‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 21 sur 181 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

CRISTÓBAL avec son bouclier et sa dague de truand, DEUX MUSICIENS avec leur guitare, puis UN HOMME à la fenêtre de Tune des maisons.

LUGO

Jouez; c'est bien la maison, je m'en porte garant et que l'appel de vos guitares arrive rapide aux oreilles de la nymphe sarrasine dont je vous ai parlé et doùt la vie et les miracles font couler de mes lèvres des vers tout rythmés. Jouez 1^ jácara; je commence.

PREMIER MUSICIEN

Veux-tu que nous brisions les fenêtres avant de préluder... pour attirer son attention"?

LUGO

Nous nous engagerons dans cette voie après la sérénade. Allez maintenant, guitares et chanteurs.

{Ils jouent.)

« Qu'elle écoute celle qui vint de la terre sarrazine porter la guerre à Séville et qui arriva nue comme une vaillante, la gueuse qui peut traiter de parent le grand Miramolin, celle qui se glorifie de son abjection comme d'autres sont fières de letir générosité, celle qui possède quatre, que dis-je, qiiatre mille défauts, celle qui dans les nuits obscures traverse sans ailes les plaintes et les soupirs, celle qui tient pour un grand bonheur d'être l'amie d'un laquais, celle qui possède un perroquet qui sans se lasser l'appelle guenon, celle qui en expérience et en astuce rendrait des points à Célestine, celle qui, pareille à l'hirondelle, change de pays et de climat à chaque saison, celle qui a gagné à pair et même à impair ce qu'elle possède, celle

■qui accepte sans se brouiller le plus minime paj'ement, celle qui n'a jamais gardé sa foi, ni tenu la parole donnée, celle qui est prodigue de ses faveurs au point de surpasser les plus riches et les plus généreuses, celle qui pour cinq blancs vous abandonnerait les fèves et le crible. »

{Un homme á demi vêtu, avec un mouchoir autour de la tête et une chandelle à la main se montre à la fenêtre.)

l'homme

Etes-vous dans votre bon sens, Messieurs; ne comprenez-vous pas que personne ne vous écoute dans cette maison ?

PREMIER MUSICIEN

Comment cela se fait-il, espèce de mouchette ?

l'homme Depuis quatre jours, la propriétaire est à l'ombre.

DEUXIÈME MUSICIEN

Comment à l'ombre, que veux-tu dire, convalescent?

l'homme En prison. Ne le démêlez-vous pas ?

LUGO

Et pourquoi l'y a-t-on mis ?

l'homme Parce qu'elle était l'amie de Pierre Papin ; vous savez, le Pierre Papin des cartes à jouer.

premier MUSICIEN

Ce Français bossu ?

l'homme

Celui-là même qui tient boutique dans la rue de la Sierpe.

LUGO

Rentre donc, tavernier empesé.

DEUXIÈME MUSICIEN

Plonge, spectre, fantôme.

PREMIER MUSICIEN

Cache-toi, basset fiévreux.

l'homme Eh bien, je m'en vais, bande de filous ! je plonge, rats carnassiers ! je me cache, suppôts du vol !

LUGO

Vive Dieu ! Ce fils de guenon est de méchante humeur.

[Lugo et les musiciens ramassent des pierres.)

l'homme Que personne ne tire, laissez les mains en repos, que les languent seules travaillent.

premier musicien Oui te tire, crasseux, vilain personnage?

l'homme Vais-je encore vous servir de cible? Si oui, je me cache ! Adieu, garnements, je ne suis pas une poire que l'on abatte à coups de motte. (// ferme la fenêtre.)

lugo

Avez-vous vu ? Fait-il des embarras le faquin ? Laissez-le se lamenter et ne lui jetez pas de pierres.

deuxième musicien C'est un ravaudeur fort gentil.

premier musicien Ou'allons-nous faire ?

LUGO

Allons donner l'assaut à la boutique du pâtissier qui est ici, tout près.

DEUXIÈME MUSICIEN

Hâtons-nous. C'est l'heure où il fait ses gâteaux. Voici venir un aveugle qui nous avertit que le jour est sur le point de se lever.

{Entre un aveugle.)

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