LA VIERGE DAVILA
Il n'y a presque rien à dire de la Vierge d^Avila que représente en ce moment le théâtre Sarah- Bernhardt.
Qu'il s'agisse d'un sujet ancien ou moderne, comique ou grave, profane ou religieux, de Scarron, de Glatigny, ou de sainte Thérèse, M. Catulle Mendès le traite d'après les mêmes procédés, avec les mêmes défauts, au milieu desquels on s'efforce vainement de découvrir une ombre de mérite :
c'est la même incontinence de lyrisme. Des tableaux se suivent que rien n'appelle et rien ne relie. Des vers se succèdent, des tirades se déroulent. On a toutes les peines du monde à suivre l'auteur à travers ses complications romantiques, dans un dédale d'inventions romanesques, de subtilités mystiques, physiologiques et surtout saugrenues. La langue, à force de contournements, de recherches précieuses et d'impropriétés, est obscure au point de devenir totalement incompréhensible. La nouvelle œuvre de M. Mendès est moins fâcheuse encore qu'elle n'est inexistante. Des confrères complaisants ont organisé autour d'elle un tapage retentissant et dénué de conviction. C'est beaucoup de bruit pour rien.
15 décembre 1906.