‹ Le Thiosulfate double d’Or et de Sodium dans le traitement de la Tuberculose PulmonaireChapitre 8 sur 89 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le traitement de la « phtisie » par les sels d’or remonte à PARACELSE (1526), et jusqu'aux temps de HorsT (1624), et de Pierre DE LA POTERIE, dit POoTERIUS (1645), l'or en combinaison avec le mercure était à la base du traitement des cachexies diverses qui venaient compliquer la phtisie, la scrofule, la syphilis.

L'effet violent de ce médicament, entre les mains d’expérimentateurs trop audacieux, le discrédita bientôt ; cependant, il est probable que l’usage de préparations impures fut en particulier responsable de son abandon.

Les préparations à base d’or avaient été longtemps négligées quand CHRESTIEN en 1810, les remit au jour et vanta leur remarquable valeur thérapeutique. A son avis, le chlorure d’or était, de loin, la préparation la plus active et celle dont les résultats étaient les plus sûrs. Son activité s’étendait surtout au traitement du lymphatisme et des cachexies syphilitiques et tuberculeuses.

M. PourcHÉ donnait sa préférence au cyanure d’or, préparation qu'il considérait comme la moins brutale.

PrrcaiRN et NELIGAN affirment tous deux qu'à puissance thérapeutique égale, le chlorure d’or semble plus directement actif dans la syphilis chronique.

De nombreux auteurs comme NEIL, CULLERIER, MITCHELL, BIETT, LALLEMAND, WENDT, LE GRAND, EBERLÉ et Kopp, ont longuement insisté sur l'efficacité des préparations d'or dans la syphilis, la scrofule, la phtisie, les tumeurs osseuses, les squirrhes surtout localisés à la langue.

M. CHAVANKNES considérait le chlorure d’or comme un excellentremède en usage externe dans le lupus, les gommes et les ulcérations syphilitiques.

ORFILA montra expérimentalement que même une quantité minime de chlorure d’or injectée dans la veine jugulaire d’un chien amenait rapidement la mort par vomissements et dyspnée, précédée par une quinte de toux.

En 1837, LE GRAND publiait 35 cas de guérison par les sels d’or de lésions scrofuleuses des ganglions.

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Après les travaux de VILLEMIN sur la nature infectieuse de la tuberculose pulmonaire, en 1865, et la découverte du bacille de la tuberculose par Robert Kocn, en 1880, les essais de chimiothérapie de la tuberculose pulmonaire ont été nombreux.

Sans parler des travaux de LUTON père et fils sur le traitement par les sels de cuivre, il faut citer, en 1890, les expériences de Koch, révélant le cyanure double d’or et de potassium comme un bactéricide puissant à l’égard du bacille tuberculeux.

Plus tard, VOX BEHRING montra que ce même sel était capable d'empêcher, à la concentration de 1/ 1.000.000, la croissance du bacille

de Koch. En présence de sérum, le pouvoir inhibiteur tombait à 1/25.000 environ.

Par la suite, BRUCK et GLUCK, BETTMANN, JUNCKER, Arthur MAYER, expérimentèrent le cyanure double d’or et de potassium, principalement dans le traitement de la tuberculose cutanée.

Enfin, les dernières recherches ont donné naissance à de nombreux sels d'or: en Allemagne, l’Aurocanthan (Adolf FELDT), le Triphal (RicKMANN) et surtout le Krysolgan (FELDT et Spies), sel d'or analogue à l’Aurocanthan mais avec élimination du Cy trop

toxique.

En Angleterre, l’Institut de Recherches Dermatologiques avait

également expérimenté différents composés : naphtol bleu d’or ; hexaméthylènamino-thiosinamine d’or, hexaméthylènamino-thiocarbamide d’or, thiosulfate double d’or et de sodium, composé identique ou proche parent de celui de MOLLGAARD.

Mais, tandis que FELDT considérait simplement l’action chimiothérapique comme le résultat d’une action catalytique stimulatrice des réactions organiques, MOLLGAARD, au contraire, défend la théorie d’'EHRLICH, d’après laquelle le médicament agit par son affinité spécifique vis à vis des bacilles et intervient dans l'organisme en qualité de substance bactéricide.

MOLLGAARD établit à priori, en se basant sur les principes d'EHRLICH, les propriétés à exiger d’un médicament spécifique à l'égard de la tuberculose pulmonaire.

1) La substance doit être aisément soluble dans l’eau et facilement diffusible.

2) La substance doit être combinée de façon complexe, de telle sorte que la concentration de l'ion métallique en dissolution aqueuse soit pratiquement égale à 0.

3) La substance doit être éliminée lentement par l'organisme, et

4) Doit pouvoir se décomposer dans l'organisme sans libération d'ions métalliques et sans formation d’autres combinaisons toxiques.

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Ajoutons à celà que le complexe qui transporte le métal doit être pourvu d’un groupe réactif, capable de rendre pénétrable au métal l'enveloppe lipoïde qui recouvre et protège le bacille tuberculeux.

Parmi les métaux, MOLLGAARD s'est arrêté à l’or. L’essai d’une série de combinaisons lui démontra l'impossibilité d'utiliser, dans la confection du complexe, des combinaisons très toxiques par ellesmêmes, comme, par exemple, le Cy. Comme FELDT et SPies, il a alors porté son attention sur le soufre, mais a évité les combinaisons avec le benzol et s’en est tenu à l'auro-thio-suljate de sodium.

Ce corps, découvert en 1845 par deux chimistes français, FORDOS et GELIS, a été obtenu par MOLLGAARD à l’état d’absolue pureté grâce à des cristallisations successives, et a reçu de lui le nom de « Sanocrysine ».

Dans son livre, MOLLGAARD donne une description complète des propriétés chimiques et bactériotropiques de la sanocrysine.

Il expose les trois séries d'expériences suivantes, en vue de démontrer l’action directe du produit sur le bacille de Koch.

1) /njluence de la Sanocrysine sur la croissance du bacille tuberculeux en culture : ses expériences montrent l’action inhibitrice de la sanocrysine, à la concentration de 1 /100.000, sur la croissance du bacille tuberculeux bovin en culture, sans cependant tuer tous les bacilles.

À la concentration de 1/1.000.000, le médicament a encore quelque effet inhibitif.

2) Action de la Sanocrysine Sur la morphologie et les propriétés colorantes du bacille de Koch en culture : une solution de sanocrysine à 1/10.000 abolit leur acido-résistance.

3) Pouvoir de la sanocrysine d'empêcher des cobayes inoculés de contracter une tuberculose généralisée : 4 animaux traités sur 5 ont

échappé à la généralisation, tandis que les cinq témoins succombaient à cette infection généralisée.

Cliniquement, les premières expériences sur le médicament ont été entreprises par Knud SECHER, en Novembre 1923. A l’heure actuelle, au début de 1927, malgré des tentatives faites dans tous les pays, les différents auteurs ne sont pas d'accord : certains lui accordent la valeur spécifique que lui attribue MOLLGAARD, d’autres nient toute action, d’autres enfin, les plus nombreux, admettent que, dans certains cas, la sanocrysine exerce sur la tuberculose pulmonaire une action qu'aucun autre médicament ne permet d’obtenir.

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Quelle a donc été de 1923 à 1927, l'attitude des médecins ?

Après la première période, consacrée uniquement à la descriptionde :

ce que les divers auteurs avaient vu pendant leur voyage au Danemark, on a cherché, dans les différents pays, à contrôler les résultats de MOLLGAARD, à la fois dans l’ordre expérimental et dans l’ordre clinique.

1) Travaux expérimentaux : CALMETTE, BOQUET et NÈGRE VALLÉE et surtout BANG ont attaqué la position de MOLLGAARP.

Pour BANG, la sanocrysine, à une concentration de 17.200,

n'inhibe pas la croissance du bacille tuberculeux in vitro. (DIXON attribue cet effet à la présence de protéines dans les expériences de BANG). De plus, une solution à un pour cent est incapable de tuer des bacilles tuberculeux en onze jours.

Sir Almroth WRIGHT constata que des solutions de sanocrysine à 1/250 étaient inactives à l'égard des bacilles de Koch, tandis que MaADSsEN enregistrait lui-même des variations importantes dans le pouvoir inhibiteur. MOLLGAARD a, d’ailleurs, admis ensuite l'influence importante de la nature et du milieu de la culture sur le pouvoir inhibiteur de la sanocrysine.

Sur les animaux de laboratoire, BANG ne trouva aucun pouvoir curatif sur la tuberculose expérimentale du lapin, mais récemment MapsEeN et MorcH, dans un travail important sur cette question, arrivent aux conclusions suivantes :

1) En traitant les animaux, non immédiatement après leur inoculation avec des doses appropriées, on peut guérir une tuberculose expérimentale.

2) La question de la posologie est loin d’être résolue : des expériences, faites avec deux cultures différentes seulement ont permis de constater que la tuberculose ainsi provoquée peut se comporter de façon très différente envers la sanocrysine selon la culture utilisée et exige une modification du dosage.

Cette notion explique peut-être les résultats négatifs obtenus

par CALMETTE, BOQUET et NÈGRE ainsi que par DEisr. Par contre,

Cummins, avec de fortes doses de sanocrysine, eut des résultats - comparables à ceux de MADSEN.

3) En ce qui concerne la tuberculose humaine, on peut dire, très schématiquement, que l'opinion médicale a passé par trois phases.

a) La sanocrysine, telle qu'elle avait été présentée, était le médicament spécifique de la tuberculose pulmonaire. La majorité des médecins qui avaient fait le voyage au Danemark revenaient enthou-

siasmés des résultats qu'on leur avait montrés.

b) Les premières expériences faites dans les différents pays amenerent rapidement une désillusion, et un grand nombre de médecins abandonnèrent le médicament, comme présentant plus de dangers que d'avantages.

c) Un peu partout, cependant, on avait observé, dans certains cas, une influence heureuse et indiscutable du médicament.

L'immense intérêt inhérent à la possession d’un agent chimiothérapique, actif sinon spécifique, à l'égard de la tuberculose, a suscité, dans le monde entier, des recherches tendant à tirer des propriétés attribuées à la Sanocrysine, à défaut d’une vertu curative absolue, le meilleur parti possible.

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