PREMIER INVITE
Messieurs, retirons-nous sans bruit.
lis sorlent discr6tement en riant tout bas et refermtint la porte derrifere eux.
BALANDARD, ^cartant le rideau.
Qui est-ce qui pi6tine done comme ?a ? (on entend jouer on quadrille.) La pclite f^tc va SOU train... on ne se couche done plus quand on se marie. Elle est enragde, cette petite Hybl6a!gentille; mais enragee...(Troisiieure8sonneni.) Trois heures? c'est un sommeil a bdtons rompus... la musique cesse. Ah! ^a se calme... on ouvre les portes. Dieu merci ! c'est la fin du bal . (oa emend lo ciiqueus des
rerres, lo bruit des assiettes...) Je CroiS, DiCU me pardoUUC !
qu*ils mangent.,. On soupe... Si j*y allais?... non ! je n*ai pas faim... j'aime mieux dormir.
II se rendort.
On entend sonner Tang^lue.
BALANDARD, s'^veillant.
Qu'est-ce que c'est que cet air-la?... I'ang^lus ! ah ! mais c'est assommant... Elle va se taire cette cloche. Elle a
266 LA GHAMBRE BLEUE.
unjoii son, je ne dis pas, mais faut pas que ga se prolonge, ga porte sur les nerfs! Dig, din don; dig, din don !... Elle est en mineur. Qui est-ce qui a invents les cloches ? A coup sflr, c'etait un beau dormeur ou un
SOUrd... Ah! e'est fini!... (n so rendort. Oa entend les gons d'une coraemuse et d'une vielle qui jouent une bourr^ et le pas cadence des danseurs).
BALANDARD, se rSreillant e& sunauU
Qu'est-ce qulls font? quel est ce vacarme?... ces frappements de talons de bottes?... ces cris sauvages? lis vont defoncer le plancher!... c'est probablement la bourr6e... la danse nationale de Fendroit!... Us ont I'aird'y prendre goCit!... Si ga continue comme 9a, je demande a changer de chambre. (u brau cane.) Ah ! 9a se calme, la danse du pays... la foule se disperse.
U fredonne I'air de Malborough:
La c^r^monie faite Mironton, mironton, mirontaine, La c^r^monie faite Ghacun s^en fut coucher.
Les uns avec leur femme...
II se rendijrU
SCfiNE XII BALANDARD, endomi; HYBL£a.
HYBLEA.
Oh ! non, par exemple ! pas ce soir ! Maman doit etre rentr^e chez elle. Oui, la voili! Elle dort. Ah! tantpis, jevaisla r6veiller. Maman!... maman!...
BALAMDARD, s'Sreillant.
Hein?HumI
HYBLJ^A.
Maman> gardez-moi pr^s de yous.
BALAMDARD, h put.
Tiens, tiens, tiens !
SCfiNE QUATORZlfiME. 267
IIYDL^A.
MamaDy je vous en supplie; je suis tres faligu^e... Permettez-moi do rester,
BALANDARD, contrefaisant sa roix.
Reste, mon enfant, resle!
HYBLEA.
Ah ! merci, maman.
Oa frappe h la porte^ Hybl^a se sauve dans le cabinet de toilette et tire la porte
8ur eile,
SCfiNE XIII Les M^mes, VACHARD.
VACHARD, entre.
Pardon, madame ma belle-mere, si j'entre inconlineht... Mais je cherche ma femme. (aaiandard ne r^pond pas.) Vous dormez? D6sol6 de vous d^ranger... d^sol^... ddsole... un simple renseignement, s'il vous plait. L'avez-vous vue?... Pas de r6ponse! c'est pas une bellem^re, c'est une pierre ! Ou diable s'est cach^e ma
femme?... (ll va pour sortlr et se troure face h face arec madame
de Bonbricouiand.) Qu'osl-ce que ^a vout dire?
SCfiNE XIV Les MfiMES, MADAME DE BONBRICOULAND.
MADAME DE BONBRICOULAND.
Que voulez-vous, monsieur Vachard?
Je veux... je veux ma femme. G'est done elle qui est couch^e la? Je croyais que c'etait vous.
MADAME DE BONBRICOULAND.
. Comment, C0UCh6c Id? (sue s'approche da lit etne reconnatt pas Balandard coiffd de son bonnet de nuit ct le nez tourn^ A la mu-
raiiie. — A vachard.) Eh Wen, monsieuT Vachard, c'est que ma fille desire rester pr^s de moi cette nuit. Gela ne peut pas vous inqui^ter. Respectez la pudcur d'une jeune fille. Je presume que vous 6tes un homme bien 6ieve, Retirez-vous.
VACHARD.
Mais...
MADAME DE BONBRICOULAND.
Mais!... vous ^tes che? moi, monsieur, retirez-vous.
VACHARD.
Je... je... je me retire.
II sort.
MADAME DE BONBRICOULAND, h Balaodard.
Allons, ma fille 1 lu te caches, lu pleures. Je comprends bien ^a. Console-toi, il est parli 1 Je vais me d6shabiller et nous passerons la nuit ensemble.
EUe entre dans te cabinet.
BALANDARD
Ah I mais non, par exemple ! c'est une autre palre de manches.
SCfiNE XV
N ANNETTE, portant une seringue ; BALANDARD.
NANNETTE
Madame, je vous apporte voire ca.U au lait.
BALANDARD
Du cafe au laiL? ga me derange. D'ailleurs je n'en prcnds jamais de ce c6lMa !
II gigote et chasse Nannctte a coups de pied« NANNETTE, 6pouTant6e.
Ah ! mon Dieu ! un homme dans le lit de madame I
Elle B*enfait.
SCfiNE DIX-SEPTlftMB. 269
SCfiNE XVI
BAI.ANDARD, h part.
Le lit de la belle-mere? Ah! bigre, je compreiids
tout* (ll saute &basdu lit. Un chien de chasse enlre en jappant*) Le
chien du p^re des Andouillcrs a present ! Cest le ciei qui me Tenvoie pour sauver la situation. — VIens ici, Mirault ! Hop Id ! dans le lit tout chaud ! t'aimes ga, je te connais. (Le chien aauie dans le lit.) Si OH to demando
qui ^tait Ik, tU diraS que C'est toi ! (On entend dans le cabinet les Toix de madame de Bonbricouland et d'HyblSa.) — Comment tU
es Id? — Oui, maman. — Mais alors...
BALANDARD, qui a gagod la porte, en emportanl ses afiTalres,
D6brouillez-vous ! je me sauve!
11 sort.
SCfiNE XVII MADAiME DE BONBRICOULAND, sonant du cabinet.
MADAME DE BONBRICOULAND.
Mais qui done est couche Id? (eiio ra au nt, le chien grogne.) Mirault ! dans mon lit, veux-tu bien t'en aller!
HYBLIEA.
C'est egal, un chien qui parle, c'est dr61e tout de mfime.
Rideau.
Com^die en un acte, joa^ pour la premiere fois ^ Nohant, le io avril 1875.
PERSONNAGES
BALANDARD