‹ Le théâtre incompletChapitre 10 sur 74 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

BOURR.^T, MAILLET

B0URR.\T. — Halte!... (// s'avance.) Garde à vous!

Maillet, rectifiant la position. — Mon général !

B0URR.\T. — Ah! Je vous y pince!

Maillet. — A quoi, mon général?

Bourrât. — Repos! {Maillet reptend sa position naturelle.) Capitaine"' '"■" ^"^ '.'^us nve/, fait n'est pas bien !

Maillet. — Qu'est-ce que j'ai fait?

Bourrât. — Comment? Qu'est-ce que vous avez fait?... Ma parole, on dirait que vous n'avez pas conscience de vos actes! (Mouvement de Maillet.) Silence!... Je parle!... Capitaine Maillet, vous ne vous êtes pas conduit comme un galant homme.

Maillet. — Ah ! Pardon ! Je...

44 Vl^ BAISER SUR LE FRONT

Bourrât, l'interrompant. — Ainsi, vous tombez chez de braves gens qui vous donnent l'hospitalité, et, pour les récompenser, vous ne trouvez rien de mieux que de séduire leur nièce! Comment appelez-vous cela?... Hein?... Répondez!

Maillet. — Je... je ne l'appelle pas !•..

BOURRAT, — Eh bien, moi, je ne l'appelle pas non plus !... Oh ! je sais bien. Vous êtes jeune, fringant ; vous avez trois galons ! Les filles se laissent prendre aisément au prestige de l'uniforme. Mais vous ne deviez pas en abuser!... Mille dieux!... Si tout le monde abusait du prestige de l'uniforme, la vie deviendrait impossible pour les civils!... Qu'en pensez- vous?

Maillet. — Je pense comme vous, mon général !

Bourrât. — Vous pensez comme moi, mais vous n'agissez pas de même!... Moi, je suis de marbre!... Réfléchissez, capitaine. Supposons que vous soyez arrivé à vos fins, que deviendrait ensuite cette enfant?,.. Vous l'abandonneriez!

Maillet. — Mais non!...

Bourrât. — Vous ne pourriez pas faire autrement!... Vous ne pouvez pas l'épouser, puisque vous êtes marié!

Maillet, étonné. — Ah! Vous savez?...

Bourrât, — Je sais tout! Vous m'étiez recommandé par votre beau-frère le président Hemout

J'ai vos notes; vous êtes jeune marié et votre femme est charmante, paraît-il!...

Maillet, regardant la porte de gauche. — Oui! Elle est charmante !

Bourrât. — Vous n'en êtes que plus inexcusable!... Saprclotte! Si vous aviez envie de la revoir, il fallait me demander une, permission !-.. Maillet, plein d'espoir. — Ah! Si j'avais su!... Bourrât. — Cette permission, je vous l'aurais d'ailleurs refusée. Nous avons autre chose à faire que de nous occuper de ça !.., Votre femme, vous la retrouverez plus tard, après la paix!

Maillet. — Si je la faisais venir l Près d'ici! Bourrât. — Pas de ça!... Je vous ferais passer en conseil, comme les autres !

Maillet, désolé. — Bien, mon général!

Bourrât. — Mais ce n'est pas une raison pour vous adresser au premier jupon venu; aussi, vous allez me donner votre parole de renoncer à cette petite...

Maillet. — Mon Général ! Vous ne savez pas ce que vous demandez!

BOURR.^T. — Si, je le sais; mais j'agis pour votre bien!... Il ne faut pas prendre des responsabilités que l'on ne peut tenir; et c'est pour le bien de l'enfant; elle est fiancée!... Elle se consolera vite. Du reste, je pense qu'il n'y a pas eu de mal. Je suis arrivé ici, un quart d'heuie après vous!... Vous

n'avez pas eu le temps de commettre des bêtises irréparables !

Maillet, triste. — je n'ai pas eu le temps !

Bourrât. — Oubliez donc ce petit roman rapide. Il ne vous laissera ni regret, ni remords!.- Et allez me chercher la jeune personne !... Je veux lui parler ! Seul à seule !

Maillet. — Cependant, mon général! Je voudrais savoir vos intentions!

Bourrât, violent, — Qu'est-ce à dire! Est-ce que cela vous regarde? Quand je vous donne un ordre, vous n'avez qu'à obéir!

Maillet. — Bien, mon général ! (A part, allant à la -porte de gauche^) Mademoiselle! (// frappe^ Voulez-vous venir? Le général vous demande!

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