Ibid., p. i
des sentiments de fidélité envers le gouvernement anglais ». Ce sont là des moyens politiques qui, si répugnants qu'ils puissent paraître à certains, sont en tous pays d'un usage plus ou moins courant : c'est ainsi que, il y a quelques années, on introduisit en Bohême diverses organisations occultes, dans lesquelles on s'efforçait de faire entreries patriotes tchèques quiétaient particulièrement suspects au gouvernementde Vienne ; or l'un des chefs de ces organisations était tout simplement le directeur delà police secrète autrichienne ; l'histoire contemporaine de l'occultisme en Russie fournirait aussi de bien curieux exemples de faits plus ou moins similaires. Ceux qui sont blâmables en pareil cas, ce sont les gens qui consentent à se charger de ce rôle peu honorable, et qui n'est pas toujours exempt de tout danger : nous venons de voirM°i^ Besant se plaindre que sa vie ait été menacée, et si. en fait, il n'y a jamais eu contre elle aucun attentat véritable, il n'en est pas moins vrai que, malgré toutes les précautions dont elle s'entoure, il lui est arrivé de recevoir des pierres au cours de ses tournées dans l'Inde. On a bien essayé, en 1916, pour la réhabiliter aux yeux des Hindous et donner à ceux-ci quelque confiance en elle, d'un simulacre d'internement dans sa propre villa de Gulistan, ce qui ne l'empêcha d'ailleurs nullement d'y tenir des réunions ; mais cette ruse assez grossière ne put tromper personne, et il n'y a qu'en Europe que quelques-uns ont cru que cette mesure avail étémotivéeparun changement réel dans l'attitude politique de M°ï^ Besant. On peut comprendre maintenant pourquoi certains Hindous associent volontiers son nom à celui de Rudyard Kipling, qui est assurément un grand écrivain (et M°ie Besant n'est pas non plus dépourvue de tout talent), mais que diverses aventures qui font peu d'honneur à son caractère empêchent de retourner dans son pays natal ; et il y a cette circonstance aggravante, que tous deux sont d'origine irlandaise. Puisque nous parlons de Rudyard Kipling, nous signalerons qu'il a écrit un roman intitulé Kim^ qui, à quelques détails près, peut être regardé comme
une véritable autobiographie ; en particulier, ce qui y est rapporté sur la rivalité des Russes et des Anglais dans les régions septentrionales de l'Inde est rigoureusement historique. On y trouve aussi, entre autres choses, de curieux détails sur l'organisation de l'espionnage politique, et sur l'utilisation par les Anglais, à cet effet, d'une société secrète appelée Sat Bhai (Les Sept Frères) ; cette société existe bien réellement, et elle fut introduite en Angleterre par des officiers de l'armée des Indes en 1875, l'année même où fut fondée la Société Théosophique.
Il va sans dire que, si la duplicité des chefs du mouvement théosophiste ne fait pour nous aucun doute, la bonne foi de la plupart de ceux qui les suivent, surtout de ceux qui n'appartiennent pas à la nationalité anglaise, est tout à fait hors de question ; dans tous les milieux de ce genre, il faut toujours savoir distinguer entre les charlatans et leurs dupes, et, si l'on ne peut avoir que du mépris pour les uns, on doit plaindre les autres, qui forment la grande masse, et s'efforcer de les éclairer s'il en est temps encore, et si leur aveuglement n'est pas irrémédiable. Pendant que nous sommes sur ce chapitre, nous citerons encore un passage tout à fait remarquable, extrait d'un ouvrage relatif aux fameuses « vies d'Alcyone » : « Lorsque la famille ne suit pas la loi naturelle (en se groupant autour du père et de la mère), c'est le désordre. Il en est de même pour les nations du monde ; il doit y avoir la nation-père et Idi nationmère, vivant dans une parfaite harmonie, ou c'est la guerre. La nation qui demain dirigera, celle qui remplira dans le monde un rôle semblable à celui de Manou, du père, sera probablement l'Angleterre ; du côté mère, ou Bodhisattwa, nous aurons les Indes. C'est de cette façon que le Manou et le Bodhisattwa s'appliqueront bientôt à remettre de l'ordre dans le monde en ce qui concerne les nations » ^. Traduit
i.De l'an 23000 avant Jcsns-Chrisl à nos jours, par G. Revel, p. Go. — Voir L'Ere d'un nouveau Cycle et L'Avenir Imminent, par M""" Basant.
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ea langage clair, ce passage signifie ceci : tandis que l'Inde, sous la domination anglaise, devra se contenter d'un rôle « spirituel » consistant à fournir, en la personne de Krishnamurti, un « support » à la manifestation du « Grand Instructeur )) attendu, l'Angleterre est appelée à dicter ses lois au monde entier (le rôle essentiel du Manou est, en effet, le rôle de législateur). Ce sera bien la réalisation des « Etats- Unis du Monde » , mais sous l'égide de la « nation dirigeante h et à son profit exclusif ; ainsi, l'internationalisme des chefs du théosophisme, c'est bien, tout simplement, l'impérialisme britannique porté à son degré le plus extrême, et, après tout, cela se comprend jusqu'à un certain point ; mais que penser de l'inconcevable naïveté des théosophistes français, qui acceptent avec docilité et répètent avec un servile empressement de semblables « enseignements » ?
La conception des rapports de l'Angleterre et de l'Inde, telle que nous venons de la voir formulée, n'est pas toute nouvelle, et M^^ Besant n'a même pas le mérite de l'avoir inventée. En effet, dans la Voie Parfaite d'Anna Kingsford et EdAvard Maitland, nous lisons ce qui suit : « Puisque de l'union spirituelle dans la foi unique de Bouddha et du Christ naîtra la future rédemption du monde, les relations entre les deux peuples par lesquels, sur le plan physique, cette union doit être effectuée, deviennent un sujet d'une importance et d'un intérêt spéciaux. Envisagée sous cet aspect, la connexion qui existe entre l'Angleterre et l'Inde s'élève de la sphère politique à la sphère spirituelle » 1. Les auteurs, chez qui nous avons déjà noté l'idée que le Bouddhisme et le Christianisme sont comme les deux éléments complémentaires d'une même religion, ont seulement oublié que le Bouddhisme a, depuis bien longtemps, cessé d'exister dans l'Inde ; mais voyons un peu plus loin : « Dans cette prévision de l'avenir imminent-