs des Funambules, pour monter une pièce en dix ou douze tableaux, ne suffîrait pas actuellement, à payer la simple copie de la musique.
Revenons à l'ancienne formule.
Le 2 février, M. Daulrevaux fît représenter le Diable d'or^ grande pantomime Italienne^ féerie en 18 tableaux.
PBRS0NNA0B8
Le Diable d*or MM. Âmable. .
Le Destin PhUippe.
Le Cauchemar Vailhé.
Le Génie du bien Olympe.
Pierrot, bûcheron Kalpestri.
Cassandre, id Michelin.
Arlequin id Gustave.
Léandre, vieux garde forestier Degenne.
L'air X
La terre X
Le feu X
L'eau X
Colombine M*'" Eugénie.
Les quatre saisons X
Un marié M . Antoine.
Une mariée Mn« E. Palais.
Un charbonnier MM. Marius.
Un tambour de village Hippolyte.
Trois hommes tenant des jeux X
Une petite servante M«n«» Anna.
Une servante géante MM. Bertotto.
Une maîtresse d'hôtel meublé Antoine.
Deux fantômes X
Un squelette X
Un génie X
Génies, diables, monstres, bûcherons, vigneiH)ns, cuisiniers, servantes, gardes, nains, pages, paysans, paysannes.
Rien de plus banal, de plus somnolent que cette longue et fastidieuse pantomime.
A force d'être battus, ces sentiers devaient finir par payer l'amende. Hélas ! les directeurs la soldèrent pour eux. La pièce ne fit pas le sou.
On se dépêcha (Je la remplacer, le 7 février, par^arîus V Africain^ paotomime en 8 tableaux, de l'inépuisable M. Dautrevaux. Succès contesté. Le 27 de ce même mois, on donna : Les Troupiers de V Armée d'Italie^ pièce en 2 actes.
Le 12 mars : Mentor et Télémaque^ vaudeville en 1 acte.
Le 17 mars : Les Bons Enfants, vaudeville en i acte.
Le l**" avril : Barocol ou le Canard de Monseigneur, vaudeville en 2 actes.
Le 25 avril : Le Père Lantimi^che, pantomime arlequinade en 10 tableaux.
Vamour et la folie.
Pierrot et te Génie ro^e.
Pauvre Arlequin.
Pierrot et la statue, Vn jour de noce.
Une drôle d'histoire.
Lantimêche au violon.
La ruse infernale.
Un bon tour de Pierrot.
Apothéose.
1er
tableau
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PBRSONNAOBS
Lantimêche, ex-apothicaire MM. Michelio.
Léandre Amable.
Arlequin Gustave.
Pierrot Kalpeatri.
Satanor, génie du mal Philippe.
Le Génie rose M'*« Maria.
Tremblotin, valet de Léandre MM. Degenne.
Deuxième valet de Léandre Vaiihé.
Une fruitière M»>« K. Palais.
Une harengére * X
(Le manuscrit porte, une figurante)
Un aveugle MM . Marins.
Une statue qui marche Ilippolyte.
Un marié Vautier.
Un aubergiste Bertotto.
Golombine M"' Eugénie.
Une mariée Olympe Morin.
Paysans, paysannes, démons, valets, nymphes, génies,
L*actrice, désignée sous le nom de Maria, qui remplissait le rôle du Génie rose, était la femme de Kalpestri.
Pourquoi Lantimêche se nommait-il Lantimêche ? Pourqu*il ne se nommât pas Cassandre, et voilà tout. Car il n*était que Cassandre et rien que Cassandre, cet ex-apothicaire, père de Colombine.
Il passait par Tétamine de tous les malheurs et de tous les accidents, qui fondent habituellement sur les côtes du bonhomme.
Mais, il fallait un titre, avant tout, aux pièces des Funambules, et un titre qui portât ses lettres hypnotiques, jusques au tréfond des imaginations rétives, communes aux amateurs des théâtres populeux.
Or, Lantimèche est un nom qui tombe souvent dans les oreilles des classes ouvrières. Lantimèche est aussi répandu que Lustucru, Croquemitaine et la mère Godichon.
Le Père Cassandre^ n'eut rien dit à l'œil des titis, familiarisés avec ce nom. Le Père Lantimèche évoquait immédiatement l'image d'un vieil ivrogne, auquel allaient arriver des amoncellements de mésaventures.
Le Père Lantimèche ressemblait à toutes les autres pantomimes.
Colombine aimait Arlequin, Arlequin aimait Colombine. Le Génie rose protégeait Arlequin, tandis que Satanor, le Génie du mal, défendait Léandre. Luttes, disputes, enlèvoments, combats, transformations^ jusqu'à minuit moins un quart ; cela aurait pu durer indéfiniment.
Car, au cas où le directeur eut dit à Tauteur : « Je ne veux pas que votre pièce finisse avant deux heures du matin », vous vous figurez peut-être que l'auteur eût été embarassé ? Pas du tout. Il eut simplement ajouté quinze tableaux à ses dix. Colombine eût été enfermée au fond de la mer, de par le talisman de Léandre. Elle eut été enlevée et transportée dans un nuage, de par le talisman d'Arlequin. Reprise par Léandre et confiée à la garde des Divinités infernales. Reenlevée par Arlequin, et conduite à travers les airs chez Mahomet, dont elle fut devenue une hourî. Arrachée de nouveau au paradis du Prophète, et attachée sur les rocher de Prométhée^ où elle eût été confiée à la garde de farouches Caucasiens. Reconquise par Arlequin et couchée dans un lit de roses, fabriqué par les Fées, etc., etc..
L'heure seule arrêtait l'intrigue et décidait de la du1*ée de la pièce.
Cependant, il y avait eu fête le soir de la première^ en l'honneur de la rentrée de Vautier, dans un rôle bien effacé, celui d'un marié, qui n'était que d'un tableau.
Vautier eut pu jouer le rôle d'Arlequin ; mais, père, avant d'être artiste, il avait craint de nuire à son fils, chargé du rôle, et avait dit à M. Dautrevaux, qui le pressait de jouer l'amoureux à la balte :
— Je vous assure que mon fils est plus souple que moi. Et puis, vous verrez l'effet que je produirai dans mon bout de rôle.
Le fait est la que salle entière éclata en applaudissements
lorsque l'excellent Polichinelle était entré, donnant le bras à sa fiancée.
Le 2 mai : Marie trempe ton pain, vaudeville en 1 acte par Blondelet.
Le 28 mai : Cascades sur cascades, pantomime comique en 7 tableaux.
PBRSONNAOBS
M«« Giffart, marchande de fruits.. M««« Auguste.
M. Giffart, son mari M. Vautier, père.
Marguerite, leur nièce M"« Thérèse.
La Tulipe, sergent aux garde-
françaises MM. Amable.
Pacot, conscrit Ralpestri.
Rosalie, marchande de poissons M"«» Maria.
Geneviève, marchande d^oranges. . . Cécile.
Fanchette, bouquetière Olympe.
André, fort de la halle MM. Desmares.
François, id, Pissarello.
Un marchand de vin Alfred.
Un maître d'armes X.
Un caporal X.
Mitron, boulanger X.
Une Normande X.
Un cabaretier invalide X.
Une femme sauvage X.
Un pitre X.
Une marchande de fleurs X.
Un marchand de coco X.
Un id. d'oublis X.
Un id. de gâteaux X.
Un escamoteur X.
Un garde-champêtre X.
La scène se passe sous Louis XV. Costumes du temps.
Je souligne à dessein cette amusante indication du manuscrit.
En lisant cette pantomime, on se trouve en face d*un scénario de vieux vaudeville, dans lequel Pierrot est devenu Pacot, Cassandre-GifTard, Colombine-Marguerite et Léandre-La Tulipe. Ce sont les aventures burlesques d'un conscrit, qui veut devenir Tépoux de la nièce d*un marchand fruitier, et qui, pour parvenir à ses fins, commet tous les méfaits imaginables, voire inimaginables^ et se rend coupable de tous les crimes que Ton peut imputera Pierrot.
Tout cela était assez amusant et devint presque un succès. C'en eut même été un, si les Funambules de cette époque décadente, eussent été à même de constituer un succès véritable.
Etaient-ce les genres qui se transformaient, les esprits qui changeaient, l'interprétation qui faiblissait, ou, le goût qui se
modifiait, nul ne le saurait dire ; mais, il y avait une cause certaine d'affaiblissement, d'anémie générale dans la « sanguinalité » du petit théâtre.
MM. Dautrevaux et Angrémi le sentaient bien. Leur caisse les faisait s'en apercevoir. Aussi, cherchaient-ils tous les moyens pour arriver à fournir de bonnes pièces, à ce qu'il leur restait de clientèle.
Leur erreur était, qu'ils se croyaient en possession d'une excellente troupe de pantomime, et surtout d'un merveilleux Pierrot. Qu'est-ce qu'une bonne pantomime ?.. C'est un bon Pierrot.
Et, ils en étaient arrivés à se figurer que Kalpeslri pouvait aisément rivaliser avec Paul Legrand et Deburau, étant donné l'effet énorme qu'il produisait sur le public ; sans s'apercevoir que ce public n'était absolument composé que de la partie malsaine, celle que les exagérations et les grossièretés amusent ; l'autre partie ayant fui depuis longtemps, chassée par ces malséantes exagérations et ces triviales grossièretés.
Il y a, dans la pantomime, des scènes que l'on peut qualifier classiques, comme il en existe dans la haute comédie et l'opéra.
Ainsi, la scène connue, dans laquelle Arlequin et Colombine se courtisent, puis se disputent, pour se rapprocher chacun sur leur chaise, se mettre dos à dos, sentir, en remuant leur tète, rejetée en arrière, le frôlement de leurs cheveux, se retourner insensiblement et tomber dans les bras l'un de l'autre, pour s'embrasser d'abord, et s'endormir ensuite, la tète d'Arlequin doucement appuyée sur la poitrine de Colombine, est une scène classique.
Celle qui lui succède, dans laquelle Pierrot les surprend, enlève Colombine et prend sa place sur la chaise, aux côtés d'Arlequin toujours endormi, se faisant un sein de son chapeau, et se scandalisant pudiquement, quand Arlequin étend la jambe sur ses genoux, croyant, dans son rêve, l'étendre sur ceux de Colombine, est encore une scène classique.
Celle enfin, dans laquelle Pierrot se trouve chargé de la garde d'un enfant au maillot, le sien, ou celui d'un autre, peu importe, scène dans laquelle l'enfant criant, lui. Pierrot le prend dans son berceau, le berce, lui offre le mamelon, finit par s*apercevoir que ses mains sont humides, les hume, fait la grimace, désépingle le maillot, nettoyé le moutard et le remmaillotte, en lui laissant les pieds libres, alors que la tète est soigneusement enveloppée des langes, est encore une scène classique.
Deburau père mimait cette dernière avec un tact, une délica-
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tesde, une finesse de physionomie, qui faisaient que personne ne songeait à rien autre, qu'à rire.
Charles Deburau et Paul Legrand avaient hérité de la tradition de retenue et de sagesse, qu avait su créer le grand mime.
Avec le pauvre Kalpeslri, cette scène devenait sale, répugnante, ordurière, soulevait le cœur, donnait des nausées. Le public grossier, celui que j'ai désigné comme partie malsaine, Taccueillait avec force rires et bravos, et, c'est ce qui trompait MM. Dautrevaux et Angrémi, aveuglés ou plutôt étourdis par ces détestables acclamations.
Le 27 juin : Comment donc^ Commandant ^ yaudeville en i acte.
Le 1" août, on donna : Le Diable et son Train, vaudeville en 2 actes.
Je ne possède aucun renseignement sur les pièces qui furent jouées à partir de cette époque, jusqu'au mois de septembre. Aucun journal ne donne plus le programme des Funambules. Les cartons de la censure ne me fournissent que quelques rares manuscrits, que j'ai classés à leur date. Les comédiens survivants, Dubois, Bunel, les mimes Paul Legrand, Alexandre Guyon, n'ont conservé aucune afûche, aucun programme, aucun document, ne se rappellent rien. Ces deux derniers avaient quitté depuis longtemps le théâtre de MM. Dautrevaux et Angrémi, cela n'a rien d'étonnant.
Je me vois donc forcé de glisser sur ce mois d'obscurantisme, pour arriver au 22 septembre, date à laquelle fut représentée une opérette en 1 acte : Les Oies du Capital, musique de Kriézel, le chef d'orchestre des Délassements-Comiques.
Son confrère des Funambules était un nommé Victor, piètre musicien, méchant camarade, aussi sévère pour les autres qu'il était indulgent pour lui-même.
11 ne manqua pas de dire beaucoup de mal, de la partition de son collègue d'à côté, lequel ne pouvait que rarement assister aux répétitions de sa pièce.
Le librettu était de Blondelet — c'est de lui que je tiens les faits qui suivent. — Victor parla tant et si haut contre ces pauvres Oies du Capital, que les artistes, convaincus d'un insuccès^ ne répétaient plus qu'en rechignant, se refusant presque à apprendre leurs rôles.
Ce que voyant, Blondelet avertit Kriézel de la petite conspiration, qui s'ourdissait autour de sa modeste partition.
Kriézel, bien que fort timide, avait conscience de sa valeur
personnelle — et, il en avait une. Il s'en fut trouver M. Dautrevaux et lui expliqua la machination Victorienne et presque victorieuse, dont il était victime.
M. Dautrevaux, outré, fît appeler Victor et lui lava fortement la tête, lui reprochant sa mauvaise confraternité et les moyens employés par lui, pour arriver à ce que la pièce ne se jouât pas.
— Elle se jouera quand même, entendez-vous, M. Victor?.., continua le directeur!... Elle se jouera.malgré vous, et ceux que vous avez ameutés contre M. Kriézel. Sur ce, retournez à votre pupitre, et rappelez-vous que si quelque nouvelle preuve de votre malveillance arrive encore jusqu'à moi, je me verrai forcé de me priver de vos services.
Victor, furieux, alla trouver Kriézel et l'injuria. Kriézel, qui était la placidité en personne, avait été militaire.
Il chargea Blondelet et Bourguignon, un des artistes les plus amusants des Délassements, d'aller demander à Victor^ ou des excuses, ou une réparation par les armes.
Victor demeura stupéfait, devant la visite offensive faite, fort gravement, par Blondelet et Bourguignon.
— Comment, ce Kriézel, si bonasse, si doux en apparence, cachait un tigre altéré de sang, sous sa toison moutonnière.
Il se fit répéter par deux fois le motif de la démarche, faite par ces messieurs, n'en pouvant croire ses oreilles. Et, par deux fois la solennelle provocation sortit de la bouche des austères témoins.
Je dis austère, j*ai peut-être tort du côté de Bourguignon ; car jamais l'excellent comique ne fût à jeun de sa vie. Et, il est permis de présumer que, ce jour-là, pour se donner beaucoup de l'aplomb qui lui manquait d'habitude, il avait dû tenter de se solidifier par quelques libations préparatoires.
A la fin, Victor s'impatienta, et, pensant intimider son adversaire, repondit aux témoins :
— Allez dire à celui qui vous envoie, que j'accepte son cartel. Il a besoin d'une leçon d'harmonie, je saurai la lui donner. Mes témoins s'entendront avec vous.
Victor choisit comme seconds : Amable et Vautier. Amable tirait fort bien l'épée, la canne, le bâton. Amable commença par prendre une paire de fleurets, mit en garde Victor, et lui dit en se plaçant devant lui :
— Maintenant, touchez-moi !...
Victor essaya vainement.
Au bout de deux minutes, Amable dit au chef d'orchestre :
— Ecoutez, je connais Kriézel. Il vous embrochera comme un rognon. Je n'ai jamais rien vu d'aussi maladroit que vous.
— Alors, que faire, interrogea tout penaud le chef d'orchestre des Funambules ?
— Aller franchement trouver celui que vous avez offensé et reconnaître loyalement vos torts, fit Vautier. Car, il n'y a pas à dire, les torts sont de votre côté, mon cher ami. Bien que nous soyons vos témoins, nous sommes forcés d'en convenir.
C'est, finalement, ce que fit le farouche Victor.
Il demanda pardon de ses injures à Kriézel, lequel, bon comme... non, meilleur que du pain, tendit généreusement la main à son rival, en l'art de se conduire aussi mal qu'il conduisait ses musiciens.
Par exemple, ce que Victor ignora toujours, c'est que la leçon d'armes et le conseil, à lui donnés par Amable et Vautier, n'étaient que le résultat d'une démarche faite auprès de ce dernier, par Blondelet et Bourguignon.
Blondelet avait dit à Amable :
— Il ne faut pas qu'un brave homme de talent comme Kriézel risque d'être tué, ou môme blessé, par un imbécile comme Victor.
Ce à quoi Amable avait répondu :
— Je m'en charge !
Les Oies du Capital furent jouées avec succès.
Neuf chefs d'orchestre se sont succédés au pupitre du Théâtre des Funambules depuis sa fondation jusqu'à sa démolition. Vautier, dans ses notes, m'a conservé leurs noms. Les voici :
M^f . Sirot, Mllher, Joly, Charles Hubans, Louis Ludovic, Borsat^ Victor, Baudoin, Degeorge.
Charles Hubans, parmi tous, musicien de talent^ mélodiste distingué, a su se faire remarquer par d'agréables compositions et sa maestria, à la tête des orchestres importants qu'il a dirigés.
Le 3 octobre : A propos de bottes, vaudeville en acte.
Le 6 novembre : Le Sergent Lambert ou la Fille du Soldat, pantomime à. spectacle en 4 tableaux.
PERSONNAGES
Le feld-maréchal Steinberg. . . . MM. Philippe.
Le chevalier Bettendorf Vautier.
Lambert, sergent Amable.
Walter, vieux militaire Degeune.
Pierrot, son gendre Ralpestri.
Pampispouf, chef de troupe tur^
que MicheliD.
Frédéric, soldai Vailhé.
Marie, sœur de Steinberg M'^" Thérèse.
Thérèse, femme de Pierrot Eugénie.
La scène se passe en Allemagne au xvui« siècle.
1^'' tableau : Linvasion turque.
2« id. La fuite d'une sœur.
3» id. La demoiselle soldat 4" id. L'exécution.
Vieille carcasse de mélodrarne privé de la parole, et pourvu de toutes les infirmités inhérentes à Tâge de ce genre de pièces.
Un sergent devient amoureux de la sœur d'un Feld-maréchal. Cette sœur s'enûamme à première vue pour le beau sergent.
Mais leTelJ-marécbal a déjà accordé la main de sa sœur à un antique chevalier^ que, naturellement, la jeune personne repousse d'instinct.
Le sergent frappe le chevalier, qui a un grade dans Tarmée.
Pour ce fait, il est arrêté, jugé et condamné à périr sous les verges.
L'exécution va commencer. Tout-à-coup, arrive Tennemi. Le Feld-maréchal va se faire battre ; quand le sergent, délivré de ses entraves, fond sur les Turcs et les met en déroute.
Et, le manuscrit de la pantomime termine ainsi :
Comment Steinberg pourrait-il livrer au supplice celui qui vient de lui sauver la vie ? il lui tend au contraire une main amie, et, au grand déplaisir du vieux Bettendorf, il unit sa sœur à Lambert, qu'il proclamme ofiBcier.
Le rôle de Pierrot n'est absolument qu'épisodique.
J'arrive à la tentative épique d'un homme d'esprit, d'un dessinateur original, d'un caricaturiste de grand talent. J'ai nommé > Durandeau.
Emile Durandeau^ l'auteur de charges si merveilleusement exécutées, le presque-rival de Daumier, le prédécesseur d'André Gill, avait voulu tùter aussi de la pantomime.
Il alla trouver M. Dautrevaux et lui en proposa une, qu'il avait fait jouer jadis pour l'ouverture des Folies-Nouvelles, où elle avait obtenu du succès sous le titre de : L'Hôtellerie de Gaultier-Garguille. Il la lui narra séance tenante, avec sa bonne grosse figure, ses yeux en fanal de locomotive, sa voix gouailleuse et mordante, ses gestes écourtés, et fit tant et tant^ que Dautrevaux,
conquis, se mit à rire à ventre de culotte déboutonné, et accepta d'emblée la reprise de cette pièce, qui fut immédiatement mise en répétition.
L*on a trop peu f occasion de saluer une véritable originalité, dans ce répertoire poncif, pour que j'aie garde de passer devant celle-ci, sans faire participer mes lecteurs à ce plat, d'une saveur toute particulière et très forte en épices. Le 30 novembre, les Funambules donnèrent donc la reprise de : Le% Quatre intrigants^ ou Suites funestes des amours occultes d'une princesse désordonnée^ ou, le fâcheux état de la péninsule avant Christophe Colomb, et ses découvertes, pantomime en 1 tableau, par Emile Durandeau, simple poêle, musique d'HERvÉ.
PERSONNAGES
Gaultier-Garguille, nourricier amoureux de
la princesse MM. Michelin.
Gilles, garçon élève-nourricier Kalpc?tri.
Scaramouche Pissarello.
Le Roi d'Espagne Vautier, père.
La Princesse des Asturies M*»» Lefebvre.
J}e\ix domestiques, masquésgrotesquement \ ' ' y .,.} '
DéCOR
Une cour ; une étahle-hangar ; instruments aratoires ; rien de ce quil faut pour écrire ; cris de coqSy paons, volatiles divers ; ânes, bœufs, etc. Sur un écriteau : Gaultibr-garouillb, nourricier, sevrage en tout genre. On porte en VILLE. Un puits, un bahut, un berceau.