DON DIEGO, PUIS BRITO
DON DIEGO
Je vis ici à Técart, par goût et par originalité ; et dans toute la ville on me respecte pour qui je suis. La justice n'a pas à s'occuper de moi : elle serait prompte à s'arrêter à la voix de Don Diego de Ménésès. C'est ici que ma bien-aimëe Inès me comble de mille faveurs, toujours plus grandes. Sa vie est à moi, elle franchira le dernier passage... et c'est pour elle que j'ai arrangé l'enchantement de cette retraite.
BRITO, entrant.
En fidèle serviteur, j'arrive, hors d'haleine ; et je t'apporte...
DON DIEGO
BRITO
DON DIEGO
Quoi donc encore ?
Ce billet.
De qui est-il ?
BRITO
De Dona Inès ! de ce miracle d'amour, de cette beauté prodigieuse.
DON DIEGO
Est-ce assez de cet habit pour le plaisir de ta nouvelle? Il est à toi.
BRITO
Tu payes comptant ! en vrai hidalgo portugais !
DON DIEGO
Que ne paieraî-je pas pour ce qui vient de ma maîtresse ! Heureux amant! estimé-je rien plus précieux? Voyons ce que me dit Inès. (Il ouvre la lettre et lit.) « Les violences d'un « père m'obligent à chercher la liberté dans votre discrétion. « Tenez pour certain que je perdrais la vie avant que de me t donner à un autre. Cette nuit, je sortirai vous rejoindre ; « attendez à la porte du jardin, ayez des musiciens : la séré- « nade sera le signal et Taccomplissement de votre espé- « rance. » Enfin ! ma persévérance est venue à bout de tes rigueurs ! Ah ! chère maîtresse ! Inès va être à moi ! Cette pensée me rend fou ! Tu ne me félicites pas de mon bonheur, Brito ?
BRITO
Si ; et je veux faire quelque chose pour toi, aujourd'hui.
DON DIEGO
Je t'en sais gré, et quoi donc?
BRITO
Je me charge de la musique.
DON DIEGO
Bien. Mais rappelle- toi : dès que tu me verras arrêté devant la grille, il faut que Ton commence à chanter.
BRITO
J'en fais mon aiïaire.
DON DIEGO
joie!
Il est important d'agir avec précision. Ah ! je suis ivre de BRITO
On a frappé à la porte.
DON DIEGO
Qu'on entre !
(Entre Golondro ; long bonnet, rosaire au cou.)