Daniel, VII, aS
3. C'est-à-dire trois cent soixante-cinq ans, ou plutôt, suivant la chronologie héhraïque, trois cent cinquante-cinq années lunaires (de trois cent cinquante-cinq jours), qui l'ont seulement trois cent quarante-cinq années solaires environ. Or, de i53/i, date du schisme d'Henri VIII, à 1879, date indiquée dans la prédiction d'Eliphas Lévi dont nous allons parler, il y a exactement, en effet, trois cent quarante-cinq ans ; la concordance est trop remarquable pour ne pas donner à penser que la date de 1879 a dû cire calculée sur la base que nous venons d'indiquer.
li. Grâce aux révélations « intuitives » d'Anna Kingsford. 5. The Perfect Waj, p. 253.
Toute cette histoire, et plus spécialement cette dernière citation, nous rappelle une étrange coïncidence : Eliphas Lévi, qui mourut en 1875, avait annoncé qu'en 1879, c'est-à-dire au moment même où M™^ Blavatsky devait fixer dans l'Inde le siège de sa Société, un nouveau « Royaume Universel » politique et religieux serait établi, que ce Royaume appartiendrait « à celui qui aurait les clefs de l'Orient », et que ces clefs seraient possédées « par la nation qui a la vie et l'activité la plus intelligente ». Cette prédiction était contenue dans un manuscrit qui était en la possession d'un occultiste de Marseille, élève d'EliphasLévi, le baron Spedalieri ; celui-ci le donna précisément à Edward Maitland, de sorte qu'il n'est pas douteux que c'est là qu'il faut chercher l'inspiration des lignes que nous venons de reproduire. Ajoutons qu'une lettre fort élogieuse de Spedalieri, ne parlant de rien moins que de « miracles d'interprétation », fut insérée dans la préface de la seconde édition de la Voie Parfaite ; sans en nommer l'auteur, on le désignait comme « l'ami, disciple et héritier littéraire du célèbre mage, feu l'abbé Constant (Eliphas Lévi), ce qui sera pour tous les initiés une suffisante indication de sa personnalité ». Plus tard, Maitland remit le manuscrit d'Eliphas Lévi au D^ Wynn Westcott, Suprême Magus de la Societas Rosicruciana in Anglia, et ce dernier le publia enfin en 1896 sous ce titre : The Magical Ritual of the Sanctum Regnum. Naturellement, les Anglais, qui ont volontiers, comme les Allemands, la prétention de constituer la « race supérieure », devaient être tentés d'appliquer la prédiction à leur nation, dominatrice de l'Inde (si Eliphas Lévi lui-même, bien que Français, ne l'avait déjà fait dans sa pensée), et nous venons de voir qu'ils n'y ont pas manqué ; mais les clefs matérielles de l'Orient ne suffisaient pas, il fallait aussi les clefs intellectuelles et spirituelles, et, s'ils ont compté sur la Société Théosophique pour en obtenir la possession, on doit reconnaître qu'ils se sont singulièrement trompés, tout autant que si, pour parvenir à la connaissance du vérita-
ble esprit de la Bible et de l'Evangile, ils ont compté sur le nouveau « Christianisme ésotérique », que ce soit d'ailleurs celui d'Anna Kingsford ou celui de M^^^^ Besant.
Bien entendu, en mentionnant ici la prédiction d'Eliphas Lévi, nous ne voulons pas dire qu'il faille lui attribuer une importance extraordinaire, mais seulement que certains Anglais qui la connaissaient ont pu effectivement la prendre au sérieux et même tenter d'en aider la réalisation ; du reste, pour juger celte prédiction à sa juste valeur, il faudrait en connaître l'inspiration réelle, et ce qu'il y a de certain, c'est que son auteur avait des relations dans des milieux britanniques où l'on alliait l'occultisme à la diplomatie ^. D'un autre côté, les théosophistes, comme on l'a vu plus haut, prétendent que le dernier quart de chaque siècle est tout particulièrement favorable à certaines manifestations occultes, qu'ils attribuent naturellement à l'action de leur « Grande Loge Blanche » ; quoi qu'il en soit de cette assertion, inacceptable pour nous sous la forme qu'ils lui donnent, il n'en est pas moins vrai que 1875 et les années qui suivirent marquent effectivement le point de départ de beaucoup d'activités assez énigmatiques : outre celles que nous avons déjà eu l'occasion de signaler, à commencer par la Société Théosophique elle-même-, nous indiquerons encore un Ordre dit des « Frères de Lumière » (J^ratres Lacis) ^, institué par
I. Ce qui nous fait aussi penser qu'Eliphas Lévi avait bien en vue l'Angleterre, c'est le calcul que nous avons indiqué dans une note précédente.
2 Rappelons également à ce propos que l'année 1882, celle même où parut la Voie Parfcdle, devait, d'après la duchesse de Pomar, être le commencement d'une ère nouvelle ; et, coïncidence singulière, on trouve une affirmation identique dans les enseignements de la H. B. of L.
3. Cet Ordre, dont le centre actuel est à Bradford, dans le Yorkshire, ne doit pas être confondu, malgré la similitude des noms, avec la F. T. L. [Fraternitas Tliesauri Lucis ou « Fraternité du Trésor de Lumière »), organisation rosicrucienne, ou soi-disant telle, d'origine vraisemblablement américaine. — Il y a encore deux autres « Fraternités de Lumière », toutes deux américaines : l'une, Brolherhood of L'ujhl sans épithète, a son centre à Los Angeles (Californie) ; l'autre, llermetic Brolherhood of Light, a déjà été mentionnée à propos de la Hermetic Brolherhood of Luxor, avec laquelle sa dénomination semble destinée à provoquer une confusion. 11 faut y ajouter aussi Vu Ordre de Lumière »
298 LE THÉOSOPIIISME
un Israélite anglais nommé Maurice Vidal Portman, orientaliste et homme politique, qui, en 1876, faisait partie de l'entourage de Lord Lytton, alors vice-roi des Indes. On déclara d'ailleurs, comme il est presque toujours d'usage en pareil cas, qu'il ne s'agissait là que de la reconstitution d'un ancien Ordre du même ijom, qui aurait été fondé à Florence en 1^98 ; et, dans certains milieux ihéosophistes (ce qui prouve encore que tout cela se tient et s'enchaîne), on affirma même que « Swedenborg, Pasqualis 1, Saint- Martin, Gazotte et plus tard Eliphas Lévi avaient été affiliés à l'Ordre des Fratres Lucis, tandis que Saint-Germain, Mesmer, Gagliostro et peut-être Ragon - appartinrent aune branche égyptienne de la même Fraternité », en ajoutant avec quelque acrimonie que cette dernière branche « n'a rien de commun, bien entendu, avec certaine F. H. de Luxor (la H. B. of L.) d'invention anglo-américaine et toute récente » ^. Comme on assure d'autre part que le comte de Saint-Germain et M™^ Blavatsky furent des envoyés d'un même centre *, et comme cette dernière avait précisément séjourné en Egypte, on a sans doute voulu donner à entendre qu'elle aussi était rattachée aux Fratres Lucis, et que ceux-ci (qui doivent naturellement avoir pour antithèse ceux qu'elle appelle les « Frères de l'Ombre ») auraient été une émanation directe de la « Grande Loge Blanche ». C'est là une façon bien fantaisiste d'écrire l'his-
{Order of Ligkl), également américain, dont nous avons eu à signaler l'existence dans le chapitre au « Parlement des Religions ».
1. Il s'agit de ^lartinès de Pasqually, le fondateur du rite des « Elus Goëns », dont Louis-Claude de Saint- Martin fut le disciple avant de connaître les ouvrages Ihéosophiques de Bœhme et de Gichtel.
2. La raison de cette dernière supposition est sans doute que Ragon traduisit en français et publia, en 182 i, un manuscrit d'un Maçon allemand nommé Kôppen, datant de 1770 et intitulé Crata Bepoa, qui contient un prétendu rituel des u Initiations aux anciens Mystères des Prêtres d'Egypte ».
3. Les Cycles, par E.-J. Coulomb : Lolas Bleu, 27 novembre iSgS, p. 258. — Si ce qui nous a été dit au sujet de la personnalité de Metamon est bien exact, la dénégation relative à la H. B. of L. est vraiment amusante.