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L'ORATEUR, L'AFFICHÉ

De nos jours, la réclame a remplacé l'orateur et ses séduisantes harangues, et la quatrième page des journaux: ajoute à l'affiche une publicité qui n'existait pas alors.

Au temps de Ghappuzeau, les affiches sont rouges pour l'Hôtel de Bourgogne, vertes pour le théâtre Guénegaud, jaunes pour l'Opéra *. Ghappuzeau ne dit pas quelle couleur on a laissée aux Italiens.

Au même temps, elles ne portent que le nom des auteurs, et seulement depuis le Pyrame de Théophile et la Sylvie de Mayret2. L'usage d'y placer

dans la ville du grand roi. Il faut convenir pourtant que sous sa forme moderne ce résumé étrange est d'une rigoureuse fidélité :

« Polyeucte, drame héroïque en cinq actes, par le grand Corneille, etc., etc.

« Acte 1QV. Le Songe d'une Romaine.

« Acte 2. Amours héroïques.

« Acte 5. Sacrilège!...

« Acte 4. Le Martyr.

« Acte 6*. Un Miracle...

1. P. 248. Les affiches, au temps de Scarron, étaient souvent en vers, et Scarron lui-même en rédigea deux, que l'on peut lire dans le recueil de ses poésies.

2. C'est-à-dire vers 1625. Depuis cette époque, dit Sorel, « les poètes ne firent plus de difficulté de laisser mettre leur nom aux affiches des comédiens, car auparavant on n'y en avait jamais vu aucun ; on y mettait seulement le nom des pièces, et les comédiens annonçaient seulement que leur auteur leur donne une comédie nouvelle de tel nom » . Bibliothèque française, p. 183. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'au temps du Cid (1636) le nom du poëte était sur l'affiche. L'auteur du Discours à Cliton dit au sujet de cette tragédie : « Je n'en connais l'auteur que de nom et par les affiches des comédiens » (p. 10). Il paraît même que les affiches donnaient aussi d'habitude d'autres détails, puisque Scudéry, en reprochant à Corneille de n'avoir, après tout, fait qu'une traduction de l'espagnol, remarque ■que : Ni Mondory, ni les affiches, ni l'impression, n'en disent rien. » (Les fautes remarquables de la tragi-comédie du Cid, 1637, p. 35.)

aussi le nom des acteurs ne date que de 1789 ^ Un imprimeur en a le privilège. Je trouve dans les registres, à la date du vendredi 31 juillet 1676 : « L'on ne joua point vendredi, à cause de la pièce nouvelle due à l'afficheur. » Il semble qu'il ait refusé d'afficher parce qu'il n'était pas payé2. Rien ne prouverait mieux la détresse de l'ancienne troupe de Molière à cette époque, que cette cause forcée de relâche 3.

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