CHAPITRE II
LES THÉÂTRES DE PARIS DE l548 A l635
Trois causes surtout semblent avoir contribué à former et à épaissir les ténèbres qui, après tant d'efforts tentés pour les dissiper, couvrent encore pour nous l'histoire des théâtres parisiens à la fin du xvi® et au commencement du xvn* siècle.
La plus grave, parce qu'elle est irrémédiable, est la jv rareté des documents. Le recueil des principaux titres de ! propriété de l'Hôtel de Bourgogne, publié par les confrères 1 de la Passion en i632 ; quelques autres pièces juridiques citées par Félibien et les frères Parfait ; le précieux mais trop sommaire inventaire des titres et papiers de rUétel de Bourgogne donné par Eudore Soulié ; quelques mentions ^t d'acteurs vivants ou récemment morts, dans divers écrits \ ^du temps ; c'est là tout ce dont nous disposons.
Les premiers historiens du théâtre disposaient de moins encore, et ils ont complété les renseignements sûrs qu'ils possédaient par des hypothèses fragiles qu'ils imaginaient. Renseignements et hypothèses n'ont pas été distingués avec le soin désirable par leurs successeurs ; Félibien et les frères Parfait sont devenus des autorités, et ont apporté dans une histoire obscure une nouvelle cause d'obscurité et d'erreur.
Enfin, une idée préconçue, dont les auteurs que nous venons de citer ont été les premières victimes, a continué
après eux à fausser la vue des historiens et à égarer leur «ens critique. On a voulu juger des théâtres sous Henri IV et Louis XIII d'après ce que Ton savait de THôtel de Bourgogne et du Marais sous M azarin et Louis XIY : on a donc admis le plus tôt possible l'existence simultanée de ces deux scènes, et à chacune on a attribué une continuité, une régularité d'existence, dont on ne puisait pas l'idée dans les documents.
Il y a vingt-<îinq ans environ, Victor Fournel faisait un pas
{ vers la vérité, quand il écrivait dans sa courte Histoire du
' théâtre du Marais * : « Il n'y a pas eu un seul théâtre du
I Marais, il y en a eu plusieurs, et même quand il se fut
établi dans une salle définitive, diverses troupes s'y suc-
^ cédèrent. » Malheureusement, on n'a pas tenu compte
depuis de cette observation, et Fournel lui-même n'est
pas resté assez fidèle à sa propre doctrine.
Notre devoir est donc tout indiqué pour l'étude que nous entreprenons : n'accorder notre confiance qu'aux documents authentiques ; rejeter ou n'accepter qu'après vérification, quelle qu'en soit la date, toutes les assertions qui ne s'appuient pas sur eux.
La fondation du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne date de i548. Cinq ans auparavant, François P' avait ordonné la vente des hôtels de Bourgogne, Artois, Flandres, Etampes, etc. * ; et les confrères de la Passion, forcés de quitter l'hôtel de Flandres où ils représentaient, après avoir promené çà et là dans Paris leurs mystères et leurs moralités, se décidèrent à acheter, sur l'emplacement de
I. En tête du t. III des Contemporains de Molière, p. vu. a. Recueil des principaux filtres ^ p. 3 à 8. Soulié, p. i5a.
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rhôlel des anciens ducs de Bourgogne, un terrain de dix- ' sept toises de long sur seize de large, et à y bâtir un théâtre définitif ^ Il s*éleva dans la rue Mauconseil, ou plutôt dans Tangle formé par la rue Mauconseil et la rue Française *.
Les confrères avaient Tintention d*y reprendre leurs représentations des mystères de l'Ancien et du. Nouveau Testament ; mais le Parlemeot s'y opposa. Un arrêt du 17 novembre leur permit seulement de a joyier autres 1 mystères profanes, honnêtes et licites » , et défendit « à tous autres de jouer ou représenter dorénavant aucuns jeux ou mystères, tant en la ville, faubourgs que banlieue de Paris, sinon que sous le nom de ladite confrérie, et au profit d*icelle'. » Ainsi les confrères étaient tenus d'abandonner la plus importante partie de leur répertoire, mais leurs privilèges étaient confirmés, et ils le furent encore par lettres de Henri II en i554» de François II en 1559, de Charles IX en i563, de Henri III enfin en 1576. ^
Comment s*y prirent-ils pour les faire valoir, et par quoi remplacèrent-ils leurs mystères interdits ? Nous ne serions pas embarrassés poiu: le savoir, si nous pouvions en croire le Journal manuscrit du théâtre français. L'auteur, qui ne cite aucune source, n'en était pas moins merveilleusement informé ; il sait quelles pièces nouvelles ont été jouées chaque année par les confrères, il sait de