‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 161 sur 181 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

EUSEBIO. GIL, caché.

Je ne sais où aller. Oue la vie est longue pour les infortimés, et que la mort est lente à venir quand on est las de vivre. Julia, je me suis vu dans tes bras —

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instant de suprême félicité — et j'ai cru que l'amour allait nous unir par de nouveaux nœuds. Mais j'ai fui tes caresses, j'ai repoussé le bonheur qui s'ofifrait. Ne m'accuse pas. La raison de mon dédain est terrible et secrète. Encore maître de ma volonté, jai obéi à une manifestation de la puissance divine; j'ai respecté sur ta poitrine la croix que j'ai sur la mienne. Et comme tous deux, ô Julia, nous sommes nés avec le même signe, il y a là un mystère que Dieu seul pénètre et connaît.

GIL, à part.

Ça pique trop ; je n'y tiens plus.

EUSEBIO

Il y a quelqu'un au milieu de ces broussailles. Oui va là?

GIL, à pcii^t.

Nous allons perdre le bénéfice de toutes nos combinaisons.

EUSEBIO, à 2^'^ift.

Un homme est attaché à un arbre et il porte une croix suspendue au cou. Il faut m'agenouiller et m'acquitter de mon voeu.

GIL

A qui s'adresse ta prière, Eusebio, ou de quoi s'agitil? Si tu m'adores, pourquoi m'attaches-tu? Si tu m'attaches, pourquoi m'adores-tu?

EUSEBIO

Oui es-tu ?

Tu ne reconnais pas Gil? Depuis que tu me laissas attaché ici, avec le message dont tu m'avais chargé, j'ai eu beau m'égosiller, hélas, peines cruelles, personne n'est venu me délier !

Mais cet endroit n'est pas celui où je te laissai?

GIL

C'est la puro vcritó, .seij;ncur. Quand je vis que personne ne venait, j'allai — toujours attaché — d'arbre en arbre et j'arrivai ù celui-ci. Voilà l'explication de cette extraordinaire aventure.

EL'SKBio, à part.

Il est simple d'esprit et il m'éclairera sur les dangers queje cours. (Haut.) J'ai de l'afifection pour toi, Gil, depuis la pretoière fois que nous avons causé, et je veux que nous soyons amis.

GIL

Vous avez raison ; et puisque nous sommes de si grands amis, je désirerais aller non plus par là, mais par ici. De la sorte, nous serions tous bandits. L'on dit que le métier est bon et que l'on mène joyeuse vie, au lieu de s'échiner douze mois par an.

EUSEBIO

Alors, reste avec moi.

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