I. L. Petit de Julleville, les Mystères ^ t. I, p. 44à
Il4 LE TUÉATRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
^ Henri II en iSSg; la Lucrèce et les Ombres de Nicolas Filrlleul, au château de Rouen en i566; le Brave d* Antoine '' 'de Baïf, à l'hôtel de Guise devant le roi en 1567*. Un plus grand nombre étaient données dans les collèges de Paris : la Trésor ière de Gré vin au collège de Beau vais en i558, le Jules César et les Ébahis du même auteur au collège de Beauvais en i56o, V Achille de Nicolas Filleul au collège d'Harcourt en i563 *. Quelques autres paraissaient dans des collèges hors de Paris ; ainsi VEsther et la Clytemnestre de Pierre Mathieu, jouées au collège de Verceil en Piémont en 1678, et sans doute aussi le Jeune Cyrus et la Joyeuse de Nicolas de Montreux, jouées à Poitiers en i58i3.
Il n'était guère possible que les acteurs de telles représentations, ce par leur gestes honnêtes, par leurs bons termes non tirés à force du latin, et par leur brave et hardie prononciation, ne sentissent aucunement ni l'écolier ni le pédant, ni le badinage des farces ». Plus d'un poète hésitait à leur confier ses œuvres,, gt plus d'un aussi, qui n'eût pas hésité, ne pouvait parvenir à organiser une représentation. Les écoliers, en effet, ne jouaient qu'à de
I. Voy. les fr. Parfait, t. III, p. 819, 349,35a. — Jal, p. 53i, cite un mémoire de l'habillement d'Elisabeth et Claude, filles de Henri II et de Catherine de Médicis, « pour leur servir à la tragédie qui fut jouée à Blois » en i556. De quelle tragédie s*agit-il ? — Peut-être la Reconnue avait-elle été jouée devant la Cour par un comédien qui a plusieurs fois amusé Charles IX et Henri lïl, Cosimo délia Gamba, dit Châteauvieux, ce valet du roi ». Yauquelin de la Fresnaye (Art poétique^ III, 107- 1 10) dit, en effet, d'une façon insuffisamment claire :
Et cette Reconnue Qui des maios de Belleau naguère» est venue; Et mille autres beaux vers dont le brave farceur Châteauvieux a montré quelquefois la douceur.
Cf. Toldo, à^ns Revue d'hist. litt. de la Fr., oct. 1898, p. 563-4. a. Fr. Parfait, t. III, p. 3ii, 820, SaS, 34i. 3. Voy. les fr. Parfait, t. HI, p. 43G. 453.
LE RÉPERTOIRE DE L*1I0TEL DE, BOURGOGNE It3
dans V avant-jeu de sa Trésorière^, en i558, ont-ils soin de déclarer que leurs pièces n*ont rien de commun avec celles de leurs grossiers prédécesseurs, et ils réclament, d*un ton hautain, pour leurs œuvres une pleine originalité.
Phis tard encore, en 1673, nous trouvons dans le prologue des Corrivaux de Jean de la Taille - les mêmes prétentions affirmées sur le même ton. Enfin, dans son Art de la tragédie ^, le même Jean de la Taille parle des vieux genres dramatiques avec un dédain qui, pour être moins éloquent que celui de du Bellay, n*cn est pas moins profondément ressenti et vivement exprimé; il formule * des souhaits menaçants contre les Confrères, et il laisse percer le profond dépit qu'inspiraient à la nouvelle école les seuls moyens scéniques à sa disposition.
On sait comment avaient été jouées la première tragédie 'l et la première comédie classiques. Jodelle et ses amis 1 s'étaient eux-mêmes chargés des rôles, et cette distribution 1 f piquante ne dut pas peu contribuer au succès. Mais une / telle tentative n'était gas de celles qui se peuvent renou- j vêler souvent ; des poètes enthousiastes avaient pu un jour monter sur un théâtre comme dans une chaire retentissante, afin que leurs voix plus autorisées fissent entendre à un public choisi la bonne nouvelle de la Renaissance ; ce n'était pas à dire qu'ils voulussent devenir comédiens. Aussi les successeurs de Jodelle durent-ils prendre comme acteurs des personnes de bonne volonté, plus ou moins propres à cet office*, ou même, le plus souvent, des écoliers. Quelques-unes des pièces nouvelles furent jouées à la cour ou dans des maisons princières, comme la Sophonisbe de Mellin de Saint-Gelais, représentée à Blois devant