Chansons, p. i56 et 157. Le capitaine Fracasse portait il
LES ACTEURS # l8j
— Ton ne peut ouïr les rodomontades sans étonnement » . A la mort de Gaultier Garguille, on avait même enrôlé pour le remplacer un vrai docteur, qui avait abandonné la médecine pour courir la campagne en qualité de comédien et auquel on s'efforçait de faire une célébrité : Bertrand Harduin (ouTlardouin) de Saint- Jacques, dit Guillot Gorju 1 . Enfin, en décembre i634. le Roi, devenu le protecteur de l'Hôtel, lui adjoignait quatre comédiens enlevés au Marais et qui paraissent avoir été surtout des-
aussi le nom de Matamore ? On est tenté de le croire, puisque Corneille a donné le nom de Matamore à l'un des principaux personnages de V Illusion, jouée à l'Hôtel de Bourgogne en i636- (Voy. note n de l'Appendice) ; mais Tallcmant, VII, 174, a écrit de Mondory : « Ce fut lui qui fit venir Bellemore, dit le Capitan Matamore, bon acteur », et c'est pour « ce vivant Matamore du» théâtre du Marais, cet original sans copie, ce personnage admi~ rable », qu'a été écrit en 1637 ou I ^38 le Véritable capitan Matamore ou le Fanfaron de Mareschal (Corneille, t. II, p. kïlx). « Chaque théâtre eut son Matamore », dit Fournel, Contemp. de Molière, t I, p. xxxiii, « et divers indicesportent à croire que ce fut le même : une note manuscrite placée* au bas de son portrait {Cabinet des Estampes) le donne à entendre ». Qn'un même acteur ait ainsi appartenu en même temps aux deux théâtres, la chose parait fort invraisemblable. Mais il est probable que les deux théâtres avaient le même emploi et lui donnaient également le nom expressif de Matamore. Voy, Appendice, note v.
1. Voy. Jal, art. Gohju. Gui Ilot Gorju était le frère dur* avocat au Parlement, Joseph Hardouin de Saint-Jacques, qui avait inséré au t. I er du Théâtre de Hardy une pièce à l'éloge du dramaturge. On fait dire à Gaultier Garguille dans son Testament (Chansons, p. i5a-i53) : « Je... devais laisser un successeur qui fût digne d'occuper ma place. A cet effet, après y avoir longuement songé, je veux et entends que le vénérable Guillot Gorju cesse de courir la campagne et vienne jouer mon rôle h Paris et partout ailleurs où besoin sera, comme seul capable et habile à me succéder, car telle est ma dernière volonté ; et pour le laisser le plus semblable à moi qu'il se puisse, je lui donne et lègue mon habit noir à manches rouges... A la charge qu'il s'acquittera tous les Jours de comédie d'une chanson que je dois à perpétuité aux pages et aux laquais. »
iSS LE TMÉATRE FRANÇAIS AVANT LA PÉRIODE CLASSIQUE
farceurs : Jodelet, plus tard le héros de tant de pièces de Scarron, de d'Où vil le, de Thomas Corneille, de Molière lui-même 1 ; Alizon, qui devait aussi, donner son nom à une comédie, publiée en 1687*; La France ou Jacquemtn Jadot, qui sans doute, sous le surnom de Michau, reprit les rôles de Gaultier Garguille ; l'Espry, frère de Jodelet, <jui joua peut-être les spadassins et les valets sous le nom de Philippin 8 . Mais avec eux étaient aussi venus de chez MondOry Le Noir et sa femme, des tragédiens ; — Guiîlot Gorju, qui mourut en 1648 exerçant de nouveau la médecine, était probablement retiré du théâtre dès 1642 ; — la même année, Jodelet jouait le Menteur de Corneille au Marais, où il était donc revenu et où Ton a tout lieu de croire qu'il avait ramené son frère * ; — les autres n'ont eu qu'une réputation moindre. Ainsi les grands bouffons n'avaient pu être définitivement remplacés, oc II n'y a plus de farce qu'au Marais, où est Jodelet », écrira bientôt Tallemant 8 , 0: et c'est à cause de lui qu'il y en a ».
On le voit, ce n'est guère avant i63o que deux acteurs d'un grand talent mettent en pleine lumière et font rechercher par le public la comédie sérieuse et la tragédie. A cette date, Bélier ose, c'est-à-dire la grâce et la tendresse, . Mondory, c'est-à-dire l'énergie et la grandeur, prennent possession des deux théâtres de Paris : l'Hôtel de Bourgo-
1. Voy. dans la collection des Grands Ecrivains une note du Corneille, IV, ia3, et Molière, II, 36.
2. Alizon de L.-C. Discret, reproduite dans Éd. Fournier, le Th. fr. au xvi e et au xvn e s., p. 4oo et suiv.