UNE COUR D'AUBERGE
A gauche, corps de logi5, avec une porte et une fenelre au rez-de-chaus86e. Une plate-bande de lleurs. Devant, k droite, une porle donnant acc6s dans I'auberge. Au-dessus est 6crit : Enlr^ de 1' hotel. En face, mur et grille avec une enseigne : Hdtel du Veau qui desire tetei\ Ville au fond.
SCfiNE PREMlfiRE
ARTHUR, en domeslique, deyant la porte de Tauberge,
cirant des souliers.
Dire que depuis quinze jours que j*ai trouv^ le moyen d'entrer comme gargon d'auberge chez M. Friturin, propri6taire de V Hdtel du Veau qui desire teter, je n'ai pas encore cir6 les bottes d'un seul voyageur Ah ! ce n'est pas tres passager k ville de Jeu-Maloches. Croyez bieii que ces chaussures-ld n'appartiennent pas a d'autres qu'aux maltres de la maison : celles du patron,
H ARV 31 DECSS
celles de sa fiUe, mam*zelle Doroth^e^ un pled mignon. (ubaiM iM louiien.) (a Sent le vinaigre !... C'est U qu'elie
respire. (Vontrant la tenkire, au r«z-d«-eliaaaa6e, h gauche.) Ge matin, son p6re est parti en course, prolitons de son absence pour alter jouer un air de flageolet, (n tire no flageolet de la poche.) SOUS la feu^tre de celle que j*aime. Mais il est m^iiant le patron!... 11 a d^jd remarqu^ mes pas au milieu de sa plate-bande, d^pistons-le. (u met lea chaaa- 8.res de Friiarin.) Les patafs du patrou lui-m^mc! Quels
pieds! (n ya vers la fenfire en marchant tar lea plales-bandes.)
Ah I j*ai cass6 les girofl^es, mais avec une iicelle et un tuteur, ga ne se verra pas !
II joae I'air : Je suis Lindor. La fen^tre a*ouvrc. Dorotb6e paralt
eo peignoir.
SCtNE II ARTHUR, DOROTHEE, pub BIDET.
DOROTHEE.
Arthur 1 Quelle imprudence, si mon p^re te voyait...
ARTHUR
fiahl 11 est loin...
DOROTHEE.
Mais s'il t'entendait?
ARTHUR
Je ne suis pas le seul k jouer de cet instrument dans le monde.
fflDETy au fondy B*aiTMeet^ute.
(a pari,) Un rendez-vous... Je m'en doutais!...
II se cache.
ARTHUR
D'ailleurs, ton p^re ne va jamais au th^dtre de Tendroit«t ne pent pas deviner que moi, Arthur Graboyos^
SGfiNE TROISlfiyE. 3
premier flageolet au th^tre de Jeu-Maloches, j*ai abandona^ mes appointements et reaoac4 momentaDement 4 la carri^re musicale poor te voir tous les jours d chaque instant, car je n'aspire qu'au moment d'etre ton ^poux.
DOROTH^E.
H^las ! je le desire aussi, tu le sais bien ; mais mon p^re est inlraitabie, il ne veut pas entendre parler d'un artiste.
ARTHUR
Mais je ne suis plus artiste, puisque j'ai endoss6 le • tablier de garden d'auberge par amour pour toi. Et puis, je serai riche un jour, si Toncle que j'ai en Amerique en revient jamais et s'il a fait fortune.
DOROTHl^E.
: J'ai entendu du brdit de ce cdt^-Ia. On vientl... Sauve-toi !...
Arthur, regagnant rauberge, quitte les souUera et l«6 cire ayec fir^n^sie.
SCftNE III BIDET, ARTHUR.
BIDET, & part.
Oui, oui, fais semblant de cirerl.^. Si je pouvais f^loigner, toi, mon rival... (aaut.) Jeune hommel (lui remettant one lettre^) Portez cette lottro cL M. Friturln> tres ' press6e..« j'attends la r^ponse...
ARTHUR, ceBsant son traraiU
Cest que le patron n'est pas Id, facteur.
BIDET
Pardon, il vient de rentrer...
4 LE FLAGfiOLEt.
ARTHUR
Par derrifere, done... Je ne Tai pas vu...
II sort.
Bidet ya h la fenStre de Doroth6e, frappe au contrevent.
DOROTH^E.
Qu'est-ce que tu veux encore ? (Eiie ouvre.) Ah ! c'est vous, facteur I
BIDET
Qui, mademoiselle^ c'est moi !...
DOROTHl^E.
Yous vous permettez...
BIDET
Je me permets de vous dire que j'ai des vues honnfites sur vous, que vous ne voulez pas comprendre. On est facteur, mats ^a n'emp^che pas les mouvements du coeur...
DOROTHEE.
Je ne peux pas vous ^couter.
BIDET
Vous 6coutez bien ce galopin de Graboyos, malgr6 la defense d^ votre p^re. Oh ! j'ai d^couvert votre secret et je claque tout si vous ne consentez pas d ^tre madame Bidet.
DOROTHJ^E.
Ce n'est pas un nom propre, c'est ua nom de cheval.
BIDET
Rien de surprenant, mon p^re 6tait postilion et mon nom sera le v6tre.
DOROTHI^E.
Jamais I
Elle lui ferme la feadtre au net* BIDET, h part.
C'est ce que nous verrons.
U lort.
SCfiNE QUATRlfeME. 5
SCfiNE IV FRITURIN, ARTHUR.
FRITURIN.
Mais je n'ai pas de r^ponse a donncr, puisque c'est une reponse que j'attendais.-Est-il bfite, ce pieton!
ARTHUR
Une r6ponse a quoi done, patron ?
FRITURIN.
A une demande en mariage.
ARTHUR
Vous allez vous remarier ?
FRITURIN.
Mais non, pas moi... ma fille. Je demandais a voir le jeune homme et on me Tenvoie...
ARTHUR; regardant autour de lul.
Ou done?
FRITURIN.
Dans cette lettre...
AliTHUR, k pari.
Ah ! il y a des projels de mariage. (naut.) Et comment esi-il fait, le pr6tendu de mademoiselle?
FRITURIN cherche dans sa poche et en tire nne carte.
Til vas en juger. Tiens, regarde !
ARTHUR
. C*est un negre... il est tout noir.
f-RITURIN.
C'est Teffiet de la photographic.
ARTHUR
II n'a pas de jambes, c'est un cul-de-jatte.
FRITURIN.
Imbecile I II n'a pas de jambes parce qu'il est fait i mi-corps, (a part.) J'aurais souhait6 voir ses pieds. Peut-^tre aurais-je reconnu d sa chaussure si c'est lui qui s'avise de p6n6trer dans mon enclos.
ARTHUR
Est-ce que vous Tavez montr6 d. mademoiselle Dorothea?
FRITURIN.
Pas encore.
ARTHUR
A votre place je ne le lui ferais pas voir.
FRITURIN.
Pourquoi?
ARTHUR
Parce qu'elle le trouvera trop petit.
FRITURIN.
Le crois-tu done de la taille de sa photographie? Ah! quel naif I tu ne comprends done pas qu'il est vu d distance et que Tobjectif, le verre grossissant...
ARTHUR
S11 est encore grossi, qu'est-ce que c'est que ce gendre-li?
FRITURIN.
Ce gendre-la, c'est un gaillard qui poss^dera un jour une bonne vingtaine de mille francs en biens-fonds et , avec ce que je laisserai k ma lille...
ARTHUR
C'est toujours pas des voyageurs...
FRITURIN.
Ah qk\ est-ce que... tu te permettrais de critiquer mon hdtel?...
SCfiNE QUATRlfiME. 7
ARTHUR
Non, patron ! (Regardant la photographie.) VOUS 116 tfOUVeZ
pas que 9a me ressemblerait un peu. en petit... si j'^tais n^gre?
FRITURIN.
Je ne trouve pas. 11 est tres bien, ce jeune homme... tandis que to!..*
ARTHUR
Je ne tous plaispas, patron?
FRlTURlN.
Non, tu n'es pas beau.
ARTHUR, k part.
Sa fille n'est pas de son avis, heureusement.
FRITURIN^ regardant par terre.
Voild de nouvelles pistes, (u suit u piste.) Elles s'arr^tent juste sous la fenStre de Dorotb^e, toute fraiche encore, la piste, et ma fille aussi. (Regardant Arthar.) Ce ne serait pas cet animal-la par hasard qui se permettrait. . •
ARTEUR, k part.
U flairemes pas... (naat.) Qu'est-ce que vous regardez done la-bas? Est-ce que les capucines ont lev6?
FRITURIN.
Non, pas encore. Va done faire ton service, balaye pas tropcependant... ga fait dela poussiere.
Oui, patron I (a pan.) Cherche, va ! (11 prend un balai et
i)aiaie.) Jo vais los effacer autant que possible!.,.
FRITURIN.
Va done balayer plus loin. (11 tire un m^tre de Ba poche et
mesure lea empreintes.) Treute-ciuq centimetres de la pointe
au talon... un talon de botte... Arthur ne porte que des chaussons de lisiere... ce n'est pas lui ! Et puis la dimension... je ne connais que moi qui aie un si beau pied dans tout Jeu-Maloches. Quel est I'intrus qui ose venir casser mes giroflees et fl^trir I'honneur de ma maison?... Ces pistes semblent partir de Tauberge... oh! oh! en voici d'autres... des semelles k clous, (u mesure.)Trente-trois 1... Avec des cors facilesa deylner... Les pas se croisent... ils viennent de la rue... iis pi6tinent sur place, puis ils retournent !... Je vais interroger Dorothee elle-m^me.
n sort h gauche.
SC.fiNE V CHANDELLE, un Commissionnaire, porunt
une 6norme malle, ARTHUR.
CHANDELLE, un guide h la main.
L'hdtel du Veau qui desire teter...recommandablepar la promptitude du service, la propret^, les boQs soins, prix mod6r6s.
ARTHUR, stup6fait ; k part.
Un voyageur ! II doit se tromper I (Haut.) Monsieur desire quelque chose?
CHANDELLE
Qui, une chambre...
Par ici, monsieur ; mais votre malle ne passera pas dans les portes.
CHANDELLE, aa commissionnaire.
Posez-la ici. Voici votre pourboire ! (le commissionnaire saiue el sort.) — (a Arthur.) Lc mailre d'h6tel cst bicu un nomm6 Friturin.