‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 150 sur 160 · CHAPITRE XL VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL VII

Suite de la Directioii Dautrevauz et Angremy

L'une des particularités théâtrales les plus importantes des Funambules, fut toujours la machinerie.

Et, de fait, c'était merveille de voir la rapidité avec laquelle se produisaient les changements à vue, la ponctualité des trucs, la régularité des tranformations. C'était le triomphe des cordes à boyau et des fils de rappel.

Des pantomimes en 26 et 30 tableaux parvenaient à être jouées en moins de deux heures, sans un arrêt, sans un accroc, sans un manquement à la précise régularité.

Aussi, les chefs machinistes qui dirigeaient ces grandes manœuvres, étaient-ils fort réputés, et méritent-ils d^avoir leurs noms inscrits dans Thistoire d'un théâtre, dont ils étaient seuls à connaître si bien les dessus et les dessous, par la raison qu'ils en étaient véritablement, et, dans toute l'acception de la citation latine, les Dei ex machina.

Voici ces noms se succédant par époques :

MM. Lemoine, Donjon, Biene, Lambert, Patte, Maurice, Caron, Pigne, Maniguant, Simon Créange, Lebon, Braban, Colombier, Emile, Alphonse Pioger et Francisque Penot.

L'année d86i débuta par la reprise d'un vieux mimodrame, remis k la scène, par, et pour Lombardi, excellent mime, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Lombardi avait été promu régisseur.

Ce mimodrame avait pour titre : Les Deux Forçats ou l'Inconnu. Il comportait trois actes. Il fut repris avec succès le 6 janvier, jour des Rois.

Puis, Ton joua le 22 janvier: Les 3 Conscrits bretons ou le Conseil de révision^ pantomime comique et militaire en 4 tableaux.

Le 2 février : Le Valet du Diable, ballet-pantomime en 1 acte, avec trucs, changements à vue, etc.

PBRSONRAOBS

Sata^ MM. Gustave.

Astaroth, son valet Degenne.

Pierre, fermier Bertotto.

Jean, garçon de ferme Michelin.

Colin, garçon de ferme M. Pissarello.

Rose, fiUe de Pierre M«»«» Olympe.

Le bon génie Eugénie.

Paysans, Paysannes

Bonne petite pantomime, sans importance, très anodine, dans laquelle Michelin jouait le Pierrot, lequel, pour la circonstance, s'appelait Jean.

Le 15 février : Le Carnaval des Egoutiers^ vaudeville en Pactes.

Le 5 mars : Un Coup de Rasoir, vaudeville en 1 acte, par Ch. Blondelet.

Le 18 mars : Pierrot et Polichinelle^ ballet pantomime en un tableau. (Reprise).

Le 17 avril : Le Loup-Garou^ ballet villageois, mêlé de danse, en trois tableaux.

Ce ballet n'était qu'une falote pantomime ; mais, elle avait été baptisée ballet, parce que le Pierrot s'appelait Mathurin, au lieu de s'appeler Pierrot, et que le Cassandre se dénommait Picard en place de Cassandre ; de même que l'Arlequin avait pris nom Colin, bien qu'il ne fût en réalité qu'Arlequin, amoureux de Jeannette- Colombine.

On y dansait peut-être ; mais, dans toutes les pantomimes on dansait.

Le Loup-Garou eut du succès. Le rôle du Loup-Garou était tenu par un certain AUeaume, remplissant l'emploi des grimes, pères nobles et Cassandres.

Cet Alleaume était un bohème de la plus vagabonde espèce. Il se vantait de n'avoir jamais payé le premier sou d*un loyer quelconque.

Et c'était vérité ; voici comment il procédait :

Il entrait dans un logement, n'ayant absolument pour mobilier qu'un matelas et une paillasse sans bois de lit, une table boiteuse et une chaise branlante. Il oubliait de payer le premier terme. Quand le propriétaire le lui faisait rappeler par le concierge, Alleaume le traînait avec des promesses, jusqu'au second, qu'il négligeait également de régler.

Ces deux termes échus, il laissait à nouveau s'écouler le troisième, bataillant avec le concierge, trouvant des prétextes, et finalement, malgré tempêtes et objurgations, se refusant à quitter un logement, dans lequel il se trouvait tant et si bien à l'aise.

Le propriétaire parlait d'expulser, manu militari, le malencontreux locataire.

C'est alors qa'AIleaume appliquait sa méthode. Il allait trouver le dit propriétaire, et lui disait :

— Monsieur, je conviens que je suis un locataire fort gênant, et je conçois que vous ayez le plus vif désir de me voir quitter votre immeuble. Pour atteindre ce but, vous allez obtenir contre moi, un arrêt d'expulsion !... Et vous aurez pleinement raison. Mais, cette expulsion va vous coûter.... — Il employait alors tous les termes de basoche, dont on se sert en pareil cas. — Donc, résumons : en tout, cela fera la somme de quatre-vingts francs.

— Quatre-vingts francs, c'est vrai, ripostait toujours le propriétaire en fureur, mais je serai débarrassé de vous !

— Eh ! bien, monsieur, reprenait flegmatiquement AUeaume, donnez m'en quarante et je m'en vais de bonne volonté. Vous gagnerez encore quarante francs, si ma proposition vous agrée.

Le propriétaire commençait par envoyer promener Timpudent locataire ; celui-ci faisait mine de sortir. C'est alors que la victime, poussée par l'appât de ces quarante francs à dépenser en moins, se décidait à s'exécuter, rappelait Alleaume, lui comptait les deux louis, et lui faisait donner en échaoge sa parole d'honneur, de déguerpir dès le lendemain, à l'aube.

Je dois dire qu'Alleaume était esclave de cette parole donnée. Le lendemain^ il déménageait pour aller emménager ailleurs, payant avec les quarante francs qui venaient de lui être versés, le premier terme de son nouveau logement, où les mêmes faits se reproduisaient six ou neuf mois après, selon le degré de patience et de longanimité du nouveau propriétaire.

J'ai rencontré, depuis, cet excellent Alleaume. Il était fort propre ; mis presque bourgeoisement. Il m'a reconnu, comme je l'ai reconnu, malgré les trente années qui nous ont portés différemment sur terre, et donné rides et cheveux gris.

— Eh ! bien, mon brave ami, continuez-vous toujours à ne pas payer vos termes?... lui ai-je demandé.

— Oui, monsieur, m'a-t-il répondu. Mais... aujourd'hui, d'une façon légale. Je suis concierge /...

Le 25 mars, on joua : Moluk ou Le Fils du Désert^ pantomime en 4 tableaux de M. Michel Vautier.

!«' tableau : La cabane de Zordime,

2« id. Le jardin du sérail.

3« id. Xe sérail.

4« id. Le ravin.

472 LBS FUNAMBULES

Aux Funambules, quand une pièce éiait usée sous un tîire, on ne se faisait aucun scrupule de la reprendre quelque temps après, sous un autre titre, et tout était dit. On n*y regardait pas de si près.

G*est ainsi que Moluk ou Le Fils du désert avait déjà servi pendant de longs mois, sous renseigne : Blanc et noir.

J'ai parlé en son temps de cette pantomime ; je n'ai pas à revenir dessus.

Le seul fait que je me plaise à faire remarquer, c'est qu'à Tépoque où elle fut représentée, sous le titre de Blanc et noir^ elle n^était pas de Yautier, et que baptisée Moluk^ le brave Polichinelle en était devenu le père.

Le 23 avril : Une Femme en quatre^ vaudeville en 1 acte, par Alexis Jouhaud.

Le 30 avril \ Ah! quel plaisir d'être garçon ! vaudeville en i acte.

Je relève dans cette pièce ce couplet qui provoquait quelques applaudissements.

Air de : l'Héritière,

Vos poulardes sont excellentes.

Partout on parle de vos vins ; Vos saucisses sont succulentes Et vos jambonneaux sont divins.

Vos pieds sont encore plus divins.

Vos boudins sont dignes d'un moine.

Or, je ne puis voir entre nous, Un compagnon de Saint- Antoine Sans aussitôt penser à vous (bis)

Le 6 mai : Vendredi et Samedi ou L'Ile des Moyabambines, folievaudeville en 1 acte, par Ch. Blondelet et Th. Yinet.

PBRRSONIIAGBB

Pltonnet, dit Vendredi MM. Forestier.

Loulou, dit Samedi, son fils..,. RubeL

Le 14 mai : Le Retour de Pierrot, ballet-pantomime en i tableau, par Vautîer.

Le 5 juin : Cassandre et son portrait, pantomime en i tableau sur le manuscrit autographe, je lis cette distribution :

Cassandre MM. Placide.

Léandre Amable.

Arlequin Musson.

Rosine. M»«» Adeline.

Marton Fifine.

Ces noms de Tinterprétation, portés sur le manuscrit original,

jeUent un peu de trouble dans mes dates et mes noies. Car l'époque à laquelle jouait Placide, est fort éloignée de celle à laquelle jouait Amable.

Y a-t-il eu deux Placides ? On m'affirme que non. Je crois, moi, pouvoir certifier le contraire. Celui-ci, ne pouvant être celui-là, qui, sous Louis XYI, avait donné des leçons au Comte d'Artois.

Le 22 juin : Le$ Siamois à Paris, pièce d'actualité en i acte, par Ch. Blondelet.

Le 15 juillet : Pierrot clown ou Double-Blanc, pantomime en i tableau.

Ce Pierrot clown n'était qu'une ancienne pantomime jouée, jadis sous le titre de : Les Etourderies de Figaro.

Figaro était devenu James ; Rartholo avait été transformé en Pantalon ; de même que le Podestat s'était transfiguré en Alcade, et Mi>« Isabelle en M^^* Claire.

Quant au Pierrot de la nouvelle version, c'était le Forcino de l'ancienne.

Je tiens à citer, en passant, la façon originale dont l'un des régisseurs, attaché aux Funambules, mettait en scène les pièces à représenter.

C'est de Frédéric Belin que je parle. Enfant des faubourgs de Paris, Frédéric Belin ne se servait de la langue, — je ne dirai pas purement, mais, véritablement française, — que très accessoirement ; pour donner ses explications nécessaires, dans les miseen-scènes qu'il indiquait aux artistes, l'argot était d'instinct l'idiome qu'il pratiquait.

Il en était arrivé à demeurer absolument incompréhensible, pour ceux qui n'étaient pas spécialement versés dans ce langage pittoresque.

On citait de lui cette admirable phrase, adressée à un jeune figurant, arrivant de sa province, lequel dévoré de l'envie déjouer la comédie, était venu demander à remplir un petit rôle, quelqu 'effacé qu'il fût:

— Tu représentes un dabe chouette ! Tu t'amènes sur le trimard, tu cognes à la lourde de la cambuse, la gouzesse s*afiale, t'y joues des châsses, elle te rebouise ; mais tu ne flanches pas, tu lui jaspines que tu la trouves gironde, et tu chutes à ses arpions. Son frangin passe la sorbe. 11 te refile un pain, tu ramasses ta viande et tu te cavales. T'as compris ^ ?...

1. Traduction : Tu représentes un père noble I tu entres sur lasoéne, tu frappes

Et^ le brave bachelier es- argot, se figurait véritablement avoir été compris de son élève.

Ce qui n'empêcha pas Frédéric Belin d'être un des bons employés des Funambules.

Voici la liste des régisseurs, qui se sont succédés sur cette scène, depuis sa création :

Lafargue, auteur, metteur en scène et réglant les combats.

Gougibus, auteur, metteur en scène.

Sirot, metteur eu scène et compositeur de musique.

Charles Gharton, auteur, metteur en scène, réglant les combats et chef du matériel.

Eusanas, second régisseur.

Meignan, chef du matériel et régisseur.

Corses, régisseur général et auteur.

Alphonse Keller, régisseur général et auteur.

Hippolyte Messanl, régisseur et auteur.

Frédéric Bélin, mettant en scène les pantomimes et réglant les combats.

Lombardi, troisième régisseur, puis, premier.

Landais, id. id.

Servien, id. id. et second souffleur.

Philibert Lemoine, deuxième régisseur.

Le 15 août, on chanta une cantate intitulée : L'Aigle Impériale j paroles de Charles Charton.

Page 1