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Théâtre, t. I, Au sieur Hardy. «Théophile, contemporain

Laffemas le loue d'avoir fait plus de vers à lui tout seul que tous les contemporains ensemble 1 . Et un autre ami, renchérissant encore, dit qu'il a fait plus de tragédies que Sophocle, Eschyle et Euripide n'ont fait de vers '.

Hardy était sensible à ces éloges, si outrés qu'ils fussent 3 . Il veut qu'on sache qu'il compose rapidement ses pièces, comme si leur grand nombre même ne l'attestait pas suffisamment, et il nous prévient, en parlant d'une de ses pastorales, que « quinze jours de passe-temps l'ont mise sur pied..., sans que la moindre douleur ait précédé son enfantement * » .

Hardy a donc composé un très grand nombre de pièces, et les chiffres qu'il nous cite sont imposants. Malheureusement, ce sont des chiffres écrits un peu au hasard et d'une très vague approximation ; lui-môme savait-il le nombre exact de ses ouvrages? Les épîtres qui ouvrent le volume de Théagène et Cariclée montrent combien peu Hardy s'inquiétait de préciser ou simplement de faire concorder ses renseignements. Il dit à Payen qu'il a déjà écrit cinq cents poèmes dramatiques, et au lecteur que deux cents

de cet auteur, Ta loué ou peut-être raillé de cette fécondité » , dit de Léris, p. 5o,3. 11 n'y a pas ombre de raillerie dans tout cela.

i. Théâtre, t. I, A Monsieur Hardy. — Guéret fait dire à Hardy : « Deux mille vers sont bientôt faits, et l'on sait que bien souvent ils ne me coûtaient que vingt-quatre heures. En trois jours, je faisais une comédie, les comédiens l'apprenaient, et le public la voyait. » Guerre des auteurs, p. 57. Cf. Guizot, Corneille, p. i36;Godefroy, Hist. de la litt. fr., t. I, p. £09. Et la Beaupré, dans le Segraisiana, parle des pièces qu'on faisait aux comédiens en une nuit; voy. ci- dessous, p. 95.

a. T. II, stances de Lamy, avocat au Parlement. Voy. encore celles de Tristan, t. 1 et 111.

3. Il déclare quelque part que la qualité est préférable à la quantité, et que le nombre lui déplaît. Simple précaution oratoire. Voy. t. III, Au lecteur.

4. Préface de Corine, t. III. Lemazurier renchérit : « Jamais il n'employait plus de huit jours à la fabrique d'une pièce », ditil, t. I, p. 3. Cf. Lotheisscn, t. I, p. 399.

a l'hotel de bourgogne, les poètes a gages 93

poèmes dramatiques sont coulés de sa plume depuis Thèagène et Cariclêe. En faut-il conclure que cette œuvre avait été précédée de trois cents autres ? Cela paraît bien difficile, puisqu'elle était êclose pendant les bouillons d'une jeunesse.

Les épitres que nous venons de citer sont du commencement de 162 3. Vers la fin de 163 5, Hardy parle encore du nombre de ses pièces, et ce nombre n'a pas changé. « Lorsque ces vénérables censeurs, dit-il de ses adversaires, auront pu mettre au jour cinq cents poèmes de ce genre, je crois qu'on y trouvera bien autrement à reprendre l . » Évidemment Hardy ne s'était pas reposé depuis i6a3, mais il attendait sans doute pour changer son chiffre d'avoir atteint celui de six cents, et c'est ce qui était arrivé en 1628. ce Six cents pièces et plus de ce genre », dit-il en tête de son tome V a .

A cette date de 1628 s'arrêtent les renseignements donnés par Hardy : en tenant compte des réserves faites plus haut, nous n'avons pas de raison pour les contester. Il était facile aux contemporains d'en contrôler l'exactitude pendant une période assez longue : aurait-on cru à ses six cents poèmes, si l'on n'en avait vu jouer que six par an ? Et ne savait-on pas s'il en avait fait une centaine de 1623 à 1628 ? Acceptons donc pour ces cinq années le chiffre de cent, nous obtenons une moyenne de 20 par an, et puisqu'en 162 3 Hardy travaillait depuis trente ans pour le théâtre, il aurait pu avoir produit six cents pièces à cette date : il n'en accuse que cinq cents, avons-nous le droit de le taxer d'exagération ?

Ses contemporains sont loin de lui adresser un pareil reproche ; au contraire, ils l'encourent eux-mêmes, tant ils sont éblouis par sa fécondité, ce II faut donner cet aveu à

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