‹ Le théâtre incompletChapitre 41 sur 74 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GEORGETTE, LAURE, M. MAUDROU, pîâs ADELE.

Laure, violetnment. — Voici le cxDurrier de 3 heures.

MaudROU. — Ma chère sœur, tu m'annonces toujours le courrier comme un événement !

Laure. — Des lettres... c'est toujours un événement! C'est de l'imprévu sous enveloppe!

Maudrou, -prenant les lettres. — De l'imprévu! Pour un marchand de chauffe-bains... tu exagères !

Laure. — Sans doute! Je suis romanesque! Je tiens de ma mère! Toi, tu tiens de notre père, qui a inventé un chauffe-bains perfectionné, lequel ne marcha pas...

Maudrou. — Moi, son fils, je l'ai fait marcher!

Laure. — Bah! les chauffe-bains ne marchent plus, depuis la guerre... Ils sont comme moi, ils éclatent.

Maudrou. — Tant mieux! Ça fait des réparations! On gagne sur les réparations! Laisse-moi. Je vais dépouiller le courrier de Lyon. (// se -plonge dans son courrier^

Laure, à Georgette, bas. — Georgette?

GEORGETTE, se retournant. — Quoi, ma tante?

Laure, bas. — Une lettre pour toi.

Georgette. — Une lettre?

Laure. — Franchise militaire. C'est de ton filleul ! Aussi, je l'ai dissimulée...

Georgette, prenant la lettre. — Pourquoi? {Allant à Maudrou^ Papa! Une lettre de mon filleul Ouvre- la !

Maudrou, dans ses comptes. — Ça va bien, Georgette! Ouvre-la toi-même! Ou donne- la à ta tante Laure.

Georgette. — Oui, papa! [Elle revient vers Laure.)

Laure, prenant la lettre. — Tu permets?

Georgette. — Vas-y. Ça ne m'intéresse pas!

Laure. — Moi, ça m'intéresse.

Georgette. — Je comprends! C'est toi qui écris toutes mes lettres à ce pauvre poilu !

Laure. — Tu l'as adopté par snobisme... Mais si je n'étais pas là pour lui écrire, il n'aurait pas souvent de missives, ni de paquets !

Georgette. — C'est vrai ! Je suis très négligente.. Qu'est-ce qu'il chante, mon filleul?

Laure, lisant la lettre. — « Ma jolie marraine, j'ai bien reçu votre lettre du 30... Vous m'avez dit des choses qui me sont allées au cœur! >

Georgette:, étonnée. — Ah bah! Tu lui avais dit des choses...

Laure, confuse. — J'avais laissé courir ma plume !

Georgette. — Sapristi ! Et tu l'avais signée de mon nom?

Laure. — Evidemment! Tu m'avais passé ton filleul... et la signature !

Georgette, inquiète. — Tu n'es pas allée trop loin, au moins!

Laure. — Que non ! {Lisant.) « J'ai deviné, entre les lignes, le sentiment tendre que vous voulez bien me dédier... »

Georgette, furieuse. — Ah ! c'est trop fort !

Maudrou, relevant la tète. — Qu'est-ce qu'il y a?

Georgette. — Rien, papa ! Rien !

Maudrou, rentrant dans ses comptes. — Bon! Bon!

Georgette, bas à Laure. — Mais, ma tante, je ne le connais pas, ce M. des Merlettes!

Laure. — C'est un héros ! Tu te souviens qu'il a été nommé sergent dans la Somme... Il te l'a écrit...

Georgette. — Et c'est toi qui lui as répondu, en mon nom... Qu'est-ce que tu as bien pu lui raconter?

Laure. — Que j'étais... pardon ! que tu étais fière de lui ! Et que je... que tu l'attendais ardemment, pour tresser sur son front des couronnes de laurier !

Georgette. — Saprelotte!

Maudrou, de loin. — Quoi encore?

Georgette. — Rien, papa ! Je cause avec tante Laure. (A Laure?) Lis la suite...

Laure, lisant. — « Vous avez été mon soutien, dans ces jours d'épreuve! Aussi, je vous ai voué une tendresse inaltérable. J'aurai une permission bientôt, et j'irai, près de vous, recueillir la plus belle des récompenses qui soit promise à un soldat qui a fait simplement son devoir. Votre affectionné, des Merlettes. ); C'est tout!

GeoRGETTE. — Oh ! Ça passe les bornes !

Maudrou, de loin. — Quoi encore?

Georgette. -^ Rien, papa! Fais tes comptes! (A Laure.) Ma tante, j'ai eu tort de te confier la signature

Laure. — Pourquoi? J'écris mal?

Georgette. — Je ne sais pas, tu ne m'as pas montré tes lettres ! Mais tu as oublié que j'étais une jeune fille!

Laure. — Moi aussi, je suis une jeune fille!

Georgette. — Mais pas de la même génération... Toi, tu es de la génération spontanée !

Laure. — C'est vrai... Mon cœur me guide !

Georgette. — Tu as dû dire à ce militaire des choses... romantiques.

Laure. — Et après?

Georgette. — Et après, c'est moi qui suis responsable! Et je t'assure que ce M. des Merlettes m'est fort indifférent.

Laure. — Cependant, il t'a beaucoup de reconnaissance... Lis le post-scriptum...

Georgette, lisant. — <( Merci pour votre envoi de comestibles... C'était excellent. On s'est régalé! » {Emue^ Pauvre garçon ! Tu lui avais envoyé des vivres ?

Laure. — Sous ton nom, bien entendu ! Je suis la marraine par procuration !

Georgette. — Ma chère tante Laure, tu es un ange... un ange un peu toqué! Mais je t'aime de tout mon cœur!

Laure, V embrassant. — Ma chérie... Tu ne m'en veux pas? Dis donc! S'il vient, tu ne le recevras pas trop mal?

Georgette. — Je te l'enverrai... Tu lui montreras les monuments.

xA.DÈLE. — Mademoiselle! il y a là M. Causse et sa demoiselle!

MaudROU, levant la tète. — Causse! mon associé! Faites entrer!

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