‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 38 sur 135 · LED UU · texte numérisé non relu

LED UU

Je ne connais pas... mais cela ne sera pas... Flore, dites un mot et je coupe en deux celui qui pretend vous cnlever a moa amour. Yous ne r6pondez pas?... Qui ne dit mot consent... c*est une affaire entenduc...

MADAME GRATIN

Mais je ne veux pas que vous coupiez en deux ou en trois Oniesime ; c'est un charmant garden.

LEDRU

S'il vous plait, gardez<le pour vous ! Et accordez-moi la main de Flore.

GrRATIN, entrant; k part.

11 demande la main de Flore en recompense du service qu*il m*a rendu.

LEDRU 9 a part.

Ah! le noy6. (Ham.) Eh bien, nous voila sur pied, mon petit p^re?

GRATIN

Qui, grdce a toi mon garden, (a part.) Quelle tripot^e J'ai regue!...

MADAME GRATIN, a part.

Son petit pere, son gar^on ! Plus de doute ! (uaut, h entin.) Monsieur, vous m*avez indignement tromp^I...

GRATIN

Moi^ jamais, j'en suis incapable!... Et si quelqu'un de nous deux Irompe Tautre, ce n'est pas moi.

96 FUNESTE OlTBLl.

MADAME GRATIN, furieusc.

Qu'osez-vous pretendre? Qu*avez-vous a me reprocher, quand j'al la sous les ycux (Momrant udru.) la preuve vivanle de vos inconsequences...

GRATIN

Ge militaire?...

MADAME GRATIN

Je sais tout, il est votre fils !

GRATIN

Moil fils?

LEDRU

Yous vous avancez beaucoup, madame Labouture... Je ne connais pas monsieur... et je ne comprends pas en quo! 11 pent vous tromper...

Pourquoi m appelez-vous madame Labouture?... c'est mon nom de demoiselle, mais j'ai ^pous^ en premieres noces M. Robichon, ferblantier, et en secondes pour mon malheur, cet animal de Gratin, ici present.

LEDRU

L'homme a la baignoire s'appelle Gratin, un cousin au quarante-cinquieme degr^, que mon parrain a mis a la porte avee un coup de pied...

GRATIN

Oui, inutile de rappeler la chose; alors vous 6teR le fiUeul de feu Labouture?

LEDRU

Feu... qu'est-ce que vous dites? Mon parrain... seraitmortl... sans que jen'en aie rlen su. (a Fiore.) Voyons, ma petite mignonne, est-ce vrai?

FLORE

C'est bien vrai I

SCfeNE ONZiEME. 97

LEDRU, allant s'asseolr tar ud banc h gauche, et la t^le dans ses mains.

Ah I mon pauvre brave homme de parrain!... Quel maiheurl... Ce que c'est que d'etre soldai!... Apr^s cinq aos d'absence, on rcvient au logis le coeur gal, croyant trouver tout a la mSme place, chacun debout et v'lan... le malheur vous frappe, comme un boulet!...

FLORE, allant vera lui.

Pauvre jeune homme! comme il a du chagrin!...

Je comprends 9a, surtout quand un parrain bienaim^ ne vous laisse pas un sou. Yiens done, Flore!

FLORE, impatientie.

Tout aTheure!

MADAME GRATIN

Ah 9a! mais tu ne vas pas rester la!...

FLORE

Je veux le consoler.

MADAME GRATIN

Je m'y oppose!

LEDRU. prenant lea mains de Flore.

Allez, mademoiselle, ecoutez votre maman. £xcusez tout ce que j*ai pu vous dire de pen convenable, je ne savais pas... Je me croyais chez moi... pardonnez-moi...

FLORE

Je vous pardonne de grand coeur. (a part.) Pauvre gargon!

GRATIN

Allez done, Flore, c*est ridicule! j'ai d'ailleurs aparler a monsieur...

FLORE

Je m'en vais^ mon p^re... (a part.) Mais je reviendrai.

96 FLNEST£ OUBLI.

MADAME GRATIN, bas ii Gratin.

II exjste un testament... je Tai vu, mais je ne sals pas ce qu'il y a dedans. II en a peut-elre un autre sur luj. Sonde-lo nrlroitemont.

GRATIN

Qui! laissc-moi faire...

Madame Gralin et Flore sorleiit.

SCtNE XII GRATIN, LEDRU, puis JEAN.

GRATIN

Jeune militaire, je compatis a votre douleur, croyezle bien; mais enfin, que voulez-vous? nous sommes tous mortels. Je ne comprends pas que vous n'ayez pas el6 prevenu lors de Touverture de la succession de feu Laboutiire, mais je vous avertis, jeune homme, que je suis en regie avec la loi. II n*y a pas eu de testament... j'^tais son plus proche parent... car vous n'^tes qu*un filleul .. et ga ne compte pas...

LEDRU

Non, un filleul ne compte pas. Aussi vous n'avez rien d craindre de nia part.

GRATIN

Vous ^tes gentil, tres gentil, vous m'avez sauve la vie qui plus est, je veux faire quelqiie chose pour vous... mon cher monsieur... Comment vous appelez-vous ?

LEDRU

Horace Ledru, sergent,

GRATIN

Mon cher Ledru, sergcnt, restez done dejeuner avec nous sans ceremouie. Je vous presenterai aux Dusifflet.

SCKNE nOUZIKMK. 99

LEDRU

Le pretendu de Flore?

GRATIN

A ce propos, mon gaillard, quand je suis arrive voiis demandiez sa main d ma femme?

LEDRU

Et je la demandc encore...

GRATIN, k part.

Un moyen de ratlraper Theritage du parrain. (hpui.) Ecoutez done, e'est tres delicat. Nous nous sommes engages, c'esl-d-dire ma femme, car c*est elle qui h6rite etant une Labouture... Moi, je suis le chef de la communaut^y c'est vrai; mais je ne compte pas beaucoup. G'est ma moitie qui porte culottes a la maison.

LEDRU

Rattrapez voire pantalon et degagez-vous.

GRATIN

Moi, j'y consens ; mais ma femme. Ah ! tu ne la connais pas ma femme! Tiens ! laisse-moi te tutoyer... Veux-tu?

LEDRU

Marche, si <^ t'amusc...

GRATIN

Eh bien, ma femme c'est une de ces natures de feu, un salp^tre, un volcan de trente-six ans I qui m*en fait voir de toutes les couleurs.

LEDRU

Passez, passez, aliez au fait !

GRATIN

Oui ; au fait ! Eh bien, c'est Flore que lu me demandes... Si tu n*as que tes economies de sergent pour entrcr en menage... II est vrai qu'elle sera riche un

jour... Enfin ce n est pas a moi de te fairo des observations. Je te dois la vie, tu cs un second pere pour moi. Cest bien le moins que tu sois mon fils.

LEDRU, &part.

Quelle vieille guimbarde d'homme. (Ham.) Alors, vous consentez ?

GRATIN

Moi, oui ; mais je ne te r6ponds pas de madame Gratin...

LEDRU

Puisque vous dites qu'elle est un volcan, elle doit confiprendre Tamour.

GRATIN

Elle ne le comprend que trop I

JEAN, ear la porte de h villa.

Monsieur! le dejeuner est servil

LEDRU

Ah! bonjour, mon brave Jean! tu es encore ici, toi?

JEAN

Gomme vous voyez ! Vous savez le malheur qui vous frappe ?

LEDRU

Oui.

JEAN, bas.

Je veux vous parler...

LEDRU, de m^me.

Parle !

JEAN, mdrne jeu.

Pas devant lui !... (a Graun.) Monsieur, je n*ai pas mon 16 de vin.

GRATIN

Et pourquoi?

SCfiNE TREIZlfiME. 101

JEAN

Pour une bonne raison : vous avez toujours les clefs de la cave dans \otre poche... Ce n*est pas feu Labouture qui aurait pris des precautions aussi soup^onneuses vis-a-vis de moi !

GRATIN

Ah ! toujours son feu Labouture !... (a Ledm.) Aimes-tu le vin blanc ? ^ dgaye... II faut chasser les id^es noires... passe A table, je remonte d Finstant.

II sort.

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