CHAPITRE II
En 1878, lorsqu'elle partit pour l'Amérique (elle arriva à New-York le 7 juillet de cette année), M"^ Blavatsky se 'prétendait « contrôlée » (les spirites français diraient M guidée ))) par un « esprit » du nom de John King ; ce fait est curieux à noter, parce que ce même nom se trouve invariablement mêlé à toutes les manifestations d'un certain nombre de faux médiums qui furent démasqués vers la même époque ^, comme si ces faux médiums agissaient tous sous une même inspiration. Ce qui est très significatif aussi sous ce rapport, c'est que M""^ Blavatsky, en 1875. écrivait ceci : « J'ai été envoyée de Paris en Amérique afin de vérifier les phénomènes et leur réalité et de montrer la déception de la théorie spiritualiste » -, Envoyée par qui ? Plus tard, elle dira : par les « Mahàtmûs » ; mais alors il n'en est pas encore question, et d'ailleurs c'est à
I. Les frères Davenport (18G/1) ; les époux Holmes (Philadelphie, début de 1876) ; Fireman (Paris, juin 1875) ; Ilerne (Londres) ; C. K. Williams (La Haye, 1878), etc. — Rappelons aussi la Kalie Kinj de Miss Florence Cook, le fameux médium de \^'illiam Crookes (1873-1875) ; cette similitude de nom n'est-elle due qu'au hasard ? Signalons à ce propos que Crookes adhéra u la Société Théosophique en i883.
s. Lettre à Stainton Mosos : Liijhl, 9 juillet 1892, p. 33i. — Dans sa lettre à Soloviotr de février 188G, M"'* Blavatsky répète encore : « J'ai été envoyée en Amérique pour essayer mes capacités psychiques » ; on a vu que, d'ailleurs, elle les avait déjà a essayées » au Caire.
LE TlIl^OSOPniSME. a
Ib LE THEOSOPHISME
Paris qu'elle a reçu sa mission, et non dans l'Inde ou au Thibet.
D'autre part, il paraît que, lorsque M°ie Blavatsky arriva en Amérique, elle demandait à toutes les personnes avec qui elle entrait en relations si elles connaissaient quelqu'un du nom d'Olcott ^ ; et elle finit en effet par rencontrer cet Olcott, le i4 octobre 187/», à la ferme de Chittenden (Vermont), chez les époux Eddy, où se produisaient alors des « matérialisations d'esprits » et autres phénomènes du même genre. Henry Steele Olcott était né à Orange (New- Jersey) en 1882 ; fils d'honorables cultivateurs, il avait été d'abord ingénieur agronome, puis, pendant la guerre de Sécession, il avait servi dans la police militaire, et c'est là qu'il avait gagné le titre de colonel, assez facile à obtenir aux Etats-Unis. La guerre terminée, il se mit à faire du journalisme, tout en partageant ses loisirs entre les Loges maçonniques et les sociétés de spiritisme; collaborant à plusieurs journaux, notamment au New-York Sun et au New-York Graphie^ il y écrivit divers articles sur les phénomènes de Chittenden, et c'est vraisemblablement par la lecture de ces articles que M""^ Blavatsky sut où elle pourrait enfin trouver son futur associé.
Mais qui avait pu donner à M"^ Blavatsky l'idée de se mettre en rapport avec Olcott, qui n'occupait pas dans le monde « spiritualiste » une situation particulièrement en vue "^ Ce qui peut donner la clef de ce mystère, en écartant l'hypothèse d'une communication des « Mahâtmâs » qui ne peut être soutenue sérieusement, et qui n'est ici qu'une explication inventée après coup , c'est qu'Olcott connaissait déjà JohnKing, s'ilfaut en croirece qu'il écrivait en i876,àpropos dece prétendu « esprit», à William Stainton Moses, unspirite anglais bien connu sous le pseudonyme de M. A. Oxon: «Il a été souvent à Londres ; en fait, je l'y ai rencontré moi-même en 1870. M Dans la correspondance où nous relevons cette