MARIANNE, GERARD
M;\RI.\NNE, entrant au fond, à la cantonade, — \uprès du buffet. Je vais voir...
GÉRARD, la saluant. — Mademoiselle Macreuse!
Marianne. — Monsieur.
GÉRARD. — Vous ne me reconnaissez pas?... Je suis le baron d'Hennequeville, avec qui vous avez dansé au bal de la Vieillesse.
Marianne. — Oh!... Parfaitement... Je venais chercher l'écharpe de maman.
GÉRARD. — Vous avez le temps de la rapporter... Je suis si heureux de vous rencontrer!...
Marianne. — Moi aussi, je suis heureuse... mais...
GÉRARD. — Mais quoi?... Je vous déplais?
Marianne. — Nullement... c'est maman qui m'a défendu de causer longtemps avec les messieurs, quand je ne danse pas !
GÉRARD. — Qu'à cela ne tienne... dansons... Vous voulez bien?
Marianne. — Très volontiers... Quand je danse, vous pouvez me dire tout ce que vous voulez... {Ils commencent à valsera)
GÉRARD. — Je puis vous dire que vous aviez fait sur moi une impression très vive... Ça ne vous fâche pas?
Marianne. — Au contraire !
GÉRARD. • — Que je pense à vous depuis ce bal, et que votre chère image ne me quitte pas !...
Marianne. — Mon cousin Desvalettes me l'avait dit...
Gérard. — Ce bon Desvalettes !... Oui. mademoi-
L'LXTKA 201
selk Marianne, je sens que j'ai pour vous un sentiment très tendre... que je vous aime enfin !
Mari.\NNE, pâmée. — Quel exquis mot !
GÉRARD . — Quoi.^ Quel Esquimeau? Qui ça!
Marianne. — Je veux dire : Je vous aime, quel mot exquis! C'est bon de valser pendant qu'on vous dit ça !..
GÉRARD. — Et vous, mademoiselle, que ressentezvous pour moi? De l'indifférence?
Marianne. — Non !.. Oh ! non !
GÉRARD. — Un peu mieux? De l'amitié... pas plus?
M.\RIANNE. — Si, plus que de l'amitié !
GÉRARD. — Quoi? Dites-moi?
Marianne. — Monsieur, la valse est finie... Je suis forcée de vous quitter !
GÉRARD. — Pas avant de m'avoir fixé sur vos sentiments... Mademoiselle, il y va de tout mon bonheur, de ma vie!...
Marianne, remontant. — Non... il n'y a plus de musique... je serais grondée !
GÉR.\RD. — Quel dommage!... Ah!... Ecoutez! La musique reccMnmcnce... Restez !
Marianne. — Qu'est-ce que c'est que cet air-là?
GÉRARD. — La nouvelle danse : la Crampette.
Marianne. — Comment cela se danse-t-il ?...
GÉRARD. — C'est très simple et très joH : on se tape trois fois le bas du dos l'un contre l'autre-
deux pas de polka à droite, deux à gauche ; on se frotte le nez; encore la polka et on recommence. Voulez- vous essayer? Dos à dos!...
Marianne. — Volontiers...
GÉRARD, tafant le dos. — Une, deux, trois, mademoiselle... Je veux vous poser une question...
Marianne. — Allez !...
GÉRARD. — Je vous aime... deux pas de polka... J'ai ving^-cinq ans, un joli nom... un pas de polka... et deux cent mille livres de rentes. Du moins, je les aurai quand on me les rendra...
Marianne. — Taisez-vous, voilà maman.