‹ Le théosophismeChapitre 13 sur 163 · Lucifer, i5 juin i88g · texte numérisé non relu

Lucifer, i5 juin i88g

Ll TDEOSOPaiSME.

se trouvait en concurrence directe avec la Golden Dawn et la Socieias Bosicruciana, et ses membres, qui étaient spirites pour la plupart, étaient accusés de faire de la « magie noire », suivant une habitude qui est d'ailleurs fort répandue dans les milieux théosophistes, ainsi que nous aurons l'occasion de le voir plus tard. La lettre du comte Mac-Gregor porte les devises suivantes : « Sapiens dominâbiiar astris. — Deo duce, comité fêrro. — Non omnis moriar. — Vincit omnia Veritas », dont la dernière, chose curieuse, est également la devise de la H. B. of L., adversaire déclarée de la Société Théosophique et de la Societas Rosicruciana^ .EWe se termine par ces mots qui lui confèrent un caractère officiel : « Publié par ordre du Supérieur Sapere Aude, Cancellarius in Londinense », et que suit ce post-scriptum assez énigmatique : « Sept adeptes qui possèdent Vélixir de longue vie, vivent actuellement et se réunissent chaque année dans une ville dififérente. » h'Imperatorde la G. D. était-il l'un de ces « sept adeptes » mystérieux ? C'est bien possible, et il y a même pour nous d'autres indices qui semblent le confirmer ; mais sans doute le « Supérieur Sapere Aude » n'avait-il pas autorisé de révélations plus explicites à cet égard -.

L'auteur de la lettre que nous venons de citer, qui est mort il y a quelques années, était le frère aîné d'un autre M. Mac- Gregor, représentant en France de VOrder of the Golden Dawn in the Outer, et également membre de la Société Théosophique. On fit quelque bruit à Paris, en 1899 et en 1908, autour des tentatives de restauration du culte d'Isis par

1. La H. B. of L. avait une interprétation particulière du Rosicrucianisme, dérivée principalement des théories de P. B. Randolph et de la » Fraternité d'Eulis ». — Il parut à Philadelphie, en 1882, un ouvrage intitulé The Temple of the Rosy-Cross, dont l'auteur, F. B. Dowd, était un membre de laH. B. of L.

2, Il a été publié en 1894, sous le nom de « Sapere Aude, Fra. R. R. et A. C. », un ouvrage intitulé La Science de l'Alchimie spirituelle et matérielle, qui contient un assez grand nombre d'erreurs historiques, et une traduction annotée du traité kaibalistique .Hsh Mezareph. dans laquelle n'est même pas mentionné le commentaire qu'Eliphas Lévi avait fait de ce livre en l'attribuant, assez gratuitement du reste, à Abraham le Juif, l'initiateur supposé de ^licolas Flamel.

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M. et M""^ Mac-Gregor, sous le patronage de l'écrivain occultiste Jules Bois, tentatives assez fantaisistes d'ailleurs, mais qui eurent en leur temps un certain succès de curiosité. Ajoutons que M'"^ Mac-Gregor, la « Grande-Prêtresse Anari », est la sœur de M. Bergson ; nous ne signalons d'ailleurs ce fait qu'à titre de renseignement accessoire, sans vouloir en déduire aucune conséquence, bien que, d'un autre côté, il y ait incontestablement plus d'un point de ressemblance entre les tendances du théosophisme et celles de la philosophie bergsonienne. Certains ont été plus loin : c'est ainsi que, dans un article se rattachant à une controverse sur le bergsonisme, M. Georges Pécoul écrit que « les théories de la Société Théosophique sont si étrangement semblables à celles de M. Bergson qu'on peut se demander si elles ne dérivent pas toutes deux d'une source commune, et si MM. Bergson, Olcott. Leadbeater, M™®^ Blavatsky et Annie Besant n'ont pas tous été à l'école du même Mahatma, Koot Hoomi ou... quelque Autre î> ; et il ajoute : « Je signale le problème aux chercheurs, sa solution pourrait peut-être apporter un supplément de lumière sur l'origine bien mystérieuse de certains mouvements de la pensée moderne et sur la nature des « influences » que subissent, souvent inconsciemment, l'enserrible de ceux qui sont eux mêmes des agents d'influences intellectuelles et spirituelles » ^. Sur ces (( influences », nous sommes assez de l'avis de M. Pécoul, et nous pensons même que leur rôle est aussi considérable que généralement insoupçonné ; du reste, les affinités du bergsonisme avec les mouvements « néo-spirilualistes » ne nous ont jamais paru douteuses '^, et nous ne serions même nullement étonné de voir M. Bergson, suivant l'exemple de William James, aboutir finalement au spiritisme. Nousavons un indice particulièrement frappant, sous ce rapport, dans

i. Les Lettres, décembre igso, pp. C(')9-()70.

2. Le Valian, organe de la section anglaise de la Société Théosophique, a reproduit, avec de grands éloges, des conférences faites par M. Bergson en Angleterre.

une phrase de Y Energie Spirituelle, le dernier livrede M. Bergson, où celui-ci, tout en reconnaissant que « l'immortalité elle-même ne peut être prouvée expérimentalement», déclare que « ce serait déjà quelque chose, ce serait même beaucoup que de pouvoir établir sur le terrain de l'expérience la probabilité de la survivance pour un temps x » ; n'estce pas là exactement ce que prétendent faire les spirites ? Nous avons même entendu dire, il y a quelques années, que M. Bergson s'intéressait d'une façon active à des « expérimentations » de ce genre, en compagnie de plusieurs savants réputés, parmi lesquels on nous a cité le professeur d'Arsonval et M"* Curie ; nous voulons croire que son intention était d'étudier ces choses aussi « scientifiquement » que possible, mais combien d'autres hommes de science, tels que William Crookes et Lombroso, après avoir commencé ainsi, ont été « convertis » à la doctrine spirite ! On ne dira jamais assez combien ces choses sont dangereuses ; ce n'est certes pas la science ni la philosophie qui peuvent fournir une garantie suffisante pour permettre d'y toucher impunément. Pour revenir au Rosicrucianisme, que nous avons vu apparaître ici pour la première fois, et qui a donné lieu à cette digression, nous signalerons qu'Olcotta raconté à plusieurs reprises, dans le Theosophist et dans ses livres, que M""" Blavatsky portait toujours sur elle un bijou de Rose-Croix « qu'elle avait reçu d'un adepte ». Pourtant, quand il était sous l'influence delà H. B. of. L., Olcott n'avait que du mépris pour les Kosicruciens modernes : « La Fraternité (des Rose-Croix), écrivait-il à Stainton Moses en 1876, en tant que branche active de l'Ordre véritable, est morte avec Cagliostro, comme la Franc-Maçonnerie (opérative) est morte avec Wren ; ce qui en reste n'est que l'écorce. » Ici, les mots « branche active de l'Ordre véritable » font allusion à un passage des enseignements de la H. B. of L. dans lequel il est dit que « le terme de Rose-Croix ne désigne pas l'Ordre tout entier, mais seulement ceux qui ont reçu les premiers enseignements dans son prodigieux système ; ce

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n'est qu'un nom de passe par lequel les Frères amusent et, en même temps,, mystifient le monde ». Nous n'entendons pas entrer ici dans les controverses relatives à l'origine et à l'histoire des Rose-Croix vrais et faux ; il y a là de véritables énigmes qui n'ont jamais été résolues d'une façon satisfaisante, et sur lesquelles les écrivains qui se disent plus ou moins rosicruciens ne semblent pas en savoir beaucoup plus long que les autres.

En écrivant ces derniers mots, nous pensons notamment au D"" Franz Hartmann, qui joua un rôle important dans la Société Théosophique lorsque son siège eut été transporté dans l'Inde, et avec qui, d'ailleurs, M™^ Blavatsky ne semble pas avoir été toujours dans les meilleurs termes, comme nous le verrons à propos de l'affaire de la Société des recherches psychiques. Ce personnage, né en i838 à Donauwerth, en Bavière, se prétendait rosicrucien, mais d'une autre branche que les sociétés anglaises dont il a été question précédemment ; à l'en croire, il avait « découvert » une Fraternité de vrais Rose-Croix à Kempten, localité célèbre par ses maisons hantées, et où il mourut en 1 912 ; à la vérité, nous pensons que ce n'est là qu'une légende qu'il cherchait à accréditer pour donner l'apparence d'une base sérieuse à un certain « Ordre de la Rose-Croix Esotérique » dont il fut l'un des promoteurs. Ce D"" Hartmann a publié d'assez nombreux ouvrages ' , qui furent appréciés d'une façon peu bienveillante par les chefs de la Societas Rosicruciana in Anglia, pourtant théosophistes comme l'auteur ; on fut particulièrement sévère pour le livre intitulé Dans le Pronaos du Temple de Sagesse, « contenant l'histoire des vrais et des faux Rosicruciens, avec une introduction aux mys-

I. Voici la» litres de quelques-uns des principaux, en dehors de ceux qui sont indiqués dans le texte : Symboles secrets des nosicruciens, réédition d'un ouvrage ancien accompagnée de coramentaires, publiée à Boston ; La Vie de Jehoshua, le Prophète de Nazareth, «i étude occulte et clef de la Bible, contenant l'histoire d'un Initié » ; Maijic blanche et noire ; La Science Occulte dans la Médecine ; Les Principes de la Géomancie, d'après Cornélius Agrippa,

tères de la philosophie hermétique », et dédié à la duchesse dePomar. En 1887, le D"^ Hartmann fit paraître à Boston, centre delà branche américaine deVOrder of the G. D. in ihe Outer, une sorte de roman ayant pour litre Une Aventure chez les Rosier aciens, qui contient la description d'un monastère théosophique imaginaire, supposé situé dans les Alpes ; et l'auteur raconte que ce monastère relève de l'Ordre des (( Frères de la Croix d'Or et de la Rose-Croix », et que son chef porte le titre d'Imperator. Cela fait penser à l'ancienne «Rose-Croix d'Or » d'Allemagne, fondée en 1714 par le prêtre saxon Samuel Richter, plus connu sous le pseudonyme de Sincerus Renatus, et dont le chef portait en effet, comme plus tard celui de la Golden Daivn, ce titre d'Imperalor, hérité des organisations rosicruciennes antérieures, et qui remonterait même jusqu'à l'origine du monde s'il fallait en croire certains récits légendaires, car on trouve dans le Clypeus Veriiatis, qui date de 1618, une liste chronologique des Imperatores depuis Adam ! Ces exagérations et ces généalogies fabuleuses sont d'ailleurs communes à la plupart des sociétés secrètes, y compris la Maçonnerie, où nous voyons aussi le Rite de Misraïm faire remonter ses origines jusqu'à Adam. Ce qui est plus digne d'intérêt, c'est qu'un écrivain occultiste, parlant de l'organisation rosicrucienne de 1714» déclare ceci : « Une tradition dit que cet Imperator existe toujours ; son action serait devenue politique » ' ; s'agit-il encore ici du chef de la Golden Daiun? En effet, la « Rose-Croix d'Or »,à laquelle certains ont cru reconnaître déjà un caractère politique, n'existe plus depuis longtemps ; elle fut remplacée en 1780 parles « Frères Initiés de l'Asie », dont le centre fut établi à \ienne, et dont les supérieurs s'intitulaient, par allusion au début de l'Apocalypse, « Pères et Frères des sept Eglises Inconnues de l'Asie » - ; on ne peut s'empê-

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