SCÈNE I
moi le poivre... (Elle en met à force.) une vraie bouilleabaisse ! *
baïonnette, se levant et regardant le théâtre.
Maie regarde donc, Carabine, quel chic ça vous a pour un théâtre improvisé 1
carabine, sa cuillère à pot à la main, venantà elle.*
C'est presque aussi beau qu’à la foire de Marseille.
Et comme c'est bien une idée française ! jouer la comédie au bénéfice des prisonniers.
CARABINE
Ne m’en parle pas I ça me donne des frémissements patriotiques jusque dans ma cuillère à pot.
baïonnette.
Cristi ! je suis fière d’appartenir au corps des zouaves !
CARABINE
Des hommes superbes I
baïonnette.
Des gaillards qui cultivent avec un égal succès la fusillade et la tirade... le coup de sabre et le couplet de facture.
CARABINE
Eh 1 eh I je crois, pichoune, que ton cœur à Z’un penchant pour les susdits.
baïonnette.
Oh ! moi d’abord j’ai toujours été sensible à la gloire et aux beaux-arts.A Paris, boulevard du temple, où je tenais un débit de chinois, je faisais crédit a tous les artistes. Aussi, je ne manquais pas da soupirants. Il y en avait un surtout, un petit qui
f iostulait un engagement au Lazari et qui me lançait des œilades... à se décrocher les yeux. Il avait bien l’air un peu godiche; mais il m'offrait sa main et ses appointements... quand il en aurait... Cinquante francs par mois et ieconjungo, c’était une position.
carabine.
Bagasse!... jecrois bien!
Ma foi, je me laissai tenter; on nous affiche au septième et, un beau jour, Bigorneau vient me dire : « Mam’zelle !.... c’est pour demain !.... » Je lui donne rendez-vous pour huit heures sans faute; il me quitte pour aller retenir les voitures et commander le repas de noces.... Mais, ô destinée capricieuse et cocasse!.... En ce moment, le clairon résonno sur le boulevarl.... ?
CARABINE
Le clairon ?
BAÏONNETTE
C’était un bataillon qui partait pour la Crimée.
* TtHaid, a* fond; Csrabint, BaïooneUa, Cbioot a* fond.
CARABINE
Braves amis! * -
BAIONNETT E.
Ces armes.... ce drapeau qui brillait au soleil.... tout cela m’électrise ; je pense aux dangers que ces pauvres gens vont courir; au plaisir qu’on aurait à leur verser la goutte avant le combat et après la victoirel... ma tète se monte... mon cœur bat la charge... j’emboîte le pas... arrrche !... Et quand le commandant a crié :«Bataillon... halte! «j’étais à Balaclava!...et pas d’omnibus pour la Bastille!...
carabine, riant et la poussant.
Ah! ah ! bonne pièce!... Tu ne l’en as pas fait mourir de çagnnl... et je connais dans la brigade un aimable zouave....
BAÏONNETTE
Qui ?... M. Ben-Amour ?
carabine.
Avoue qu’il te fait des yeux de carpe... et que de ton côté... baïonnette.
Il est bel homme, je ne dis pas... mais, si j’apprécie ses avantages, je crois que tu n’es pas indifférente à ceux de certain sapeur...
carabine.
J’en ai peur !... le monstre !... il a une si belle barbe !
BAÏONNETTE
Et Ben-Amour donc!... quelle moustache !
têtard, venant à la droite de Bàionnette.
Pour lors, mam’selle, vous ne songez plus à quitter le bataillon ?
baïonnette.
Moi !... jamais !...
chicot, descendant à la droite de Baïonnette."
A la bonne heure ! vive notre belle vivandière !
tous, venant sur le devant.
Vive Baïonnette !
baïonnette.
Air du Vin d quatre tout.
Ali ! c’est un bel clat Que celui d' vivandière !
Elle est heureuse et iière Sous l’habit du soldat ;
Elle est heureuse et fièrc De marcher au combat.
Bflill’ z’yeux ! corbleu!
Courons au feu !
Nos p’tits troupiers, commençons 1* feu !
Quel rigaudon!
j’aime, cré nom !
Carabine, Têtard, Baïonnette, Chicot.