Soulié, p. i5i : Bail du 18 janvier
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loyer dudît temps auxdlts maîtres, ainsi que de fraîche mémoire il apparaît par le bail daté au premier article de recette ci-devant *. »
Nos comédiens étaient donc pauvres ; leur moralité n'était pas d'un niveau fort élevé. Tristan les appelle des débauchés ^. a C'étaient presque tous filous, dit Tallemant, et leurs femmes vivaient dans la plus grande licence du monde ; c'étaient des femmes communes, et même aux comédiens de la troupe dont elles n'étaient pas ^. » Tallemant exagère-t-il * ? Peut-être, bien que
I. Soulié, p. 171, Recette et dépense de la confrérie de la Passion, 10 mars i64o.
a . Les comédiens avaient souvent à se défendre contre de telles accusations. « Des libertins ! » s écrie avec indignation Bruscambille, « hé ! quelle liberté d'être en une servitude perpétuelle pour pratiquer cette partie de rhétorique, savoir l'action tant vantée des Grecs et des Latins, pour laquelle Gicéron a tant peiné et Démosthcneatant sué. » (^Nouvelles et plaisantes imaginations,^- 18, prologue des Pitagoriens.) Voilà certes une réfutation topique, et c'est bien là répondre à la Bruscambille ! — Claude Le Petit parle encore fort irrévérencieusement des actrices de l'Hôtel de Bourgogne dans la Chronique scandaleuse ou Paris ridicule, (^Paris ridicule et burlesque, p. ao.)
3. T. VII. p. 170. « Il y avait deux troupes alors à Paris », ce qui doit s'entendre de celles de Valleran et de La Porte pendant leur courte séparation, ou de celles de Valleran et de Longueval en 161 4. ou de celle de Valleran et de quelque troupe italienne. En tout cas, on ne peut faire servir ce passage à prouver l'existence d'un théâtre du Marais, car, si ce théâtre avait existé, il y aurait eu souvent trois troupes à Paris, et non pas deux.
4. Scudéry semble répondre d'avance à Tallemant' en faisant parler la Bcausoleil contre les fâcheux des coulisses : « Ils pensent que la farce est l'image de notre vie, et que nous ne faisons que représenter ce que nous pratiquons en effet; ils croient que la femme d'un de nous autres l'est indubitablement de toute la troupe, ot, s'imaginant que nous sommes un bien commun, comme le
celte mauvaise langue s'exprime le plus souvent sur notre ancien théâtre avec une remarquable exactitude ; d'ailleurs il ne parle ici que des premiers camarades de Valleran. Mais nous ne pouvons nous empêcher de faire observer qu'en 1689 encore, les comédiens, hommes et femmes, n'avaient pour s'habiller et se déshabiller au théâtre qu'une seule chambre * : encore y fallait-il recevoir les importuns, qu'il eût été imprudent d'éconduire^. Un pareil état de choses n'était pas pour développer beaucoup la moralité des comédiens. Tallemant lui-même ajoute : « Le premier qui commença à vivre un peu règlement, ce fut Gaultier Garguille » ; et plus loin : a Turlupin, renchérissant sur la modestie de Gaultier Garguille, meubla une chambre proprement, car tous les autres étaient épars çà et là et n'avaient ni feu ni lieu. Il ne voulut point que sa femme jouât et lui fit visiter le voisinage ; enfin, il vivait en bourgeois ^. »
Vivre en bourgeois ! Rien de plus commun aujourd'hui parmi les comédiens, rien de plus rare et de plus difficile alors. Il serait intéressant, mais bien long, de peindre la vie des acteurs du temps d'après ces acteurs eux-mêmes ;
soleil ou les éléments, il ne s'en trouve pas un qui ne croie avoir droit de nous faire souffrir l'importunité de ses demandes. » (Comédie des comédiens, acte I, se. m, p. la.)
1. Le bail du 18 janvier 1689 (Soulié, p. i5o) stipule en effet pour « la grande salie, loges, théâtre et galeries dudit Hôtel de Bourgogne, avec la première chambre étant au-dessus de la grande porte dudit hôtel, pour s'y habiller et y enfermer leurs bardes ».
2. Voy. sur ces fâcheux Scarron, Roman comique, i"^® partie, ch. VIII, p. 44-45, et le tableau fort piquant qui suit le passage de Scudéry cité plus haut : Comédie des comédiens, acte I, se. III, p. i3-i5. Cf. Rotrou, Saint-Genest, acte II, se. m. — La situation était la même dans les théâtres espagnols. Voy. Damas- Hinard, § a, p. i63o.
3. Tallemant, t. VII, p. 170-171. L'ombre même de Gaultier Garguille confirme le témoignage de Tallemant dans lé Songe arrivé à un homme d'importance, i634. « J'ai vécu en franc bourgeois a, dit-elle & Gros-Guillaume (Chansons, p. a 10).
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contentons-nous de citer ici quelques lignes de Bruscambille :
a Nous sommes comédiens..., le moindre desquels es^ pourvu de trente-deux dents, lestes et affilées comme le rasoir d'un châtreux... A faute de munition de bourse, nos épaules courent fortune d'être démantelées et mises au clair de la lune ; mais nous n*en sommes que plus légers et dispos pour mieux courir à la pelote. . .
« Après le travail du comique, succède le plaisir. L'on parle des sauces de Ciéopâtre et d'Atilie, mais je soutiens qu'il n'est saupiquet plus friand que celui que le labeur ajoute aux comiques. Qu'ainsi ne soit, figurez-vous de nous voir en la rue d'Enfer, embourbés jusques au cul, battus des quatre vents, dont l'un nous souffle la grêle, l'autre le froid et l'autre la pluie, sans autre monnaie pour payer notre hôte que quelques fleurs de bien dire dans une bourse brodée à la rhétorique. Se peut-il imaginer, à notre arrivée à l'hôtellerie *, une escarmouche plus furieuse ? Quelles estocades franches entre l'épée et le poignard ? On ne s'amuse point à prendre des lunettes pour choisir les bons morceaux ; chacun a bon pied, bon œil ; au diable l'un qui mettra ses mains dans ses pochettes, et, à la vérité, aussi personne n'est admis en cet exercice qui ne soit bon limier de taverne... Qui laborat quiescit.
a Après avoir relevé la moustache à quatre étages, chacun se met sur le mérite de sa qualité. L'un se dira fils du baron de Nul-lieu, l'autre fondera sa fortune sur le
I . Une des hôtelleries des comédiens est nommée dans les Pé*ripatétiques résolutions de Bruscambiile, p. 7 : ce Quand la tragédie est faite, je m'en vais me mettre & table à la Croix verte tout contre l'Hôtel de Bourgogne. » Au début du Songe arrivé à un homme d* importance (Gaultier Garguille, p. 194)1 Gros- Guillaume vient de « bien souper aux Trois Maillets », qui étaient aussi tout près du théâtre ; plus loin il est question de la Grosse Tête et de la Pomme de pin. Cf. ci-dessous, p. 210.
LES ACTEURS l6^
sable d*01onne. Quelqu'un, engendré d'un pèlerin de Saint- Jacques^ à l'ombre d'un buisson, se fera appeler M. de l'Épine, M. de la Violette ; quelques autres, fils des eaux, M. de la Seine, M. du Vivier, M. de l'Étang ; les autres, engendrés en rase campagne, M. du Chemin, M. de la Route ; les autres, trouvés en quelque marché, M. de la Potence, M. de l'Échelle * ; et c'est alors que l'antilésine les fait chanter à cinq parties, le gobelet en main : liberalitas optimum vectigaL Puis, à l'issue du repas, et en se curant les dents, l'on discourt des circonstances de la braguette... Baste ! la comédie est une vie sans souci et quelquefois sans six sous ^. » Telle était la joyeuse devise de nos comédiens.
Quelle était leur valeur intellectuelle ? quelle était leur instruction ? Il est difficile de le savoir, la plupart des. renseignements qui nous ont été transmis sur eux étant, ou peu précis, ou tout à fait indignes de créance. Le plus vraisemblable est que la troupe se composait d'éléments peu homogènes, réunis par un amour commun de la libre vie du théâtre. Bruscambille était certainement instruit ;
I . Sur les noms de guerre des comédiens, voy. encore Scudéry, Comédie des comédiens, acte II, se. i, p. 24-a5 : « M. de Blan- DiMARE. Çà, donnez moi la main, mademoiselle de Beau... — Mlle DE Beausoleil. De Beausoleil, à votre service, monsieur. — M. DE Blandimare. La faute de ma mémoire est fort excusable, car toutes ces terres des comédiens ont tant de rapport aux noms, qu'il est bien difficile qu'on ne les prenne l'un pour l'autre. MM. de Bellerose, de Belleville, Beauchâteau, Belleroche, Beaulieu, Beaupré, Béllefleur, Belle-Épine, Beau-Séjour, Beau-Soleil, Belle-Ombre ; enfin, eux seuls possèdent toutes les beautés de la nature. » — L'ombre de Gaultier Garguille dit aussi, dans le Songe arrivé à un homme d'importance : « Nous n'avons que des noms de seigneuries ou de choses les plus agréables dans la nature, comme de Prés, de Fontaines et de Fleurs » ; et encore : (c Toutes les femmes qui ont l'honneur de jouer la comédie sont demoiselles ». (^Chansons, p. aïoet an.)
a. Nouvelles et plaisantes imaginations, p. 69 à 71 (prologue des Accidents comiques.^
ses prologues, bourrés de citations de l'Écriture, de Cicéron, d'Horace, d*Êrasme, de vingt auteurs encore, rappel- Jent, sous une forme parfois sérieuse, généralement bouffonne, presque toute la mythologie, presque toute l'histoire ancienne. On y trouve des termes de philosophie, •de droit, d'anatomie, que saLs-je encore? Mais combien, parmi ses camarades, étaient capables de les entendre P
Faisons plus ample connaissance avec cette troupe ; cherchons quels étaient les principaux acteurs qui la «composaient ; recueillons ce qu'on nous a appris de plus certain sur les genres où ils réussissaient et sur le mérite qu'ils montraient. Nous pourrons alors savoir ce que valaient les interprètes d'un Hardy ou d'un Rotrou, et si ies auteurs ont été aidés ou gênés par eux dans la manifestation de leur talent.
Le plus ancien peut-être des acteurs de Hardy est Valleran Lecomte : sa première apparition constatée à THôtel de Bourgogne date de 1099 et, en 1628, il y jouait encore*. « C'était un grand homme de bonne mine ^ », ■dont les comédiens, qu'il avait dirigés, faisaient encore l'éloge plusieurs années après sa mort ; les contemporains
1. Pour les dates et les faits que nous ne prouverons pas ici, Toy. notre chap. 11. — Valleran (ou Valeran) était de Montdidier •en Picardie, et L. Moland, qui d'ailleurs n'indique pas ses sources, |)arle des « piquantes balivernes de Valéran, dit le Picard ». (Molière et la com. ital., p. 120.) Dès lôga, M. Monval nous apprend qu'il jouait à Bordeaux « les rôles d'amoureux dans une troupe •dont le chef était Bourguignon et mari d'une comédienne, fille •d'un avocat de Paris ». Voy. Trautmann, Franz. Sckausp., p. 201-302 et 292 ; cf. notre ch. i, p. 11, n. 2. — Valleran n est plus nommé dans les actes de T Hôtel de Bourgogne à partir du 3o septembre 1628 ; il doit être mort à la fin de cette année ou au commencement de la suivante.