ÉCLAIRAGE, COSTUMES
théâtres. La vieille tradition, d'après laquelle le rideau se levait à six heures pre'cises, devenait difficilement conciliable, au début du dix-neuvième siècle, avec la tendance qui reculait de plus en plus tard dans la soirée le dîner, fixé jadis à midi ou à deux heures (1). « Le dîner », pouvait-on écrire, « est aujourd'hui le plus grand ennemi du spectacle (2). » Avant même la création de la préfecture de police, dans les premières semaines de l'année 1800, le Bureau Central se voyait obligé de tolérer le lever de la toile après six heures, mais il continuait à exiger que le spectacle fût terminé « à neuf heures et demie pour les grands théâtres et à neuf heures précises pour les autres j, en indiquant (déjà!) qu'il serait facile de gagner du temps en abrégeant les entr' actes (3;. Onze ans après, au début de 1811, c'était partout qu'on ne commençait pins qu'à sept heures, sauf aux Variétés, qui demeuraient fidèles à six heures, et au populaire Ambigu, qui convoquait à cinq heures son public d'amateurs de mélodrames; le spectacle se terminait alors, avec l'acquiescement de la police, à dix heures et demie au plus tard (4;.
Au Théâtre-Français comme ailleurs, les bougies et les qidnquels s'étaient substitués aux classiques chandelles. Naturellement impossible à modérer au cours de la représentation^ l'éclairage était brillant, trop brillant même dans la salle, car malgré les feux de la rampe, la scène demeurait dans une pénombre préjudiciable à l'illu-
(1) Paris sous Napoléon, t. III, p. 207-209.
(2) Hexrion, Questions parisiennes, p. 51.
(3) Rapport d'ensemble sur le mois de pluviôse an VIII : Aulard, Pans sous le Consulat, t. I, p. Ittl.
(4) Rapport du pirfet de police, 1" janvier 18il : F7, 3835.
sion théâtrale (1). Quelques gens de goût étaient seuls à protester contre cette disposition vicieuse, qui flattait la badauderie des spectateurs, la coquetterie des spectatrices, et qui ne devait être en partie corrigée que dans les dernières années du dix-neuvième siècle, grâce à l'emploi du gaz et surtout de l'électricité.
Dans la tragédie, la réforme du costume, inaugurée sous Louis XV par Lekain et Mlle Clairon, était chose à peu près accomplie, grâce à l'influence du peintre David et aux efforts persévérants de ïalma. Par une rencontre piquante, le dernier réfractaire fut le propre beau-père du grand tragédien, le vieux Vanhove, mort en 1803. C'était lui qui ne comprenait pas qu'on l'empêchât d'exhiber sa tabatière dans le rôle de Louis XIII du Montmorency de Carrion-Nisas; lui encore qui s'indignait de ne pas trouver de poches à son costume de Burrhus, et qui ripostait superbement aux explications du costumier : « Est-ce que les Romains ne se mouchaient pas? ou bien prétendez-vous qu'ils se mouchaient avec les doigts (2)? » — Il va d'ailleurs sans dire que le costume antique n'avait alors au théâtre ni la variété ni la minutieuse et érudite exactitude qu'il emprunte aujourd'hui aux révélations de l'archéologie : de nos modernes reconstitutions, on ignorait le mot et la chose. Le même casque, inspiré du tableau des Sabines, coiffait indiffé-
(1) PcJouLX, Paris à la fin du dix-huitième siècle, p. 128-129.
(2) De Manne, la Troupe de Talma, p. 32-33. Le poète Arnault affirme avoir vu à Vanhove en 1791 « certaine cuirasse entre autres, dans laquelle il jouait indifféremment Mitliridate, Agamemnon et le vieil Horace, cuirasse de velours vert, à quatre poils, enrichie d'écaillés d'or et d'un trophée composé de canons, de tambours, de fusils groupés avec un goût exquis, et dans laquelle il s'était ménagé deux poches, l'une pour son mouchoir et l'autre pour sa tabatière. » {Souvenirs d un sexayénaire, t. I, p. 273-27^)
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remment Achille, Abner ou Cinna. Mais si large que demeurât la part de la convention et de l'anachronisme, ce casque n'en marquait pas moins un incontestable progrès sur la perruque, la poudre et le chapeau sous le bras. Quant à la comédie classique du dix-septième siècle, il s'y était introduit une bigarrure de costume qui lui donnait un aspect incohérent de bal masqué et qui avait fini par s'imposer à l'égal d'une tradition, la moins explicable qu'on pût rêver : « J'ai vu sur le premier théâtre de Paris, dans une pièce de Molière », écrivait un chroniqueur de la fin du Consulat, « les vieillards avec l'accoutrement des grimes et la calotte du temps de Louis XIII ; leurs valets avec la casaque et la perruque ronde, qu'ils portaient à l'origine du théâtre; le premier rôle avec l'habit brodé, la coiffure, la bourse, le plumet et les talons rouges du siècle de Louis XV; les femmes dans la même parure que celles qui, la veille, assistaient à Tivoli ; le jeune premier en chapeau rond, en frac, et la tête à la Titus, comme les jeunes gens du jour, et son valet avec la veste et le pantalon de jockey (i). » Gomme la comédie ne jouissait point alors de la faveur du public, on ne se mit pas sérieusement en peine de réprimer cette absurde anarchie.
Les portes du Théâtre-Français s'ouvraient en principe tous les soirs : mais cette règle souffrait en fait d'asse;! nombreuses exceptions.
(1) Lavallée, Lettres d'un mameluck, p. 113-114. Cf. Pujouh, Paris à la fin du dix-huitième siècle, p. 46-47.
Il sied de mentionner tout d'abord les relâches (c'est le mot consacré) des derniers jours de la semaine sainte, vestige et souvenir de la clôture sensiblement plus prolongée qui avant la Révolution était imposée d'autorité à tous les tbéàtres. Au début du Consulat, pour satisfaire aux convenances traditionnelles sans nommer des solennités religieuses qui n'étaient point officiellement reconnues, les comédiens prirent ce détour ingénieux et mesquin de donner pour cause au relâche la « fête de Longchamp (1) », qui avait lieu dans l'après-midi et ne pouvait porter un préjudice sérieux aux représentations du soir. Ce fut deux ans seulement après la publication du Concordat qu'ils se décidèrent à appeler les choses par leur nom : « 11 a été arrêté ce matin en assemblée générale convoquée à cet elfet que le théâtre serait fermé les mercredi, jeudi, vendredi, samedi suints, et le jour de Pâques (2).» L"année suivante il y eut un retour offensif de respect humain ou de passion antireligieuse, comme en témoigne l'évidente mauvaise grâce de cette mention : a Ce relâche a été motivé sur le jeudi saint. On avait joué le mercredi saint..., mais la recette n'ayant pas été en proportion du spectacle, on se détermina à faire relâche les jeudi et vendredi (3). » Soit que les comédiens eussent été admonestés en haut lieu, soit qu'ils fussent spontanément venus à résipiscence, ils changèrent de ton en 1806, et adoptèrent un langage tout à fait édifiant, parlant des jours « qui sont consacrés plus particulièrement aux exercices de piété et de religion et pour lesquels la Société a voulu montrer son respect (4; » . La règle était dès lors posée : mais pen-
(1) 13 germinal an IX (3 avril 1801) : Registres ; Arcli. Cora.-Fr.
(2) 6 germinal an XII (27 mars 1804) : Ibidem.
(3) 21 germinal an Xill (11 avril 1805) : Ibidem.
(4) Ibidem.
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dant le reste de la période napoléonienne, le relâche fut généralement limité au jeudi et au vendredi.
Des relâches plus fréquents et plus imprévus étaient imputables au manque de zèle d'une troupe pourtant fort nombreuse (1). Au printemps de 1800, les journaux se plaignaient que dans une représentation de Phèdre, représentation quelque peu improvisée à la vérité, on eût été obligé de confier à un homme, faute d'actrices, le rôle insignifiant de la suivante Panope (2). Quand c'était un des protagonistes qui faisait défaut, comme Talma dans Andvomaque, et qu'il prévenait au dernier moment, il fallait bien contremander la représentation. Lorsque la mauvaise volonté ou la négligence était patente, on infligeait au délinquant une amende égale au produit présumé de la recette (3;; mais la plupart du temps, on admettait les excuses fondées sur un accident de santé plus ou moins réel. Ainsi dans le cours du seul mois de thermidor an X (juillet-août 4802;, en dehors du relâche officiellement prescrit en raison de la fête de nuit pour l'anniversaire du Premier Consul, il n'y eut pas moins de quatre relâches occasionnés par un mal de pied de Mlle Mézeray, une sciatique de Dugazon ou en termes plus vagues « l'indisposition de quelques acteurs (4) » . A côté de « l'indisposition », le registre de l'année suivante mentionne de temps à autre « la fatigue (5j », excuse plus difficile encore à contrôler. Un peu plus tard, c'est i l'absence », absence clandestine et irrégu-
(1) En 1813, le personnel du théâtre, y compris il est vrai les machinistes, figurants et subalternes, montait à 174 têtes (Salgues, De Paris, p. 189).
(2) Journal des Débats, 16 germinal an VIII (feuilleton).
(3) AuLARi), Paris sous le Coiisulal, t. IV, p. 591.
(4) Registres; Arcli. Com.-Fr.
(5) Ibidem
lière, que le rédacteur se voit forcé de constater, en même temps que l'abandon des vieilles traditions de zèle pour le service et de dévouement à la maison. Le 6 octobre 1809, après avoir noté que quatorze personnes se sont trouvées indisponibles, il ajoute sur un ton attristé : « C'est une chose qui ne s'était peut-être jamais vue depuis que la Comédie existe (i). »
En effet, quand il en avait le temps matériel, le comité s'ingéniait à improviser un ou plusieurs spectacles de rechange avant de se résigner à faire apposer en travers des affiches la fâcheuse bande annonçant le relâche. Voici, pour prendre un exemple entre plusieurs, la suite des vaines démarches dont l'échec fit en désespoir de cause supprimer la représentation du 30 prairial an X (19 juin 1802) : « On devait donner le Mariage de Figaro. Le spectacle fut changé le 29 à onze heures du soir parce que le c. Dugazon devait assister le 30 à une représentation d'Alzire qui se donnait chez le c. Lucien Bonaparte à Neuilly (2). A minuit on mit à la place Wenceslas. Le c. Monvel écrivit à une heure après minuit qu'il ne pouvait jouer. On mit Tancrède à la place. Le c. Talma fit dire dans la matinée qu'il était malade; on chercha le c. Lafon pour jouer à sa place, on ne le trouva pas et on fit relâche (3). »
Les exigences du service de cour, en appelant une partie de la troupe dans les résidences impériales et parfois même loin de la capitale, furent une fréquente cause de relâche, et provoquèrent à plusieurs reprises
(1) Registres; Arch. Com.-Fr.
(2) Dugazon, comme il sera dit plus loin, était le metteur en scène des spectacles d'amateurs qui se donnaient dans la famille et l'entourage du Consul.
(3) Registres; Arch. Com.-Fr.
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les murmures des Parisiens (1). Mais, par une contradiction familière à l'esprit humain, ce même public, qui maugréait quand la salle était fermée, ne montrait rien moins que de l'empressement à la remplir. Les jours où l'on refusait du monde étaient assez rares pour que la police crût devoir en faire mention dans ses rapports, comme d'un événement anormal (2). Par contre^ les spectateurs étaient souvent clairsemés, si clairsemés parfois que l'administration croyait devoir négocier leur retraite : « Au moment de commencer, il s'est trouvé si peu de monde dans la salle qu'on a proposé à ceux qui y étaient de leur rendre leur argent; ils y ont consenti et se sont retirés (3). »
Cette abstention du public avait pour cause tantôt une illumination qui retenait les badauds dans la rue, tantôt une première représentation à quelque autre théâtre, tantôt simplement la saison d'été, qui éloignait de Paris les acteurs en renom et une partie des amateurs, sans que ceux-ci fussent remplacés comme à présent par l'afflux des provinciaux et des étrangers. Durant la canicule, il advenait que les portes demeurassent closes deux et trois fois par semaine : « Ce relâche »j expliquait- on sans vergogne, «■ a été motivé sur la grande chaleur (4). » L'autorité supérieure, représentée en l'occurrence par Mme de Rémusat, interdisait aux comédiens en septembre 1804 d'afficher la r/o(«/re permanente : mais elle tolérait les relâches intermittents, fondés sur la ï beauté » delà saison (5). Ces fermetures improvisées
(1) Des détails seront donnés à cet égard dans le chapitre relatif aux spectacles de la cour.
(2) Rapport du préfet do police, 30 germinal an XI (20 avril 1803) : AuLARD, Paris sous le Consulat, t. IV, p. 10.
(3) 5 germinal an IX (26 mars 1801) .• Registres; Arcli. Com.-Fr.
(4) Tliermidor an XI, passim : Ibidem.
(5) Mme de Réniusat à son mari, 25 fructidor an XII (12 septembre 1804) : Lettres, t. I, p. 25.
au hasard de la hausse du thermomètre, du manque d'empressement des spectateurs, du défaut de zèle des acteurs, feraient scandale en notre temps de laisseraller; elles étaient alors passées en habitude, et im gouvernement pourtant très appliqué au maintien et au rétablissement de la discipline jugeait à propos de fermer les yeux.
Dans un théâtre peu achalandé, la tentation est irrésistible pour l'administration de donner l'illusion du succès en prodiguant les billets « de faveur » . Dans un théâtre dépendant du gouvernement, le plus humble fonctionnaire est porté à revendiquer son entrée « de droit » . Ce doul)le abus contribuait à appauvrir encore les recettes du Théâtre-Français. Au printemps de 1802, un vieil amateur pouvait écrire : « Autrefois, les billets donnés ne se remarquaient point et se confondaient dans la foule; aujourd'hui, c'est un attroupement considérable, qui ne donne pas peu de peine aux sentinelles et aux portiers chargés de viser les passeports (1). » Vers la même époque, d'après une note remise par le sociétaire Dazincourt au conseiller d'État Rœderer, en sus de dix loges attribuées de fondation à dilïérents personnages officiels, en sus également de soixante billets pour le ministre de l'intérieur et des places, en nombre variable, exigées par la police, les divers ministères réclamaient neuf cents billets par mois : le tout représentait mensuellement un prélèvement ou un manque à
(1) Journal des Débats, 4 floréal an X (feuilleton de Geoffroy).
gagner d'environ cent mille francs (1). Quand il eut connaissance de ces chifTreSj le Premier Consul indigné prit un arrêté pour amorcer tout au moins la réforme, en commençant par les grands fonctionnaires bénéficiaires de loges : « A compter du 1" vendémiaire an XI, le prix des loges, par quelques personnes qu'elles soient occupées, sera versé dans la caisse du théâtre (2). » Le chef de l'État donna l'exemple, en payant scrupuleusement sa loge (3). De leur côté, les comédiens reçurent l'invitation de restreindre la distribution aux particuliers des billets gratuits : réduits de moitié en septembre 1802 (4), ces billets furent totalement supprimés en principe au mois de mars 1804, mais une imprudente galanterie en fit subsister quelques-uns pour « les dames (5) », et l'abus reparut par cette fissure.
Napoléon eût souhaité de réaliser ce que nous appelons le théâtre ou les représentations « populaires » : devant le Conseil d'État, il exprimait le regret que le Théâtre-Français n'abaissât point le dimanche à vingt sous les places du parterre, « afin que le peuple put en jouir (6) » . Mais d'autre part, il considérait comme un gaspillage la profusion des billets de faveur, qui ne profitaient pas au vrai peuple. A tort ou à raison, il se persuadait que les bénéficiaires de ces billets étaient le plus souvent responsables des tumultes qui de temps à autre éclataient dans le parterre. C'est ce qu'il écrivait à
(i) RcEt.ERER, Œuvres, t. III, p. 414-415.
(2) Arrêté du 13 messidor an X : Laugier, Documents historiques sur la Comédie-Française, p. 66.
(3) En 1806, la cassette impériale versait à cet effet 3 000 fiancs par trimestre (Maze-Sencier, les Fournisseun de Nayoléon, p. 115).
(4) AuLARD, Paris sous le Coasulat, t. III, p. 238.
(5) Ibidem, t. IV, p. 716.
(6) 18 avril 1806 : Pelet ue la Loïère, Opinions de Napoléon, p. 289.
Fouché, pendant un séjour à Fontainebleau en octobre 1807, en spécifiant : « Mon intention est que l'usage de la distribution de ces billets cesse entièrement au 1" novembre (1). » En effet, l'article 26 du décret du 4" novembre 1807 (le décret qui créait un surintendant des spectacles et réglait à nouveau l'administration des grands théâtres) supprimait expressément « toutes les réserves de loges, entrées de faveur ou de bienveillance, billets gratis et facilités semblables. . . , saufles entrées personnelles des auteurs » . Si complète que semblât l'énumération, le mal se perpétua cette fois encore, car en 1811 un chroniqueur montrait les meilleures places de l'orchestre et de l'amphithéâtre livrées « aux billets donnés, aux femmes de chambre des actrices » ; il est vrai qu'il en accusait un caprice de la mode, grâce à laquelle * les balcons, d'où l'on ne voit les acteurs et les décorations que de profil, sont tout à la fois les places les plus incommodes, les plus distinguées et les plus chères (2) » .
Le droit des pauvres, ou prélèvement sur les recettes brutes au profit des hospices (3), datait sous sa forme moderne de la loi du 7 frimaire an V; la perception en fut d'abord autorisée d'année en année, puis le décret du 9 décembre 1809 lui donna une durée indéfinie. La taxe, fixée à dix pour cent dans les théâtres proprement dits, était directement perçue par les agents du fermier ou régisseur intéressé avec lequel le conseil des hospices avait traité : après avoir payé le prix de leurs places, les spectateurs devaient se présenter à un second guichet pour acquitter le droit des pauvres (4).
(1) 27 octobre 1807 : Correspondance, 13303.
(2) De Jorv, l'Hermite de la Cliaussée-d'Antin, t. I, p. 114.
(3) Cf. Paris sous Napoléon, t. V, p. 33-34.
(4) Maxime du Camp, Paris, ses organes..., t. IV, p. 82.
Sans être officiellement syndiqués en société comme aujourd'hui, les auteurs dramatiques se groupaient pour la défense de leurs intérêts matériels. Une convention type, datant de la fin du Directoire, leur attribuait au Théâtre-Français un huitième de la recette pour quatre ou cinq actes, un douzième pour trois actes, un seizième pour un ou deux actes. La propriété des pièces était pleinement acquise au théâtre dix ans après la mort de l'auteur (1). Cette convention générale ne mettait pas obstacle à des contrats particuliers, comme celui par lequel le poète Ducis fit en 1803 abandon immédiat de la propriété de ses œuvres, moyennant une pension viagère de loOO francs (2). A la suite de la publication du décret du 5 février 1810 sur l'imprimerie et la librairie, les auteurs dramatiques sollicitèrent du ministre Montalivet une modification de la convention : ils auraient voulu que par analogie avec les auteurs de livres, le droit de propriété fût assuré à leurs héritiers pendant les vingt années consécutives au décès. Les sociétaires ripostèrent par un contre-mémoire (11 mai 1811 1, qui à côté d'arguments juridiques alléguait surtout la situation de fait du théâtre, très précaire au point de vue financier (3).
Cette situation budgétaire attira à plusieurs reprises l'attention du gouvernement, qui vint efficacement en
(1) En 1806, obéissant à une préoccupation qui s'est souvent depuis lors manifestée sans succès, les ministres de l'intérieur et de la police proposaient que la rejtrésentation des pièces des auteurs décédés donnât lieu à la perceiition d'un droit spécial, « pour secourir les auteurs vivants, les artistes et leurs familles ». Cette idée fut écartée par le Conseil d'État (Pelet de la Lozère, Opinions de Napoléon, p. 288).
(2) Alfred Copin, Talma et l'Empire, p. 22.