‹ Le théâtre incompletChapitre 22 sur 74 · SCENE Vin · texte numérisé non relu

SCENE Vin

JABU, MOUSSOTTE

MoussOTTE, à Jabu. — Monsieur, vous excuserez ce i>etit intermède. Il n'était nullement pré\Ti.

Jabu. — La race des vieux serviteurs s'en va !

MOUSSOTTE. — Hélas ! Voyons ce qui vous amène, monsieur?

Jabu. — Monsieur Moussotte, j'ai entendu dire qu'il y avait une vacance dans le corps de vos ingénieurs.

MOUSSOTTE. — Qui vous a dit ça?

Jabu. — C'est... c'est la. rumeur publique...

MOUSSOTTE. — De quoi se mêle-t-elle? Je suis très content du corps de mes ingénieurs! D'ailleurs, ils sont un 1 Pourquoi me serai-je débarrassé de cet ingénieur?

Jabu. — Parce que vous l'avez pincé en train de danser le tango!

MOUSSOTTE. — Ah! ça, monsieur, vous êtes de la police?

Jabu. — Malheureusement, non! Sans ça, je n'aurais pas à chercher une position !

MOUSSOTTE. — Allons donc! Comment sauriezvous ce que je n'ai dit à personne?

Jabu. — Par déduction... Passons! Il y a une place libre... je me permets de vous la demander... Je me recommande de ma vieille amie, mistress Grinsby.

Mous SOTTE, furieux. — Ah! Vous connaissez cette personne?

MoussOTTE. — Elle a empoisonné ma vie, vous entendez! Elle a introduit la danse de Saint-Guy chez moi ! Et s'il y a une justice, cette femme finira dans les plus atroces supplices !

Jabu, penaud. — J'aime mieux vous avouer que je ne la connais pas du tout.

MoussOTTE. — Alors, pourquoi vous recommandez-vous d'elle ?

Jabu. — Je ne sais pas ! Une idée conmie ça ! On ne m'y reprendra plus !

MoussOTTE. — Je vous le conseille... Asseyezvous !

Jabu, timide. — Est-oe bien nécessaire ? Enfin ! 'Jl s'assied.)

MOUSSOTTE. — Vous êtes ingénieur? De quoi?

Jabu. — Des mines... Je suis sorti premier de l'Ecole polytechnique-..

MOUSSOTTE, sarcastique. — Oh ! monsieur ! Tous les polytechniciens disent la même chose.

Jabu. — Pardon! J'ai sur eux une grande supé-

riorité : c'est qu'en réalité, je suis sorti deuxième...

MOUSSOTTE. — Eh bien, monsieur, moi, je suis aussi sorti premier d'une école...

Jabu, interloqué. — Je la connais... sans la connaître !

Jabu, poli. — Ah! Laquelle?

MoussOTTE. — L'école de l'adversité... Je suis à présent le chef d'une usine qui occupe quatre cents ouvriers! Je n'ai pas de diplômes... et je puis le crier bien haut : je me suis fait moi-même !

Jabu, aimable. — On fait ce qu'on peut !

MoussOTTE, se montant. — Oui, monsieur! Je n'ai pas de diplômes, moi, et, par mon seul mérite, je suis parvenu à...

Jabu, V interrompant. — Oh! parvenu!-. Vous vous calomniez ! Vous êtes arrivé !

MOUSSOTTE. — Oui... je suis arrivé! Enfin, c'est pour vous dire que je ne fais aucim cas des parchemins...

Jabu, triste. — Si Peau d'Ane m'était compté, j'y prendrais un plaisir extrême.

MOUSSOTTE. — Enfin, combien voulez-vous gagner?

Jabu. — Un tiers en plus de ce que vous m'offrirez.

MOUSSOTTE. — Ça ne dépassera pas deux cents francs par mois. Vous refusez?

jABU. — Non. J'accepte!

io6 LA DANSE A LA MODE

MOUSSOTTE. — Ce n'est pas passible!

Jabu. — J'accepte, parce que je sais que vous, vous n'accepterez pas !

MoussOTTE, étonné. — Que signifie?

Jabu. — Je suis trop bien l'homme qu'il vous faut, pour que vous m'engagiez... Je sais cela par expérience! Comment? Je possède à merveille les notions nécessaires au contrôle de votre fabrication? Je puis améliorer vos méthodes ! Vous rendre service en un mot! Par-dessus le marché, j'ai des diplômes ! des références ! Foin ! Raca ! Je ne serai jamais votre ingénieur!

MOUSSOTTE. — Est-ce que vous vous moquez de moi, monsieur?

Jabu. — Nullement, monsieur Moussotte, je n'oserais pas!

Moussotte. — Monsieur... arrêtons-nous là... Je ne veux pas vous faire perdre votre temps... Je prends...

Jabu, lui coufant la parole. — Bonne note de ma demande?

Moussotte. — Oui... et...

Jabu. — Vous m'écrirez dès qu'il se produira une vacance? Je vous remercie du fond du cœur!

Moussotte. — Quel étrange garçon ! Vous avez l'air d'un mouton enragé.

Jabu. — Je suis ce que je suis, ça ne regarde personne... Je ne vous dis qu'une chose, monsieur Mous-

sotte... Nous nous retrouverons un jour! Et cette fois, c'est vous qui me supplierez d'entrer chez vous !

MOUSSOTTE. — Vous m étonnez; pourtant tout arrive ! Permettez que je vous reconduise !

JABU, sortant à droite. — Inutile! Je connais le chemin... l'escalier de service! Adieu, monsieur! {Fausse sortie?;

MoussOTTE, seid. — Quel original ! Est-ce qu'il n'est pas un peu fou? Après tout, qu'il aille se faire pendre ailleurs î

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