HISTOIRE
Introduction et proscription du bouddhisme.
— L'histoire du Tibet ne commence guère qu'avec l'introduction du bouddhisme. Après une première tentative infructueuse sous Lha-lho tho-ri, il y fut importé par les soins de Srong-tsan-gam-p6, au VII® siècle, à Tépoque où Tislamisme naissait en Arabie. Les noms des indiens Padma-Sambhava et Çânta-rakchita, du tibétain Thon-mi-sambota demeurent attachés au souvenir de cette grande
HISTOIRB. VOYAGES 87
révolution. La propagande, continuée par Khrisrong-dé-lsan (740-86), fit place, sou&^le rèjne de Langdarma, à une réaction terrible. Le bouddliisme proscrit disparut pendant un siècle environ.
Restauration. — Dans les x* et xi® siècles, la persécution ayant cessée le bouddhisme fut restauré parles efforts de quelques savants docteurs dont les principaux sont Djo-vo-aticha et son disciple Bromston. Les monastères se multiplièrent dans le pays.
Les Mongols. PhagS'pa. -^ Les ravages commis par les Mongols au xin« siècle n'atteignirent pas le Tibet. Gingis-khan respecta cette terre sacrée du bouddhisme, quoique lui-même n'eût pas adopté cette religion. Mais sous le plus éminent de ses successeurs, Khoubilaï-khan^ un moioe tibétain du couvent de Saskya, Mati-dhvadja.(5/if. étendard de la pensée), plus connu sous le nom de Phags-pa (tib. vénérable) et appelé Pa-sse-pa par les Chinois, jouit d'un très grand crédit. Il fut même chargé par l'empereur d'inventer une écriture qui pût servir pour lo chinois et les langues diverses de Tempire. Cet alphabet, emprunté à celui du Tibet, ne put vaincre la résistance des peuples et la force des choses plus puissante que la volonté des empereurs et des rois. La tentative n'en est pas moins curieuse. Du reste,
,i^hags-pa réussit à faire adopter le bouddhisme à Khoubilaï et au peuple mongol.
Décadence et réforme. — Cette période d'éclat fut suivie d'une décadence déplorable. Le bouddhisme allait se perdant. Alors survint la réforme de Tsong-ka-pa. La constitution du Lamaïsme actuel fut, comme nous Tavons dit, une des conséquences du mouvement inauguré par ce fameux docteur. Il reconquit au bouddhisme les Mongols qui, à la suite de la dislocation du grand empire fondé par Gingis-Khan, avaient abandonné cette religion, et dont le concours ne lui fut pas inutile dans la crise par laquelle il passa vers le milieu .du xvi« siècle.
Crise du xvi® siècle, — Un roi du Tibet occidental, Tsan-po, prince impie, ennemi du lamaïsme, ou peut-être seulement ennemi de la secte jaune, et champion de la rouge, s'avança jusqu'à Diga]:tchi et menaça Lharsa. Le dalaï-lama appela à son secours Gouchi, chef des tribus mongoles du lac Bleu. Gouchi arriva avec ses troupes ; Tsan-po fut vaincu et tué en 1643. Le pontificat tibétain était sauvé.
Suprématie chinoise, — La conquête de la Chine par les Mandchoux créa de nouvelles difficultés au Dalaï-lama qui essaya de se maintenir en bons termes avec les nouveaux maîtres de ce vaste empire. Mais sa condescendance envers eux amena des dis'
sensions intestines ; en 1717, Lha-sa fut pris et pillé par les hordes de la Dzoungarie, ennemies du parti chinois. Le résultat de ces troubles fut de mettre le Tibet dans la dépendance de la dynastie mandchoue à partir de 1723. L'abus que les Chinois firent de leur pouvoir amena plusieurs soulèvements à Lha-sa, notamment en 1750. En 1757, la puissance des Dzoungars fut brisée par la Chine, et l'autorité du fils du Ciel s'établit insensiblement dans le pays. Ce fut alors que la région à Test du fleuve Bleu fut distraite de Tautorité du Dalaï-lama et directement placée sous les autorités chinoises.
Les Anglais, le Népal et le Kachemir. — Lors de la fondation de l'empire anglo-indien, "Warren Hastings essaya de nouer des relations de commerce et d'amitié avec le Tibet. Deux ambassades successives furent envoyées, en 1774 et 1783, au Techou-lama qui transmigra dans l'intervalle, c'est à-dire mourut en 1780, dans un voyage en Chine. La tentative de Warren Hastings avorta.
Le Tibet fut exposé, du côté de llnde, à des entreprises d'une autre nature. Les Gorkhas, ayant conquis le Népal, envahirent le Xibet et pénétrèrent jusqu'à la capitale du Tsang; ils furent vaincus en 1792, à Tingri-Meidan, par les Chinois et les Tibétains réunis.
En 1834 le Ladak fut conquis par le souverain
du Kachemir, Goulab Singh quî envahît mAme le Ngari. Le gouvernement chinois fit marcher ses armées et obligea le conquérant à rétrograder; mais le Ladak resta au pouvoir du prince kachemirien en vertu d'un traité conclu en 1842 et confirmé en 1856.
Peu après, le Tibet passa par une crise intérieure assez grave. Le Dalaï-lama transmigra avec une rapidité inaccoutumée : c'était un effet de l'ambition du Nomokhan, qui cherchait à se rendre maître absolu du pouvoir. L'autorité chinoise intervint et, malgré la résistance d'un parti dévoué à ce fonctionnaire au sein même du lamaïsme, le disgracia et le remplaça. Ce fut une période agitée pour le Tibet ; car, un peu plus tard, les lamas de Tsiamdo et de Djaya se faisaient une guerre implacable.
En 1854, éclata un conflit avec le Népal ; il se termina en 1856 par un traité qui obligeait le Tibet à payer un tribut au Népal, autorisait à Lhasa rétablissement d'un comptoir et d'un agent népalais, et imposait aux deux pays la reconnaissance de la suzeraineté de la Chine.