‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 12 sur 135 · SCENE VII EUPHfeMIE, STANISLAS · texte numérisé non relu

SCENE VII EUPHfeMIE, STANISLAS

EUPHEMIE.

Stanislas!! gargon!!! Pourquoi n'Stes-vous pas venu me dire que le capitaine ne dejeunait pas ?

STANISLAS

Je n'en savais rien... et puis, d'ailieurs, j'en ai assez de votre capitaine I Mademoiselle Euph^mie, il est temps

que je me declare. Si je reste chez vous a servir le client... c'est par amour... J'ai du bien... dans mon pays et je le mets k vos pieds... je vous offre mon cceur et ma fortune... mais plus de capitaine !!I

EUPHl^MIE.

Oh I infamie ! quelle horreur ! vous me dites des impuret^sl... Gargonl je resterai fiddle a mon capitaine, prenez votre balai et nettoyez le devant de mon estaminet. Une fois n'est pas coutume, arrosez mes 6pinards de mer, lavez le trottoir!... Entendez-vous I plus un mot ou je vous cbasse! quelle audace I quel galopin !

EUe rentre chez elle.

STANISLAS, puis GERTRUDE.

Alors ! je ne respecterai plus rien I je d^binerai la boutique... En v'la une marchande d'eau cbaude! G*est moi qui la fais! quelle boite! Oui, je vaste balayer ton trottoir, et les arroser tes ^pinards!...

U prend on balai, renyerse les caisees, les Iransporte derant la maieon Petenvert.

GERTRUDE

Qu'est-ce que vous faites, monsieur Stanislas?

STANISLAS

J'arrose, je balaie! je suis furieux! je casse tout! oh I non I je ne resterai pas dans sa boite ! ! !

GERTRUDE

Vous ferez bien, Moi j'ai rendu mon tablier k la Petenvert I...

STANISLAS

Si je rendais mon balai h TEuph^mie ?

GERTRUDE

Vous auriez raison... Des filles qui logent des capitaines au mois; c'est pas des maisons bounties !...

STANISLAS

Je m*en vas!... (a\a porte du cafe.) L'£uph6miey lu peux chercher un aulre gar^on!... v'lk le balai, \*ik le torchon!... Gertrude, vous 6tes beile fille, vous avez des Economies, je vous oOTre..,

GERTRUDE

Quoi?

STANISLAS

Une par lie et a diner dans les fortificalions.

GERTRUDE

Je veux bien ; mais je vas appeler le brosseur.

STANISLAS

Qui ? Boqnillon? Je n'ai pas besoin de lui!

GERTRUDE

Je ne decoucbe jamais sans lui.

STANISLAS

En ce cas! Zut! zut, zut!...

BOQUILLON, arrirant.

Zut! toi-m6mc, esp^ce de larbin!

llR se f ictient, se battent, Gertrude Be gauTe. — Pile sur laqiiellc le ridean baif«e; coupR de balai; scan de fer-blanc; pile; on nc roit plus que d<« jambes en Pair.

DEUXIEME TABLEAli. M

Deuxi^me Tableau.

M^me d<5cors.

SCfiNE PREMlftUE

Ud tambour passe et bat !a retraite.

SCfiNE II

VACHARD el CHICLAIR, ivm tout lei deux.

VACHARD.

Le colonel, un homme charmant qui fait bien les choses !

CHICLAIR.

Quelles heures peuvent-ils 6tre ? Je n'y vois goutle.

Dix heurefi sonnent au loin.

Dix heures I ^a ne peut 6tre que dix heures du soir! Biles done, mon cher, est-ce assez peu 6clair^ I adorable, le colonell

CHICLAIR.

II nous a bien re^us. Apr^s le cat^, le pousse-caf6, le gloria, le petit verre, la rincette, la surrincettel la biere, le punch au rhum et pour faire couler tout ^a, une salade d'oranges et un homard avec une absinthe panachee... et des clgaresl...

VACHARD.

Des infectados et des craputados premiere qualUa, venant des ties Manillas et Havanas.

II role.

CHICLAIR.

A vos souhaits!...

VACHARD.

Parfaitement ! c*est mon homard qui ne passe pas.

CHICLAIR.

Le mien est dans mes bottes ; mais la salade d'oranges est r^calcitrante. Elle se place mal.

VACHARD.

Bonne null! dormez bien!...

CHICLAIR.

Et vous aussi! heureux mortel!

VACHARDy se cogae dans les ifs.

Ah I les ^pinards de mer!... Dites done, mon cher, j'allais en faire une bonne.

CHICLAIR.

Quelle bonne? Gertrude?

VACHARD.

Mais non! c*est les orangers, les ifs... j'allais entrer chez vous, mon cher! k Testaminet.

CHICLAIR.

Pas de b^tises, hein? Dites done, vous files un peu 6mu.

VACHARD.

J'ai mon plumet, je I'avoue; mais vous ^tes pochard.

CHICLAIR.

Pochon ? le petit myope qui a permute !

VACHARD.

Qa m*est egal! Bonsoir!...

lis entrent Tun chez Tautre.

Ri'Ieau, cinq minutes d*entr'acte.

TROISlfiME TABLEAU. 45

Troisi^me Tableau.

U fait jour. — Mdmes decors.

SCfiNE PREMIERE EUPHI^HIE, MADAME PETENYERT, loriam d. ci.m

elles.

EUPH^MIE.

Bonjour, ch^re madame, avez-vous pass^ unc bonno nuit?

MADAME PETENVERT.

Pas Irop, et vous?

EUPHEMIE.

Oh ! moi non plus. Toute la nuit, il a fallu jouer dc la seringue avec le capitaine, et mon gar^on de cafe qui a d6camp4. Ah I quel embarras ! pas d'eau chaude ! des lavements froids.

MADAME PETENVERT.

Moi, je ne sais pas ce que le mien a mang^ ; mais je ne Tai jamais vu si malade. ^a sent encore Foranger chez moi, et je d^teste celte odeur.

SCfiNE II

CHICLAIR, & la fendtro de madame Pelenrert.

Gar^on I mes bottes ! le Moniteury ma pipe !

VACHARD, ila fenMre d'EuphSmie.

La bonne, un chocolat au rhum, ma pipe et VAnnuaire!,*.

MADAME PETENVERT, ft part.

Ah ! ciel ! quelle m^prise I

euph£mie.

Ah ! mon Dieu ! c'^tait Tautre !

Elles s'enfbient.

YACHARD, BUT la porte da caf^.

Qu'cst-ce que voiis failes chez moi ?

CHICLAIR, surla porle de madame PetenTert.

Et vous, chez moi ?

VACHARD.

Vous avez souill6 ma couche.

CHICLAIR.

Et vous avez desbonore mes pantoufles !

VACHARD.

Je Tavoue, j'ai ^le malade toute la nuit. Un fleuve qui remonte vers sa source.

CHICLAIR.

Vous ne respectez rien!

VACHARD.

Vous avez mon foulard sur la tetel

CHICLAIR.

Et vous, mon bonnet de colon.

VACHARD.

^^a ne se passera pas comme ga...

CHICLAIR.

Non, morbleu I Nous sommesmilitaires!... L'honneur avant tout. Au sabre!... Arrivez et au premier sang! ..

SCfiNE 111

VACHARD.

Oil sont vos t6molns? — Je n'en ai pas!

CHICLAIR.

Ni moi non plus! — Prenons ces dames!...

EUPH^MIE et MADAME PETENVET, se Jetant entre eux.

Arretez ! — Ecoutez-nous! Soyez juste et g^n^reux.

TROISlftME TABLEAU. M

VACHARD.

Laissez-nous ! Celte trabisoQ veut du sang.

EUP H^M E.

Non, vous ne vous battrez pas !... Vous files Irop malades ! Allez vous coucher. — Non !

Elles 8'6vanouis8ent.

VACHARD.

C'est vrai, que j'ai 6le malade loute la nuit...

CHICLAIR.

Moi, la salade d'oranges n'a pas pass^ par le bon chemin.

VACHARD.

Alors, madame Petenverl?...

CHICLAIR.

Elle n*a pas a se vanter ! ! !

Mademoiselle Euph^mie non plus ; mais (^a ne fait rien, cette meprise veut du sang !

CHICI.AIR.

Jouons-la au domino!

VACHARD.

Vous 6tes encore pochard!... Allons, en garde!

Il8 croisent le fer, te retournenl et sa brent les ir!>.

SCfiNE IV LE COLONEL, les pr£c6dents.

LE COLONEL

Qu*e8t-ce que c'est? morbleu !

TOUS

Le colonel Vertebral!

Les Teiiimes se prosternent.

LE COLONEL, d*an ton de commandement.

Relevez-vous!... Expliquez-vousl... 11 faut qu'un pareil

scandale finissel Yoila plus de trois mois que vous logez Tun cfaez Fautre !

CHICLAIR.

Mon colonel, cette nuit seulement, une m^prise dont vous files cause. Vous nous avez trop bien trait^s hier, et les fumees du vin... le homard... la salade d'oranges... rien n'a voulu passer — les orangers, les ifs! Et nous nous sommes tromp^s de porte... C'est sans y voir...

LE COLONEL

Trompe d'616phant! Je vous defends de recommencer. C'est d'un mauvais exemple pour Farm^e ! Serrez la colonne ! Guides a droite ! ! I Reconnaissez vos h6tesses r^ciproques, et que, dans une heure, elles soient vos Spouses legitimes.

VACHARD.

Une heure! vous files trop bon, colonel!

LE COLONEL

Vous hfisitez!... Je vous colle aux arrfits pour un mois. Et vous, mesdames... (Apart.) Belles gaillardes, de 1.1 croupe et de ravant-maln. Approchez-vous ! ! ! Je vous flanque en fourrifire pendant ce temps-la. Sulvezmoi k la place!!! Voici mes bras... Venez ! je vous offre i dfijeuner et h diner pour un mois. Embrassezmoi, sur ma croix !

VACHARD, raillear.

Un homme charmant, le colonel !

CHICLAIR.

II n'a qu'un dfifaut, il est trop bon ! ! !

Rideau.

Pi^ce antique imit^ d'Aristophane et de Plaute, en deux aties, en vers m^l^ de prose, avec un prologue, jouto pour la premiere fois & NoHANT, le 20 novembre 1867.

PERSONNAGES

CfiSAR TITUS, imperator.

MAMILLARUS, s^nateur.

CAMULOGfiNE, riche Gaulois.

TITYRE, jeiine berger d'Arcadie.

PELLICDLUS, tensor imperial.

LYCOPHON, pirate, marchand d'esclaves.

FLAGELLANTUS, m^ordomus da s^nateur.

Un Centurion, ^pistolaire

imperial.

Deux Licteurs.

Deux Esglaves.

Le Coryphee.

Le Choeur antique.

MA MILLAR A, matrone ro-

maine.

LYCORIS, citharisle d'Ar-

cadie.

Uaction se passe & Tusculum, pr^s de Rome.

SCfiNE PREMIERE

Au lever du rideau qui laisse voir le second rideau de manopuvre

le coryphee entre en sc^ne.

U est, Yous le savez, au th^tre un usage Qui nous vient des anciens et que je crois fort sage, Car j'aime les anciens. Nourri de leurs auteurs, Je veux faire revivre et leurs goiits et leurs mceurs Sur la sc^ne moderne. Or done I c'est la coutume Pendant que chaque acteur endosse son costume, Le choeur antique expose en un simple discours A quel fin tend la pi^ce, & quel but elle court.

G'est ainsi qu'en parlaat a la i'oiilc accourue,

A ses l^vres le choeur la retient suspendue

£t sans efforts, avaot qu'on ait vu les actears,

Captive Tattention de tous les spectateurs.

On dit que Tart est mort, je n'en crois rien, mesdames,

Conservons-lui quand m^me un culte dans nos dmes,

Du, theatre des Grecs ressuscitons Tessor

Et Ton ne dira plus : Tart se meurt, Tart est mort !

Revenons k rantique, tant pis pour ie profane

Qui ne saura goiHer les vere d'Aristophane.

Notre prose est puis^ aux rives de Lemnos

Et la musique vient des flancs du mont Athos.

Xous vous donnons ce soir une ceuvre magnitique

Qui respire Tamour de la chose publique

Et des plus douces mceurs. Cest tr^s beau I Taisez-vous

Et ne vous mouchez plus. Je frappe les trois coups.

II frappe trois coups avec son thyrse et sort.

SCftNK II

Le ridcau de man(£uvre se leve et laisse voir un deuxieme rideau repr^sentant un int^rieur de palais romain. — Deux personnages v<^tus de blanc, oouronn^s de feuillages, sent en scene. — Au lever du premier rideau de manoeuvre, ils s'avancent sur le proscenium, de chaque c6t6 du coryphee.

PREMIER CHORISTE

Nuus sommes le choeur antique et nous venons, 6 public, te mettre au courant de la situation, ainsi que vient de dire le coryphee .

Sous le rfegne de rimperator Cesar Titus, vivaient dans les montagnes de TArcadie le berger Tityre et la bergfere Lycoris. lis s'aimaient d^s la plus tendre eni'ance, quand un jour n^faste, aux ides de f^vrier, Lycoris menant paitre ses brebis, innocentes comme elle, au pied du mont Menale, s'aventura seule et.trop loin vers le rivage.

Lycophon le Phenicien, ecumeur de mer et ravisseur

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