‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 15 sur 135 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FLAGELLANTUS.

Moti maitre d^jeime avec son ami Camulog[^nc, Ic riche armateur gaulois. En attendant Tempereur Titus, qui a promrs de Tenir souper, ils degustent des yeux de paon a la sauce d'^thiopie, h la sauce noire, ct, quand ils mangent, on ne les derange pas.

LYCOPHON.

£t le senateur a sans doute, pour le r^cr^er pendant son repas, de jolies joueuses de luth, de belles sonneuses de crotales.

FLAGELLANTUS.

Point, mon ami, point. Ges seigneurs ne veulent pas de distractions. lis sont tout k ce qu'ils mangent et h ce qu'ils boivent.

LYCOPHON.

Je reviendrai quand ils auront fini.

FLAGELLATUS.

Alors, ne revenez pas avant I'heure du souper.

LYCOPHON.

Puisqu'il en est ainsi, je vais livrer ma marchandise a Timperator C6sar Titus lui-m6me, que j'ai vu dans la boutique de son tonsor Pelliculus, en train de se faire couper les cheveux a la mode qu'il vient de donner au peuple remain. II cherche justement une joueuse de harpe k quatre cordes, une t^tracordiste pour le distraire pendant qu'il se fait friser.

FLAGELLANTUS.

Eh quelle marchandise vends-tu?

LYCOPHON.

Je te Tai dit, une cithariste. Ton maitre aime-t-i 1 la musique?

FLAGELLANTUS.

Cela depend des airs qu'on lui joue.

LYCOPHON.

Quand il aura entendu Lycoris, la jeiine Grecque d'Arcadie, pincer du t^tracorde, U n'en voudra plus d'autres. Lycoris aux yeux de gazelle, Lycoris dont la pudibonde tunique est pure de tout attouchenient...

FLAGELLANTUS.

Et combien veux-tu de cette vierge de Corinthe ?

LYCOPHON.

Mille sesterces. Est-ce trop?

FLAGELLANTUS.

Non, si elle les vaut. Arnene-la.

LYCOPHON, remonte la.sc^ne el ram&ne Lycoris.

La voici!

FLAGELLANTUS.

Elle est assez bien; mais un peu jeune. Lycophon, tu rabattras bien quelque chose sur le prix.

LYCOPHON.

Pas un drachme, pas un as !

FLAGELLANTUS.

Tu es dur, comme un Phenicien. (a Lycoris.) Jeune fille, joue-nous quelque chose sur le mode ionien.

LYCORIS, recite en s'accompngnant du tStracorde.

La Grece est mon pays, Corinthe me vit naitre;

Je voyais THellespont du bord de ma fen^tre,

Et Tityre m'airaait. — Nous vlvions tous les deux

Comme des tourtereaux. — Nous etions bien heureux

champs de TArcadiel 6 terre bien-aim6eJ

Je ne reverrai plus ta rive parfum6e,

Tes plaines z'ou le thym sait donner au mouton

Un goiit de presal6, ou le miel est si bon I

mes petits agneaux 1 6 mon petit Tityre !

Lycophon m'emmena, triste, sur son navire,

Et les flots ont port6 jusqu'ici ma douleur I

Page 1