‹ Le théâtre incompletChapitre 62 sur 74 · MARIANNE, GERARD · texte numérisé non relu

MARIANNE, GERARD

M;\RI.\NNE, entrant au fond, à la cantonade, — \uprès du buffet. Je vais voir...

GÉRARD, la saluant. — Mademoiselle Macreuse!

Marianne. — Monsieur.

GÉRARD. — Vous ne me reconnaissez pas?... Je suis le baron d'Hennequeville, avec qui vous avez dansé au bal de la Vieillesse.

Marianne. — Oh!... Parfaitement... Je venais chercher l'écharpe de maman.

GÉRARD. — Vous avez le temps de la rapporter... Je suis si heureux de vous rencontrer!...

Marianne. — Moi aussi, je suis heureuse... mais...

GÉRARD. — Mais quoi?... Je vous déplais?

Marianne. — Nullement... c'est maman qui m'a défendu de causer longtemps avec les messieurs, quand je ne danse pas !

GÉRARD. — Qu'à cela ne tienne... dansons... Vous voulez bien?

Marianne. — Très volontiers... Quand je danse, vous pouvez me dire tout ce que vous voulez... {Ils commencent à valsera)

GÉRARD. — Je puis vous dire que vous aviez fait sur moi une impression très vive... Ça ne vous fâche pas?

Marianne. — Au contraire !

GÉRARD. • — Que je pense à vous depuis ce bal, et que votre chère image ne me quitte pas !...

Marianne. — Mon cousin Desvalettes me l'avait dit...

Gérard. — Ce bon Desvalettes !... Oui. mademoi-

L'LXTKA 201

selk Marianne, je sens que j'ai pour vous un sentiment très tendre... que je vous aime enfin !

Mari.\NNE, pâmée. — Quel exquis mot !

GÉRARD . — Quoi.^ Quel Esquimeau? Qui ça!

Marianne. — Je veux dire : Je vous aime, quel mot exquis! C'est bon de valser pendant qu'on vous dit ça !..

GÉRARD. — Et vous, mademoiselle, que ressentezvous pour moi? De l'indifférence?

Marianne. — Non !.. Oh ! non !

GÉRARD. — Un peu mieux? De l'amitié... pas plus?

M.\RIANNE. — Si, plus que de l'amitié !

GÉRARD. — Quoi? Dites-moi?

Marianne. — Monsieur, la valse est finie... Je suis forcée de vous quitter !

GÉRARD. — Pas avant de m'avoir fixé sur vos sentiments... Mademoiselle, il y va de tout mon bonheur, de ma vie!...

Marianne, remontant. — Non... il n'y a plus de musique... je serais grondée !

GÉR.\RD. — Quel dommage!... Ah!... Ecoutez! La musique reccMnmcnce... Restez !

Marianne. — Qu'est-ce que c'est que cet air-là?

GÉRARD. — La nouvelle danse : la Crampette.

Marianne. — Comment cela se danse-t-il ?...

GÉRARD. — C'est très simple et très joH : on se tape trois fois le bas du dos l'un contre l'autre-

deux pas de polka à droite, deux à gauche ; on se frotte le nez; encore la polka et on recommence. Voulez- vous essayer? Dos à dos!...

Marianne. — Volontiers...

GÉRARD, tafant le dos. — Une, deux, trois, mademoiselle... Je veux vous poser une question...

Marianne. — Allez !...

GÉRARD. — Je vous aime... deux pas de polka... J'ai ving^-cinq ans, un joli nom... un pas de polka... et deux cent mille livres de rentes. Du moins, je les aurai quand on me les rendra...

Marianne. — Taisez-vous, voilà maman.

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