PREMIER GROUPE
Lésions pulmonaires traitées avec un succès partiel
par un pneumothorax thérupeutique
OBsÉRVATION |
(Malade du Docteur Léon-Kindberg).
Il s’agit d’une jeune fille de dix-huit ans, Mile V .., entrée à l'hôpital Bichat, salle Louis, le 19 octobre 1927. Elle a en décembre 1926 et en mai 1927 présenté des épisodes pulmonaires passagers, étiquetés congestions, malgré une atteinte déjà sérieuse de l’état général. La poussée actuelle remonte au mois d'août 1927. La malade présente tous les signes cliniques et radiologiques d’une infiltration tuberculeuse du lobe supérieur gauche avec caverne sous-claviculaire. Le poumon droit semble normal. On décide le pneumothorax artificiel qui est réalisé le 28 octobre 1927 avec la plus grande facilité.
Les suites immédiates en sont favorables ; la malade quitte l'hôpital le 24 décembre et revient régulièrement se faire insuffler,
En dépit de l'amélioration indéniable, on n'arrive cependant pas à un équilibre parfait : toujours quelques dixièmes de température et une expectoration persistante.
L'examen radiologique l'explique aisément : le moignon
pulmonaire reste volumineux bien qu'il n’y ait pas d’adhé-
rentes visibles, et surtout, dans le lobe supérieur, sous la plèvre épaissie, persiste une caverne considérable, grosse comme une orangé, et que des essais de pression positive
n'arrivent nullement à modifier.
L'année se passe en cet état, et malgré une répugnance que nous ne cachons.pas, nous allions nous décider à un oléothorax,quand en novembre apparaît du liquide. Nous le voyons sans trop de déplaisir, car à plusieurs reprises, sous l'action d’un épanchement, ou pour miéux dire parallèlement à lui, nous avions vu se développer dans le poumon collabé un indéniable processus de sclérose rétractile. Il n’en ést rien cette fois : au-dessus du liquide, peu abondant du reste, la même image persiste, et la caverne garde ses dimensions désespérantés.
Nous nous décidons le 4 janvier 1929 à l'injection intrapleurale de 10 centigrammes de thiosulfate d’or et de sodium et nous la renouvelons le 23 janvier.
Dès la seconde injection nous avons une transformation surprenante (fig. I et II) : aplatissement du moignon, diminution de la caverné qui tombe au quart à peine dé son volume préalable, et en même temps disparition à peu près complète de l’expectoration, régularisation de la température remarquable sentiment d'euphorie.
Nous continuons d’injecter o gr. 05 de thiosulfate chaque semaine.
Auù début de mars, la malade fait un peu de grippé avec poussée d’herpès,. Une ponction ramène, le 14 mars, 306 ce. d'un liquide louche, purée de pois, présentant de très
nombreux pneumocoques à l'examen.
Le 23 mars : nouvelle ponction de 300 cc., le pus ayant les mêmes caractères que le précédent.
Le 23 avril : on retire 600 cc. d’un liquide très fluide, ni pneumocoques, ni B.K. à l'examen.
A ce jour (20 mai), il persiste une légère nappe de liquide
Fig. I Fig. I
mais l’état général est excellent et l'examen radiologique montre que le moignon pulmonaire est presque complète-
ment rétracté.
Nous continuons les injections hebdomadaires de thio-
sulfate à l'heure actuelle.
En résumé, chez une jeune fille de dix-huit ans, un pneumothorax gauche avait pu être institué, sans adhérences : mais il persistait dans un moignon peu compressible une caverne à parois rigides de la grosseur d'une orange. On sait que dans de tels cas le pneumothorax est en général considérécomme
inopérant, et le fait est que les choses restèrent en
l’état pendant près d’uneannée. Or, deux injections intrapleurales de 0 gr. 10 de thiosulfate modifièrent du tout au tout la situation : la rétraction du moi-
gnon est presque complète ; la caverne est aux trois quarts effacée.