SCÈNE IX
EUSEBIO, CURCIO, combattant.
CUKCIO
Nous voici seuls tous deux. Grâce soit rendue au ciel qui permet à ma main de te punir aujourd'hui et n'a pas remis à un étranger le soin de venger mes injures, ni offert à une autre épée que la mienne l'occasion de te tuer.
LA DKVOTIHN A I.A IHOIX 33g
KUSKBIO
f-c ciel, en cette occasion et en permettant que je te rencontre, a tempéré l'excès de sa colère; car si tu viens vers moi offensé et violent, tu t'en retourneras offensé et châtié. Pourtant, je ne sais quel respect tu m'inspires; mais je redoute moins ton épée que je ne crains de te déplaire. Et bien que ton bras valeureux te fasse redoutable, seuls me {placent et m'inliniidenl les cheveux blancs qui parent ton front.
CURCIO
Ensebio, je le confesse, tu as calmé en grande partie la colère que je ressens à te voir depuis que tu m'as offensé. Néanmoins je ne voudrais pas que. mal renseigné, tu attribues à mes cheveux blancs la crainte que mon courage doit te faire éprouver. Défends-toi, car une étoile ou un horoscope favorables ne sont pas assez puissants pour fermer la route à ma vengeance. Relève ton épée.
EL'SEBIO
Moi, peur?. Tu as sottement pris mon respect pour de la crainte. Maisà vrai dire, la victoire queje souhaite^ c'est de tomber à tes pieds et dimplorcr mon pardon. Je mets devant toi cette épée, Teffroi de tous ceux qui l'affrontent.
CUKCIO
darde-toi de penser que cet avantage m'encourage à te tuer. Voici mon épée. (A part.) J.évite ainsi l'occasion de lui donner la mort. (Haut.) Luttons corps à corps.
(Ils se prciirient à hras le corps et luttent l'uu contre l'autre.)
EUSEBIO
Je comprends mal l'effet que tu produis sur moi. En dépit de la vengeance et du ressentiment, mon cœur bondit de la poitrine pour s'élever jusqu'aux yeux et s'y montrer en larmes. Dans le trouble profond où je
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suis, je voudrais me tuer pour l'offrir ta vengeance. Seigneur, prends ma vie, elle est à tes pieds.
CCRCIO
L'épce d'un gentilhomme, fût-il offensé, ne se souille pas dans le sang d'un homme qui se rend. Il perdrait la fleur de sa gloire celui qui effacerait sa victoire avec le sang.
VOIX, au (/t'/iors.
Ils sont par ici.
CURCIO
Mes gens victorieux viennent me chercher pendant que les tiens cèdent à la peur et fuient en désordre. Je prétends te sauver la vie. Cache-toi, car j'essayerais en vain de te défendre contre les passions vindicatives de ces paysans. Tu es le seul qu'il me serait impossible de protéger contre leurs coups.
Curcio, j'ai pu trembler devant toi. Mais le miracle qu'ont accompli tes cheveux blancs ne se renouvellera pas. Je ne fuis jamais. Que ma main reprenne cette épée et, si je manque de courage devant toi, tu verras que j'en ai de reste en face de tes gens.