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JEAN BODBL. : L.B « JEU DE SAINT-NICOLAS

Ua chrétien, fait prisonnier, vante au roi païen, devant lequel on le conduit^ la puissance de saint Nicolas, Le roi veut éprouver cette puissance, et prépose la statue du saint à la garde de son trésor. Or, pendant la nuit, des voleurs enlèvent le trésor, et le chrétien va être conduit au supplice; mais saint Nicolas oblige les voleurs à rapporter leur prise, et le roi païen se convertit.

Tel est le sujet que traite Jean Bodel (1) dans son Jeu de saint Nicolas. Il y ajoute de longues scènes ^ épisodiques; ainsi, au début, nous assistons au combat meurtrier où le chrétien est fait prisonnier, et même à la préparation de la guerre; plus tard, avant et après le vol, nous pénétrons avec les voleurs dans une taverne où ils boivent, jouent et se disputent.

Le miracle de saint Nicolas est raconté dans la Légende dorée, et avait été dramatisé au xii* siècle sous une forme latine ; mais dans la légende et dans les pièces latines, il s'agit d'un juif qui, ayant grande confiance en saint Nicolas,charge une statue du saint

(1) Sur Jean Bodel d'Arras, poète lyrique, épique et dramatique du xiiie siècle, voyez la Poésie lyriqtie au moyen âge, page 174.

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de la garde de ses richesses, qui la menace après le vol, et rentre miraculeusement en possession de son trésor. En inventant le personnage du chrétien," dont la vie dépend de la conservation, puis de la restitution du trésor, Jean Bodel a introduit dans le sujet un élément dramatique qui montre qu'il avait le sens du théâtre. Ce n'est pas non plus sans dessein qu'il a fait de son héros un prisonnier de guerre : il trouvait là Toccasion de mettre sous les yeux des spectateurs un épisode de ces croisades qui passionnaient alors l'opinion publique.

Mais nous allons reprendre la pièce au début, et en suivre le développement. Elle commence par un prologue qui expose en détail le sujet, et où nous apprenons que la représentation était donnée la veille de la saint Nicolas. Dans la première scène, le courrier Auberon annonce au roi que les chrétiens lui courent sus, et dévastent et pillent sa terre. Comme on le voit souvent en pareille circonstance dans les chansons de geste, le roi se tourne vers son idole d'or, Tervagan, et menace de la faire fondre. Puis, sur le conseil de son sénéchal, il devient humble et suppliant:

Je vous ai dit mainte folie, Mais j'étais plus ivre que soupe.

Merci vous crie et je m'accuse A nus genoux et à nus coudes.

Puis il demande à son dieu de lui indiquer par un signe s'il pourra se défendre contre les chrétiens : « Ris, si je dois gagner la bataille.

Et pleure si je dois la perdre.

Sénéchal, que vous est avis ?

Tervagan a pleuré et ri :

Ce doit être un signe profond.

Le sénéchal refuse d'interpréter le signe jusqu'à ce que le roi ait juré de ne lui faire aucun mal^ en se frappant la dent de son ongle. 11 explique alors que le roi triomphera des chrétiens, mais qu'il abandonnera ensuite Tervagan ; c'est pourquoi le dieu a pleuré après avoir ri.

Le roi fait crier le ban de guerre :

Oyez, oyez, oyez, seigneurs, Oyez votre honneur et profit !

Je fais le ban du roi d'Afrique.

Que tous y viennent, pauvre et riche.

Garnis de leurs armes, par ban 1

Le courrier Âuberon, mandé par le roi, est chargé d'aller convoquer les grands émirs. Il est arrêté en ute nar le tavernier :

route par le tavernier :

Céans, fait bon dîner céans :

Y a chaud pain et chauds harengs.

Et vin d^Auxerre à plein tonneau.

Auberonboit, discute le prix, et fait une partie de dés avec Cliquet, qui sera plus loin Tun des trois voleurs.

Immédiatement après, nous avons quatre petites scènes où Auberon salue successivement, en termes presque identiques, l'émir d'Iconium, celui d'Orkenie, celui d'Oliferne et celui d'outre TArbre-Sec, et leur demande de marcher au secours du roi d'Afrique et d'Arabie. Ensuite, il rend compte au roi de sa mission. Les quatre émirs viennent l'un après l'autre se mettre à la disposition du roi : l'un raconte

qu'il a mis trente journées à venir avec des souliers ferrés au milieu de la glace, un autre annonce qu'il amène trente chars pleins de rubis et d'émeraudes. La guerre peut commencer, et ici le rythme change ; il prend, pour les deux scènes qui suivent, l'allure épique de l'alexandrin (1).

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