‹ Le théâtreChapitre 67 sur 88 · BERTHE · texte numérisé non relu

BERTHE

Ma dame, je demeurerai Avecque vous, de bon vouloir, Et vous promets qu'à mon pouvoir Votre honneur et votre profit Garderai, par Dieu qui me fit !

N'en doutez point.

Cependant la reine Blanchefleur entreprend le voyage de France pour voir sa fille, A cette nouvelle, grand émoi parmi les traîtres ; ils tiennent conseil, et décident que la fausse Berthe feindra d'être gra-

vement malade, qu'on tiendra les fenêtres closes, qu'elle se gardera de parler, et qu'on empêchera Blanchefleur de s'approcher d'elle.

Sur sa route, Blanchefleur fait la rencontre de pauvres gens qui se plaignent de sa fille et qui la maudissent : « Comment, se dit-elle, ma fille peutelle être ainsi haïe de tout son peuple, elle qui, en Hongrie, était aimée et bénie de tout le monde ! »

Quand elle apprend que Berthe est malade, elle se fait aussitôt conduire à sa chambre, et y pénètre malgré Tibert, qui essaie vainement de l'arrêter.

BLANCHEFLEUR

Qu'est ceci ? Ne sais comment faire.

Ne puis à ma fille parler Ni jusques à son lit aller ?

Je veux prendre le frein aux dents, Et la porte je forcerai 1 Laissez-moi, laissez-moi, Tibert, Ma fille voir.

TIBERT

Dame, sachez qu'on la prépare.

Pour Dieu, veuillez attendre un peu Qu'elle soit couchée en son lit Et arrangée.

BLANCUEFLEUR

Par Dieu ! c'est de la simagrée ; Veuillez ou non, j'y entrerai Tout maintenant, et la verrai, Car il me plaît.

LA SERVE (mère de la fausse Berthe) Pour Dieu, dame, sans faire bruit, Veuillez un peu vous retirer; Le parler lui est plus contraire Qu'on ne peut dire.

BLANCHEFLEUR

Je saurai s'elle dort ou veille,

Puisque je suis ici, vraiment.

Eh I Qu'est-ce là? Fille, comment

Vous sentez-Yous ?

ALiSTE {la fausse Berthe) Faiblement I Soyez bienvenue, Ma très douce et ma chère mère.

Pour Dieu I que fait Floire mon père ?

Il m'est pénible, le sait Dieu, Que ne puis vous recevoir mieux,

Et faire fête.

BLANCHEFLEUR

Fille, ne me puis réjouir^ Quand à ce point êtes malade.

Mais cette chambre est si obscure Qu'on aurait beau vous regarder, Nul ne saurait vous reconnaître.

Que veut ce dire?

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