‹ Le théatre français avant la période classique: (fin du XVIe et commencementChapitre 18 sur 130 · Recueil des principaux tiltres, p · texte numérisé non relu

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38 LE TnÉATRE FRANÇAIS ' AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE

quelles reprises ces nouveautés ont été accompagnées. Mais cette érudition trop complète suffirait seule à nous mettre en défiance, et nous avons eu trop d'occasions de prendre le chevalier de Mouhy en flagrant délit d'erreur ou de mensonge pour lui accorder la moindre créance. Faut-il tout au moins, et d'une façon générale, admettre avec lui que les confrères jouaient les œuvres des nouveaux tragiques, des Filleul, des Grévin, des Jean et Jacques de la Taille, pendant qu'ils ne se gênaient guère, d'autre part, pour jouer les mystères et vies des saints que le Parlement avait prétendu leur défendre ? La question est trop importante et trop difficile pour être traitée ici incidemment, et nous y reviendrons *. Disons seulement que nous ne croyons pas à la représentation par les confrères des œuvres tragiques et comiques de la nouvelle école. Ils ont dû se contenter « d'exhiber au peuple certains jeux anciens, Romans et Histoires », comme dit un arrêt du Parlement 2 ; ou de revenir quelquefois à leurs mystères, sous des titres trompeurs et bien faits pour n'éveiller pas les susceptibilités, comme ceux de tragédie ou de pastorale.

C'étaient là toutefois des conditions très défavorables. Certes, les mystères avaient beaucoup perdu de leur popularité ; bourgeois et artisans ne les écoutaient plus avec la foi naïve et la curiosité ardente d'autrefois. Mais ils avaient encore leurs partisans, et, joués ouvertement, régulièrement, ils auraient peut-être suffi à remplir

i. Au chap. iv, le Répertoire de V Hôtel de Bourgogne, 2. Du ao septembre 1677 » VOY * les frères Parfait, III, a34, n. — En i557, les confrères montèrent à grands frais Y Histoire de Huon de Bordeaux* et la jouèrent malgré l'opposition du prévôt de Pari». Taillandier, Bévue rétrospective, t. IV, p. 345 (cité par Petit de Julleville, les Comédiens en France au moyen âge, p. 75). — Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, t. IV, p. 34 1.

LES THEATRES DE PARIS DE l548 A l635 3g

encore la salle des confrères : les précautions prises par ceux-ci déroutaient ce qui leur restait de leur ancien public. D'autre part, le public lettré avait vu se multiplier les représentations des collèges ; il s'était épris de la tragédie soi-disant antique, et ne prenait plus le cbemin du théâtre de la Passion. Pour attirer ceux-ci et pour retenir ceux-là, les confrères n'avaient pas assez de leurs moralités, genre vieilli aussi, et de leurs farces ; et pouvaient-ils compter sur les Romans et les Histoires que préconisait le Parlement, œuvres bâtardes sans doute, écrites sans talent ni conviction, où étaient conservés avec soin les procédés et les trucs de l'art du moyen âge, mais où son esprit et sa naïveté ne se retrouvaient plus ? On se lasse de l'insuccès, même quand on est une Confrérie et qu'on est attaché à ses traditions. Les con- * frères finirent donc par se dire qu'ils gagneraient plus' d'argent en louant leur salle à des comédiens, qui pour-i raient la remplir, qu'en s'obstinant à jouer eux-mêmes devant de rares spectateurs ; et une concurrence redou- ' table qu'il fallut subir en 1677, celle des comédiens Ita- \ liens les Gelosi, protégés par la cour ', acheva peut-être >J de les décider. Dès l'année suivante, 1578, nous voyons une vraie troupe 1 de comédiens paraître sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne. « 32 juillet, dit l'Inventaire 2 , marché fait entre lesdits maîtres et Agnan Sarat, Pierre

Dubuc, et autres compagnons comédiens par devant

1. Armand Baschet, les Comédiens italiens à la Cour de France, p. 73 à 76. Les Gelosi représentaient à l'Hôtel de Bourbon, quoique Moland les fasse bien à tort paraître sur la scène même de l'Hôtel de Bourgogne (Voy. son intéressant ouvrage sur Molière et la comédie itatienne). Une autre troupe italienne, celle d'Alberto Ganassa, avait déjà joué à Paris en 1571, mais le Parlement l'avait promptement expulsée ; elle reparut au service de la cour. Voy. Baschet. p. 19 sqq., qui signale vers la même époque le passage de deux autres troupes italiennes à Paris.

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